Moto GP
Publié le 18 août 2026 • 12:00 par André Lecondé

MotoGP – Après Marc Marquez, Miguel Oliveira ne voit qu’un seul pilote capable de changer d’époque

Oliveira a analysé le changement de génération en MotoGP. Pour lui, aucun jeune n’a encore le niveau pour rivaliser avec Marc Marquez.

Miguel Oliveira

Qui prendra réellement la relève de Marc Marquez ? Pour Miguel Oliveira, la réponse n’est pas encore arrivée du Moto2 ou du Moto3. Le Portugais observe une génération riche en talents, de Diogo Moreira à David Alonso en passant par Daniel Holgado ou Maximo Quiles, mais refuse de confondre précocité et destin de champion. Un seul pilote lui paraît aujourd’hui sortir véritablement du cadre : Pedro Acosta. Et son raisonnement rappelle surtout combien il est rare qu’un phénomène annoncé dans les petites catégories devienne effectivement un phénomène en MotoGP.

Miguel Oliveira est plutôt catégorique lorsqu’il parle de Marc Marquez. « En tant que pilote, il est le meilleur de tous les temps. » On peut évidemment discuter éternellement ce genre de classement. Mais ce n’est finalement pas le plus intéressant dans ses déclarations à SPEEDWEEK.

La vraie question vient juste après : Oliveira voit-il parmi ceux qui arrivent un pilote capable de devenir le prochain Marquez ?

Sa réponse est beaucoup moins enthousiaste. « Une nouvelle génération arrive, mais pour l’instant, je ne vois personne capable de vraiment rivaliser avec Marc. » Personne, donc ? Pas exactement.

Acosta est celui qu’Oliveira met à part

Lorsqu’il évoque Pedro Acosta, Oliveira change clairement de registre. « Pour moi, Acosta est le plus fort. C’est le seul qu’on remarque vraiment à part. »  Oliveira ne dit pas simplement qu’Acosta est actuellement meilleur que les autres jeunes. Il suggère qu’il possède quelque chose qui le distingue immédiatement.

Diogo Moreira ? « Un excellent pilote », reconnaît-il, avant d’ajouter : « Mais il n’est pas au niveau d’Acosta. » David Alonso et Daniel Holgado appartiennent également à cette nouvelle vague. Oliveira ne remet aucunement en cause leur potentiel. Mais aucun ne lui donne encore cette impression particulière. Et c’est peut-être parce qu’Acosta a déjà franchi l’étape la plus difficile : confirmer en MotoGP ce que ses résultats dans les catégories inférieures laissaient espérer.

L’histoire récente du Championnat du monde devrait effectivement inciter à la prudence. Un pilote peut écraser le Moto3 et rencontrer beaucoup plus de difficultés en Moto2. Un autre peut briller en Moto2 sans jamais parvenir à reproduire cette domination sur une MotoGP.

Oliveira cite notamment Izan Guevara

Son extraordinaire saison en Moto3 avait naturellement créé des attentes considérables. Son passage en Moto2 a pourtant été beaucoup plus compliqué et il lui a fallu du temps pour retrouver ses repères.

Collin Veijer ou José Antonio Rueda illustrent également, selon Oliveira, cette difficulté à établir une ligne droite entre les catégories. Le talent ne se transpose pas mécaniquement d’une cylindrée à l’autre.

Le changement de puissance n’est qu’une partie du problème. Il faut adapter son pilotage, comprendre des pneumatiques différents, apprendre à travailler avec davantage d’ingénieurs, assimiler une quantité considérable de données et supporter une pression croissante à chaque étage de la pyramide. Et plus on monte, moins les faiblesses peuvent être dissimulées.

Miguel Oliveira

Maximo Quiles : surtout ne pas fabriquer trop tôt le prochain Marquez

C’est pourquoi Oliveira se montre particulièrement prudent lorsqu’il évoque Maximo Quiles. À seulement 18 ans, l’Espagnol attire déjà les regards. Mais Oliveira refuse justement de participer trop rapidement à la fabrication d’un nouveau phénomène.

« Il est très difficile de le juger. De plus, il serait injuste de placer autant d’attentes et de pression sur un jeune pilote. » Or, le paddock adore rechercher « le prochain ». Le prochain Rossi. Le prochain Marquez. Désormais le prochain Acosta. Chaque génération de Moto3 produit ainsi plusieurs futurs champions du monde avant même qu’ils aient découvert le Moto2.

Quelques années plus tard, la sélection naturelle du chronomètre s’est généralement chargée de réduire considérablement la liste. Oliveira résume cela très simplement : « Ce n’est pas tout noir ou tout blanc. »

Acosta a déjà survécu à cette machine à fabriquer des prodiges. C’est justement ce qui donne aujourd’hui une valeur particulière à son cas. Il a été annoncé comme un phénomène extrêmement tôt. Champion Moto3 dès sa première saison en 2021, champion Moto2 deux ans plus tard, il est arrivé en MotoGP avec une pression considérable. Et il n’a pas disparu.

Il n’a toujours pas remporté de Grand Prix MotoGP, paradoxe que nous évoquions récemment, mais il est devenu suffisamment important pour que Ducati ait décidé de construire une partie de son avenir autour de lui à partir de 2027.

Sa KTM actuelle ne lui permet peut-être pas encore de convertir son potentiel en victoires régulières. Mais personne ne se demande réellement s’il possède la vitesse nécessaire. La question est plutôt de savoir ce qu’il fera lorsqu’il disposera de la moto de référence.

Mais succéder à Marquez signifie beaucoup plus que gagner. Oliveira place la barre très haut. Être le meilleur de sa génération ne signifie pas nécessairement devenir un Marquez. Marc n’est pas simplement devenu champion du monde. Il a bouleversé la manière de piloter une MotoGP, gagné immédiatement, construit des saisons de domination et réussi, après des blessures qui auraient pu terminer sa carrière, à revenir au sommet.

C’est ce niveau d’exception qu’Oliveira utilise comme référence. Et sous cet angle, même Acosta doit encore tout démontrer.  Moreira, Alonso, Holgado ou Quiles peuvent parfaitement devenir champions du monde. L’un d’eux peut même dépasser toutes les attentes. Mais aujourd’hui, Oliveira ne voit qu’un pilote ayant déjà franchi cette frontière invisible séparant le très grand talent du pilote qui semble destiné à peser sur une époque. Pedro Acosta.

Reste désormais l’étape la plus difficile : être désigné comme l’héritier de Marc Marquez est une chose. Prouver qu’un héritier était réellement nécessaire en est une autre.