Moto GP
Publié le 22 août 2026 • 12:00 par André Lecondé

Raul Fernandez : « Le MotoGP est toute ma vie, j’ai surmonté l’enfer »

De la galère absolue à candidat au titre. Raul Fernandez a parcouru un chemin long et douloureux en MotoGP.

Raul Fernandez

Raul Fernandez est aujourd’hui capable de gagner des Grands Prix et même de regarder vers le sommet du championnat MotoGP. Une situation presque inimaginable il y a encore quelques saisons. Le pilote TrackHouse Aprilia raconte combien ses années de doute ont transformé son approche de la compétition et pourquoi chaque kilomètre d’entraînement possède désormais une signification différente.

À 56 points de Jorge Martin, Raul Fernandez reste mathématiquement dans la course au titre MotoGP 2026. Mais son classement ne raconte qu’une partie de son histoire. Car avant de devenir l’un des quatre pilotes capables de faire gagner Aprilia, l’Espagnol a sérieusement douté de son avenir au plus haut niveau.

Sa première saison MotoGP avec KTM avait tourné au cauchemar. Son passage dans le giron Aprilia à partir de 2023 ne provoqua pas davantage de miracle immédiat. Il lui fallut du temps pour retrouver la confiance et surtout parvenir à exploiter son potentiel. Puis vint Phillip Island 2025 et sa première victoire en MotoGP.

Quelques mois plus tard, Fernandez vient de récidiver à Silverstone. Cette fois, sa victoire n’apparaît plus comme un accident isolé. Quelque chose a changé.

Raul Fernandez : « Ces dernières années, j’étais vraiment au plus bas »

Dans une interview accordée à MotoGP.com, Fernandez ne cherche pas à embellir les années difficiles. « Je sortais d’une période difficile ; ces dernières années, j’étais vraiment au plus bas. Quand tout va mal, on commence à douter de tout. » Le plus révélateur concerne peut-être son rapport à l’entraînement.

« Il y a deux ou trois ans, je n’avais aucune chance de réussir quoi que ce soit ; même m’entraîner était un calvaire. » Une déclaration particulièrement forte venant d’un pilote qui avait pourtant été considéré comme l’un des grands talents de sa génération après son exceptionnelle saison Moto2 2021.

Le problème n’était donc plus seulement technique. Fernandez avait progressivement perdu la conviction que tous les efforts nécessaires à une carrière en MotoGP pouvaient réellement déboucher sur quelque chose.

Aujourd’hui, cette conviction est revenue. Et avec elle, la motivation nécessaire pour accepter les derniers efforts, ceux qui font justement la différence au plus haut niveau. Raul Fernandez donne un exemple très concret de cette transformation.

Lorsqu’il souffre pendant une séance physique, il ne voit désormais plus les dernières répétitions comme une contrainte sans véritable finalité. « Maintenant, quand je dois faire cette dernière répétition ou les dix derniers kilomètres à vélo, je me dis que si ça peut m’aider à faire ne serait-ce qu’un demi-tour de plus à 100 %, c’est important. »

Pourquoi ? Parce que ce demi-tour supplémentaire peut précisément devenir celui pendant lequel un adversaire commence à faiblir. « Ça peut faire une énorme différence à la fin de la course. Pour moi, c’est ça le plus grand changement. »

Voilà peut-être une partie de l’explication de ce nouveau Raul Fernandez. La moto a progressé, Aprilia aussi, mais le pilote semble surtout avoir retrouvé une raison profonde d’accepter les sacrifices nécessaires pour exploiter cette RS-GP.

Raul Fernandez

Raul Fernandez assume désormais son véritable objectif : devenir champion du monde

Fernandez ne cache d’ailleurs plus l’ambition qui justifie tous ces efforts. « Mon objectif est de devenir champion du monde. Je continuerai à tout faire pour y parvenir tant que je serai en compétition. »

Il considère même qu’un objectif moins élevé ne justifierait pas les sacrifices exigés par cette vie. « Cela implique tellement de sacrifices que sans un tel objectif, ça n’en vaut pas la peine. » Car derrière l’image privilégiée du pilote MotoGP existe une existence presque entièrement organisée autour de la performance. « Le MotoGP, c’est toute ma vie. Ma vie est entièrement consacrée à l’entraînement, aux sacrifices et à la course. »

Et Fernandez insiste sur un élément souvent oublié : l’argent n’est pas nécessairement ce que les pilotes sacrifient de plus précieux. « Le temps est plus précieux que l’argent. »

Le plus difficile ? Apprendre très jeune à gérer ses émotions

Il identifie d’ailleurs un autre aspect particulièrement délicat de la carrière des pilotes modernes. Ils entrent extrêmement jeunes dans un univers où résultats, contrats, blessures, critiques et avenir professionnel peuvent basculer en quelques week-ends. « Le plus difficile, quand on est pilote, c’est de gérer toutes ces émotions à un si jeune âge. »

Fernandez en constitue presque une démonstration parfaite. Propulsé très rapidement parmi les grands espoirs du MotoGP, brutalement confronté à l’échec chez KTM puis longtemps incapable de retrouver ses sensations chez Aprilia, il est aujourd’hui passé de la question de sa survie dans la catégorie à celle de ses chances de devenir champion.

Avec encore dix Grands Prix théoriquement au programme et 56 points de retard sur Jorge Martin, la marche reste haute. Mais après Phillip Island et maintenant Silverstone, Raul Fernandez possède quelque chose qu’il n’avait manifestement plus il y a quelques années : la conviction que tous ces sacrifices peuvent réellement le conduire quelque part.

Raul Fernandez