Moto GP
Publié le 19 août 2026 • 19:00 par André Lecondé

MotoGP : Jorge Martin retrouve son ancienne Aprilia … et découvre peut-être l’arme qui lui manquait pour le titre

Aprilia a enfin trouvé la formule qui convient à Jorge Martin. Pour Marquez, le trou de 40 points peut de devenir plus difficile à combler.

Jorge Martin possède déjà 40 points d’avance sur Marc Marquez. Le plus inquiétant pour Ducati est peut-être qu’il a construit cette avance sans jamais être totalement à l’aise avec l’Aprilia 2026. À Silverstone, le leader du championnat est revenu vers la configuration qui lui convenait en début de saison. Résultat : victoire dans le Sprint et deuxième place le dimanche. Pour Mat Oxley et Peter Bom, ce retour en arrière pourrait paradoxalement permettre à Aprilia de faire un immense pas en avant.

Voilà une situation assez inhabituelle pour le leader d’un championnat du monde. Aprilia possède probablement la moto la plus complète de cette première moitié de saison, avec sept victoires en douze Grands Prix. Pourtant, son pilote le mieux placé au championnat n’était toujours pas convaincu par la dernière évolution de la RS-GP.

Il faut revenir à 2025 pour comprendre ce paradoxe. La première saison de Jorge Martin chez Aprilia ayant été largement perturbée par les blessures, l’Espagnol avait accumulé relativement peu d’expérience sur la moto de Noale. Il a donc commencé 2026 avec une configuration largement issue de la saison précédente. Et immédiatement, les sensations étaient là.

Le problème a commencé lorsque Jorge Martin est passé à la nouvelle Aprilia. Après les premiers Grands Prix, Martin a essayé la dernière évolution lors des essais de Jerez. C’est là que quelque chose s’est cassé.

Mat Oxley le résume dans le podcast Oxley Bom MotoGP : « Lors des quatre ou cinq premières courses, il est resté sur une moto aux spécifications de 2025, puis est passé à la dernière spécification après l’avoir testée à Jerez et tout a mal tourné. »

Les résultats racontent une partie de l’histoire. Après sa victoire au Mans, Martin n’a obtenu que deux podiums avant la pause estivale. Plus préoccupant encore, Aprilia et son pilote ont commencé à multiplier les modifications pour retrouver les sensations disparues.

Au Sachsenring, l’Espagnol avait fini par envoyer un avertissement très clair : en continuant ainsi, il risquait de perdre la tête du championnat. Aprilia a donc fait quelque chose qui n’est jamais totalement naturel pour un constructeur engagé dans une course au développement. Elle est revenue en arrière.

À Silverstone, Aprilia a presque cessé de toucher à sa moto

Le changement est beaucoup plus important qu’un simple réglage. Martin a retrouvé la base avec laquelle il avait commencé la saison. Et surtout, Aprilia a résisté à la tentation de continuellement la modifier. « À Silverstone, il est remonté sur la moto qu’il utilisait en début de saison », explique Oxley. « Et il a dit qu’ils n’y avaient absolument pas touché. »

Évidemment, une MotoGP n’effectue pas tout un week-end sans le moindre ajustement. Oxley précise ce que signifie réellement cette expression dans le paddock : pas de transformation fondamentale des ressorts, de la géométrie ou de la répartition des masses.

Martin a donc retrouvé une base connue et Aprilia lui a permis de travailler autour d’elle plutôt que de chercher constamment une nouvelle direction. Le résultat a été immédiat. Victoire dans le Sprint, deuxième place dans le Grand Prix et 32 points inscrits sur les 37 disponibles.

Jorge Martin

Et pourtant, cette Aprilia n’est pas nécessairement la meilleure. Cette situation révèle désormais deux vérités différentes à Noale. La nouvelle RS-GP semble parfaitement fonctionner avec certains pilotes. Aprilia domine, TrackHouse gagne également et la moto 2026 a incontestablement progressé. Mais Jorge Martin est plus performant avec une autre configuration.

Pour Bom, c’est une « très mauvaise nouvelle » pour Ducati. Pourquoi ? Parce qu’Aprilia sait désormais beaucoup plus précisément ce qu’elle cherche. « Le châssis de l’an dernier est bien meilleur pour le pilote A, mais la nouvelle moto est vraiment la meilleure pour le pilote B », résume-t-il. La prochaine étape devient alors évidente : comprendre pourquoi. Et éventuellement créer cette fameuse « solution C » capable de réunir les qualités des deux.

Noale dispose maintenant de deux laboratoires

Aprilia ne doit surtout pas chercher à imposer à Martin la moto qui fonctionne avec Bezzecchi, Fernandez ou Ogura simplement parce qu’elle est théoriquement plus récente. Elle possède au contraire plusieurs directions techniques simultanément exploitables.

D’un côté, les pilotes qui permettent de comprendre pourquoi la RS-GP 2026 est devenue aussi performante. De l’autre, Jorge Martin, qui démontre quelles caractéristiques de l’ancienne architecture lui permettent d’exploiter pleinement son pilotage. Pour les ingénieurs de Noale, la comparaison peut devenir une mine d’informations.

Et c’est là que la situation devient préoccupante pour Marc Marquez. Martin possède 40 points d’avance sur le champion en titre alors qu’il vient seulement de retrouver une moto avec laquelle il se sent réellement lui-même. C’est probablement l’élément essentiel.

Jusqu’à Silverstone, Ducati pouvait encore espérer que les difficultés d’adaptation de Martin finiraient par lui coûter suffisamment de points pour permettre à Marquez de revenir. Le scénario inverse apparaît désormais possible.

Aprilia n’a pas nécessairement trouvé la RS-GP parfaite. Elle a peut-être fait quelque chose de plus important : elle a enfin compris quelle Aprilia il fallait donner à Jorge Martin. Et avec 40 points d’avance, le leader du championnat n’avait probablement pas besoin que sa moto devienne meilleure. Il avait surtout besoin qu’elle redevienne la sienne.

Jorge Martin