Luca Marini sera bien pilote Tech3 KTM en 2027. Mais derrière cette signature annoncée le 26 août se cache une histoire beaucoup plus intéressante : quelques mois auparavant, ni Tech3 ni KTM ne songeaient réellement à lui. L’Italien est allé chercher lui-même son futur guidon, jusqu’à convaincre Günther Steiner puis Pit Beirer de revoir leurs plans.
Luca Marini n’était pas le premier choix de Tech3. Il ne figurait même pas, initialement, parmi ses choix. Voilà ce qui rend particulièrement intéressante l’arrivée de l’Italien dans l’équipe désormais dirigée par Günther Steiner. Libre pour 2027 après la décision de Honda de renouveler complètement son dispositif MotoGP, Marini a réussi à transformer une situation qui semblait bouchée en contrat de deux saisons chez Tech3.
Selon Motorsport.com, lorsque KTM et Tech3 ont commencé à réfléchir à leur future composition au printemps, le nom du pilote Honda ne figurait pas sur leur liste. C’est son entourage qui a provoqué la rencontre.
Le tournant intervient lors du Grand Prix d’Italie, fin mai. L’agent de Marini approche alors Günther Steiner pour lui signaler que son pilote sera disponible en 2027 et qu’il souhaite être considéré pour un guidon Tech3.
La démarche n’avait rien d’évident. Après trois saisons chez Honda, Marini ne possède pas le palmarès susceptible de déclencher immédiatement une bataille entre constructeurs. Mais il s’est forgé une autre réputation : celle d’un pilote méthodique, régulier et particulièrement impliqué dans le développement technique.
Cette saison encore, il est le seul pilote Honda à avoir marqué des points lors de chaque Grand Prix. À l’aube d’une révolution réglementaire imposant moteurs 850 cc, nouvelle aérodynamique et pneumatiques Pirelli, cet argument pouvait peser lourd. Mais convaincre Steiner ne suffisait pas.
Luca Marini devait encore obtenir le feu vert de KTM
Depuis le rachat de Tech3, une différence importante existe avec l’époque précédente : l’équipe gère désormais elle-même les contrats et les salaires de ses pilotes. Steiner dispose donc d’une autonomie accrue. Pas d’une indépendance absolue.
KTM fournit les RC16 et leur assistance technique. Un pilote Tech3 doit donc rester compatible avec la stratégie sportive du constructeur. Pour recruter Marini, Steiner avait encore besoin de l’accord de Pit Beirer.
Une rencontre est alors organisée à Assen en juin. Le vendredi du Grand Prix des Pays-Bas, Marini présente directement son projet au patron de KTM Motorsport. Et quelque chose fonctionne. Beirer, qui n’envisageait pas quelques semaines auparavant de recruter l’Italien, ressort suffisamment convaincu pour donner son feu vert à Steiner.

Qu’a donc raconté Luca Marini à Beirer ?
C’est finalement la question de cette signature. Marini pouvait mettre en avant une expérience devenue assez rare à seulement 29 ans. Il connaît la Ducati pour avoir roulé chez VR46, puis a vécu de l’intérieur la difficile reconstruction de Honda. Il sait donc ce que signifie développer une MotoGP qui ne gagne pas encore.
Et c’est exactement ce dont KTM pourrait avoir besoin en 2027. La future RC16 850 cc repartira pratiquement d’une feuille blanche. Dans ce contexte, disposer d’un pilote capable d’accumuler les kilomètres, de produire des retours techniques précis et de ramener régulièrement la moto à l’arrivée peut être beaucoup plus précieux qu’il n’y paraît.
Marini présente également un profil très différent de celui de Senna Agius, attendu à ses côtés : l’expérience d’un côté, la jeunesse et le potentiel de l’autre.
Tech3 commence aussi à devenir véritablement l’équipe de Steiner
Cette histoire révèle enfin quelque chose de plus profond sur le nouveau Tech3. Pit Beirer expliquait récemment que Günther Steiner exigeait des réponses claires de KTM et poussait le constructeur dans ses retranchements. Le recrutement de Marini constitue une première illustration concrète de cette nouvelle relation.
Tech3 n’est plus seulement le réceptacle des pilotes choisis à Mattighofen. Steiner construit son équipe. Et Luca Marini vient peut-être d’en être le premier bénéficiaire. Il ne possédait plus de place chez Honda, n’était pas désiré initialement par KTM et ne figurait pas dans les plans de Tech3.
Quelques semaines et deux conversations plus tard, il avait un contrat jusqu’à fin 2028. Sur le marché des transferts aussi, savoir convaincre peut parfois compter autant que savoir aller vite.










