Ai Ogura a manqué Misano après avoir déjà déclaré forfait à Aragon, TrackHouse refusant de précipiter son retour après son opération du pouce gauche. Pour Francesco Guidotti, cette prudence illustre une évolution profonde du MotoGP : les machines et les week-ends sont devenus tellement exigeants qu’un exploit comme celui de Jorge Lorenzo à Assen en 2013 n’aurait aujourd’hui plus vraiment de sens.
Jorge Lorenzo s’était fracturé la clavicule gauche un jeudi à Assen. Opéré à Barcelone, revenu aux Pays-Bas dans la foulée, il terminait cinquième du Grand Prix deux jours plus tard. Treize ans plus tard, Ai Ogura vient d’emprunter une route exactement opposée. Et ce n’est peut-être pas simplement une question de prudence.
TrackHouse préfère perdre Misano plutôt que risquer Ogura
Le Japonais s’est blessé au pouce gauche lors d’un entraînement de motocross à la fin de la trêve estivale et a été opéré le 27 août à Barcelone. Après Aragon, il renonce également à Misano. « Ce circuit est assez exigeant compte tenu de sa blessure », explique Davide Brivio.
Les nombreux virages à gauche solliciteraient particulièrement la main touchée et une nouvelle chute pourrait compromettre la suite de la saison. TrackHouse vise donc désormais un retour en Autriche, circuit considéré comme moins contraignant dans sa situation. « L’important, c’est qu’il soit complètement rétabli », insiste Brivio, sur motorsport-total.
« Je ne pense pas que cela se reproduira »
Francesco Guidotti voit derrière cette décision quelque chose de plus profond. Selon celui qui succédera à Brivio en 2027, les pilotes ne sont pas nécessairement devenus plus prudents. Ce sont les motos qui ont changé.
« Il y a quelques années, il était plus facile de conduire une moto même blessé. Aujourd’hui, les motos sont tellement puissantes et exigeantes physiquement qu’il est vraiment dangereux de ne pas être en bonne forme physique. »
Lorsqu’on lui rappelle l’exploit de Lorenzo à Assen en 2013, sa réponse est nette. « Je ne pense pas que cela se reproduira. »

Le MotoGP moderne ne laisse presque plus de répit
La comparaison dépasse la seule puissance des machines. Le championnat compte désormais 22 Grands Prix et chaque week-end concentre une intensité considérable. Dès le vendredi, il faut obtenir directement son passage en Q2. Samedi viennent les qualifications puis le Sprint. Dimanche reste le Grand Prix.
Un pilote diminué ne doit donc plus survivre à une seule course. Il doit enchaîner trois journées où chaque séance peut déterminer son week-end. Le niveau du plateau change également l’équation. Là où quelques machines dominaient très nettement en 2013, quelques dixièmes perdus aujourd’hui peuvent faire basculer un pilote très loin sur la grille.
« Un pilote hors de forme pourrait terminer hors des points. Donc ça n’a aucun sens », résume Guidotti.
Même Savadori n’a pas remplacé Ogura
TrackHouse est d’ailleurs allé encore plus loin dans cette logique à Misano en n’alignant qu’une seule moto pour Raul Fernandez.
Lorenzo Savadori avait remplacé Ogura à Aragon, mais le pilote d’essai Aprilia travaillait jeudi et vendredi à Barcelone sur le prototype 850 cc destiné à 2027 avant le week-end de Misano.
Un retour immédiat sur la MotoGP actuelle était techniquement possible, mais peu souhaitable. Savadori, comme Pol Espargaró chez KTM, a notamment expliqué combien le passage des Pirelli utilisés lors des essais 2027 aux Michelin actuels pouvait perturber les sensations. Aprilia a donc préféré poursuivre son programme plutôt que fabriquer dans l’urgence un remplacement pour deux jours.
Le forfait d’Ogura raconte ainsi quelque chose du MotoGP contemporain. Autrefois, revenir quelques heures après une opération pouvait construire une légende. Aujourd’hui, avec des motos plus physiques, des écarts minuscules et deux courses à disputer chaque week-end, le même héroïsme pourrait surtout produire un risque inutile. Lorenzo avait stupéfié Assen en 2013. Guidotti pense que le MotoGP moderne ne permettra probablement plus qu’une telle histoire se répète.

























