Miguel Oliveira ne cherche plus seulement quelques dixièmes sur sa BMW M 1000 RR. Après plusieurs mois d’apprentissage, l’ancien pilote MotoGP estime que certaines caractéristiques de la machine ne correspondent tout simplement pas à ses besoins. Plus préoccupant encore pour BMW : Danilo Petrucci rencontrerait sensiblement les mêmes difficultés.
Lorsqu’un pilote découvre une nouvelle catégorie, une nouvelle moto et de nouveaux pneus, il est logique que les premiers mois soient consacrés à l’adaptation. Mais le discours de Miguel Oliveira sur la BMW commence désormais à dépasser cette simple phase d’apprentissage.
Le Portugais possède suffisamment de recul pour établir un premier diagnostic. Et celui-ci est particulièrement intéressant parce qu’il ne remet pas en cause le travail de son équipe. « L’équipe réagit bien et fait son travail. Je fais de mon mieux aussi », explique-t-il. Le problème se situerait donc ailleurs.
Oliveira sur la BMW : « Cette moto ne convient pas »
La phrase est forte et Oliveira ne cherche pas à l’atténuer. « Il est clair que nous devons faire un grand pas en avant. Hormis peut-être Gerloff, BMW a toujours eu des pilotes grands et lourds par le passé. Mais cette moto ne me convient pas, ni à Danilo, en ce moment. Nous rencontrons tous les deux plus ou moins les mêmes problèmes. »
La présence de Petrucci dans son raisonnement change évidemment la portée du constat. Si Oliveira était seul en difficulté, BMW pourrait encore considérer qu’il s’agit essentiellement d’une question d’adaptation. Deux pilotes expérimentés identifiant des problèmes similaires orientent davantage la réflexion vers les caractéristiques intrinsèques de la machine et la manière dont elle doit évoluer.
Oliveira précise d’ailleurs que BMW en est parfaitement consciente. « L’équipe comprend parfaitement la situation. Le plus compliqué et le plus difficile à gérer actuellement est de trouver une solution. »
Une BMW dont le comportement varie trop selon les circuits ?
Oliveira fournit également une piste particulièrement intéressante pour comprendre ses difficultés. Lorsqu’il revient sur une prestation nettement plus convaincante à Misano alors qu’il n’était pourtant pas encore physiquement à 100 %, il insiste sur la nature du circuit.
« Le circuit était sensiblement différent, et c’est là le principal problème. Il y a beaucoup de sections avec des arrêts et des redémarrages fréquents, et plus je dois freiner et accélérer, plus c’est difficile. »
Autrement dit, ce n’est peut-être pas seulement le niveau absolu de la BMW qui pose un problème, mais sa capacité à offrir à Oliveira les sensations et la confiance nécessaires dans certaines phases précises du pilotage.
Et pour un pilote qui découvre encore la M 1000 RR, la multiplication des modifications peut même devenir contre-productive. Oliveira raconte avoir essayé tellement de réglages qu’il a fini par perdre l’une des qualités essentielles pour progresser sur une nouvelle machine : la prévisibilité.
« Nous avons tellement modifié les réglages que j’ai commencé à perdre en prévisibilité, et comme je pilote toujours une nouvelle moto, ce n’est pas idéal. »

Les performances existent pourtant quelque part
Oliveira rappelle avoir été capable, lors d’essais, de signer un 1’35″8 avec le Pirelli SCX, malgré une température de piste proche de 70 °C. La vitesse n’a donc pas totalement disparu. Elle semble plutôt difficile à reproduire lorsque les conditions ou les caractéristiques du circuit changent.
« C’est très étrange », reconnaît-il. « Nous avons quelques pistes, mais il faudra du temps. » Et c’est probablement là que se trouve aujourd’hui le véritable chantier de BMW : non pas rechercher ponctuellement une configuration capable de produire un bon chrono, mais construire une moto dont Oliveira puisse retrouver le comportement d’un circuit à l’autre.
Pas question pour autant de repartir de zéro
Malgré la sévérité de son diagnostic, Oliveira rejette sur GPOne l’idée d’effacer tout le travail effectué. « On ne repart jamais de zéro, car on a déjà acquis de l’expérience tout au long de la saison et essayé différentes choses. »
BMW dispose donc d’informations, d’essais et désormais de plusieurs mois de retour d’expérience de ses pilotes. Il faut transformer cette masse de données en une direction technique. Et Oliveira ne cache plus l’ampleur du travail nécessaire : « Au vu des résultats, c’est évident. Il est clair que nous devons faire un grand pas en avant. »
Miguel Oliveira ne dit pas que la BMW est fondamentalement mauvaise. Il explique quelque chose de plus subtil : la moto peut être performante, mais son fonctionnement actuel ne lui permet pas — ni apparemment à Petrucci — d’exploiter cette performance avec suffisamment de constance.
Pour BMW, toute la difficulté consiste désormais à comprendre pourquoi. Et surtout à trouver ce « quelque chose de différent » qu’Oliveira réclame sans détruire ce qui fonctionne déjà.










