Le marché 2027 du WorldSBK pourrait récupérer deux noms particulièrement connus du MotoGP avec Jack Miller et Brad Binder. Mais Yari Montella, déjà installé dans la catégorie avec Barni Ducati, soulève une question rarement formulée aussi directement : lorsqu’un constructeur recrute une ancienne vedette du MotoGP, achète-t-il seulement sa vitesse… ou également son nom et son audience ? L’Italien ne critique pourtant pas vraiment cette logique. Il estime même qu’elle pourrait servir tout le championnat.
Jack Miller et Brad Binder pourraient bientôt découvrir une réalité assez particulière : en quittant le MotoGP, ils n’arriveraient pas nécessairement en WorldSBK comme de simples nouveaux venus. Ils arriveraient avec un palmarès, une expérience considérable et surtout une notoriété construite durant de longues années dans la catégorie reine.
C’est précisément ce que Yari Montella vient de mettre sur la table. Le pilote Barni Ducati ne conteste pas frontalement leur valeur sportive. Mais il estime que la vitesse n’explique probablement pas à elle seule l’intérêt que leur portent les constructeurs. « C’est probablement aussi parce qu’ils sont plus connus et ont un public plus large », explique-t-il à GPOne. Et forcément, lorsqu’on se trouve déjà en WorldSBK, la remarque prend une saveur particulière.
À 26 ans, Montella suit une trajectoire presque inverse. Champion d’Europe Moto2 en 2020, passé brièvement par les Grands Prix puis le Supersport, il a dû construire progressivement sa place dans le paddock Superbike avant d’accéder au WorldSBK avec Barni.
Miller et Binder pourraient y arriver directement avec un statut de pilotes officiels. « Je ne suis peut-être pas encore aussi célèbre, mais tout est une question de vitesse », rappelle Montella.
Un pilote qui progresse dans la pyramide Superbike doit convaincre par ses résultats. Une vedette venant du MotoGP apporte immédiatement autre chose : une audience internationale, des sponsors potentiels, une expérience technique et une visibilité dont bénéficie également le constructeur.
Cela ne signifie pas que Miller ou Binder seraient recrutés à la place de pilotes plus rapides. Cela signifie que leur valeur dépasse nécessairement leur seul chronomètre.
Miller et Binder n’arriveraient pas les mains vides
Car réduire les deux hommes à leur popularité serait tout aussi trompeur. Miller possède quatre victoires et 23 podiums en MotoGP. Binder compte deux victoires et 11 podiums dans la catégorie reine. Surtout, tous deux possèdent plusieurs années d’expérience avec des prototypes extrêmement sophistiqués et ont travaillé au sein de programmes d’usine.
Pour Yamaha comme pour BMW, cette expérience peut avoir une véritable valeur technique. Miller connaît notamment le fonctionnement d’un projet Yamaha de l’intérieur. Binder, lui, a accompagné pendant des années le développement de la KTM RC16. Ils peuvent donc apporter au WorldSBK bien davantage qu’un nom connu.

Montella reconnaît lui-même l’intérêt de leur notoriété
Montella reconnaît ouvertement que l’arrivée de stars du MotoGP peut profiter à son propre championnat. « Lorsque des pilotes aussi médiatisés et suivis par un large public rejoignent le championnat, c’est bénéfique pour la discipline. »
Puis : « Cela peut contribuer à attirer davantage l’attention sur le Superbike et à lui donner une plus grande visibilité. » Difficile de lui donner tort.
Chaque arrivée d’un pilote connu du grand public crée une passerelle supplémentaire entre les audiences MotoGP et WorldSBK. Et 2027 pourrait amplifier considérablement le phénomène.
Le WorldSBK n’est pourtant pas une retraite pour pilotes MotoGP
Reste une idée que Miller lui-même a déjà voulu écarter. L’Australien a expliqué que s’il rejoint le Superbike, ce ne sera pas pour ajouter quelques courses à une carrière déjà longue. Son ambition serait d’y devenir le meilleur pilote possible et d’ouvrir un nouveau chapitre.
C’est précisément là que la remarque de Montella trouvera sa réponse. La notoriété peut aider à ouvrir la porte d’un team officiel. Elle ne garantit rien une fois les feux éteints.
Miller et Binder pourraient apporter au WorldSBK quelque chose que Montella ne possède pas encore au même niveau : une audience mondiale construite en MotoGP. Mais l’Italien rappelle aussi la règle qui finira par départager tout le monde : une fois sur la grille, la célébrité ne fait plus gagner un dixième.










