Valentino Rossi avait alerté Yamaha. Maverick Viñales et Andrea Dovizioso ont ensuite rencontré leurs propres difficultés. Pourtant, Fabio Quartararo continuait à aller vite, jusqu’à devenir champion du monde en 2021. Massimo Meregalli reconnaît aujourd’hui le piège dans lequel Yamaha s’est enfermé : certains problèmes structurels identifiés il y a une décennie n’ont jamais complètement disparu, mais les performances exceptionnelles de ses meilleurs pilotes ont permis à Iwata de « survivre » sans réellement progresser.
Pendant des années, Yamaha possédait encore suffisamment de vitesse et surtout suffisamment de talent dans son garage pour rester compétitif. Mais derrière les résultats, certaines faiblesses vieillissaient. Rossi avait déjà donné l’alerte. Meregalli remonte très loin pour situer l’origine du problème. « Nous avions des problèmes structurels, et Valentino les avait soulignés il y a dix ans, mais, d’une manière ou d’une autre, nous les avons conservés. »
La déclaration ne signifie pas que la M1 actuelle souffre exactement des mêmes défauts techniques que celle pilotée par Rossi une décennie auparavant. Les motos, moteurs, pneumatiques et règlements ont considérablement évolué.
Meregalli parle plutôt de problèmes structurels dans la manière dont Yamaha progressait et répondait à ses difficultés. Et pendant longtemps, les résultats ont permis de vivre avec.
Meregalli : « Cela nous a permis de survivre, mais pas de progresser »
« Nous avions les meilleurs pilotes, la moto fonctionnait bien et peut-être que les autres n’étaient pas aussi bons qu’ils le sont maintenant : tout cela nous a permis de survivre, mais pas de progresser. » Yamaha ne s’est donc pas brutalement réveillé un matin avec une mauvaise MotoGP.
Son retard aurait été beaucoup plus progressif.
Et lorsqu’un constructeur perd une ou deux années de développement dans un environnement aussi compétitif, Meregalli prévient que le retard réel devient beaucoup plus important qu’il n’y paraît. Pendant ce temps, Ducati transformait profondément son approche, KTM progressait, Aprilia construisait son projet et Honda finissait également par réagir à sa propre crise.
Quartararo était-il trop rapide pour le bien de Yamaha ?
Puis intervient Fabio Quartararo. Et Meregalli reconnaît sur motorsport-magazin un paradoxe. « Les problèmes que nous avons commencé à rencontrer d’année en année étaient masqués par lui et par ce qu’il pouvait faire. » Rossi rencontrait des difficultés. Maverick Viñales également. Andrea Dovizioso aussi. Mais Quartararo continuait à être rapide. Il devient même champion du monde en 2021 puis lutte encore pour le titre en 2022.
À regarder uniquement les résultats du Français, Yamaha pouvait encore croire que le concept fonctionnait. Or Quartararo était peut-être précisément en train de rendre la situation moins lisible.

Un champion peut aussi cacher les défauts d’une moto rappelle Meregalli
C’est un phénomène que le MotoGP connaît bien. Lorsqu’un pilote exceptionnel parvient à compenser certaines limites, son résultat peut devenir un mauvais indicateur du niveau réel de la machine.
Le chronomètre dit que l’ensemble pilote-moto fonctionne. Il ne dit pas nécessairement quelle part de cette performance appartient à chacun. Meregalli reconnaît aujourd’hui que Quartararo a longtemps placé la Yamaha à un niveau que les autres pilotes ne parvenaient pas à atteindre.
Et lorsque ses propres limites ont fini par rejoindre celles de la M1, le retard accumulé était déjà considérable.
Dix ans plus tard, Quartararo part chez Honda
Quartararo quittera Yamaha pour Honda en 2027 après avoir récemment estimé que sa moto actuelle ressemblait encore, dans certains domaines, à une machine vieille de plusieurs années. Le pilote qui a contribué à masquer les faiblesses de Yamaha est donc aussi celui qui finit par partir parce qu’il ne peut plus les compenser.
Et Rossi apparaît rétrospectivement sous une lumière différente. Ses dernières saisons difficiles ne prouvaient évidemment pas à elles seules que Yamaha allait s’effondrer. Mais certaines de ses alertes, reconnaît désormais Meregalli, concernaient des problèmes que le constructeur n’a pas réussi à éliminer.
C’est peut-être la plus sévère autocritique de Yamaha : Iwata n’a pas seulement pris du retard parce que ses concurrents ont progressé. Pendant trop longtemps, ses meilleurs pilotes lui ont permis de ne pas mesurer complètement le sien. Rossi avait alerté, Quartararo a compensé, et les victoires ont entretenu l’illusion. Jusqu’au moment où survivre sans progresser n’a plus suffi.









