Et si la révolution technique du MotoGP avait changé de camp ? Pendant des années, Ducati a imposé ses innovations à une concurrence condamnée à suivre. Mais à Phillip Island, un détail apparu sur la GP26 raconte une histoire bien différente : le constructeur de Borgo Panigale expérimente désormais une solution aérodynamique qui rappelle fortement celle de son rival Aprilia. De quoi redonner une étonnante actualité aux interrogations formulées par Mick Doohan six mois plus tôt.
Ducati regarde désormais dans le rétroviseur d’Aprilia
C’est une évolution qui n’est pas passée inaperçue dans le paddock australien. Selon GPOne, Ducati a introduit à Phillip Island un nouvel élément aérodynamique à l’arrière de sa GP26. Sa forme présente des similitudes avec l’aileron utilisé sur l’Aprilia RS-GP26.
L’objectif recherché serait une meilleure stabilité à haute vitesse, un paramètre essentiel sur un circuit aussi rapide que Phillip Island. Sur ce tracé de 4,44 kilomètres, où les changements de direction s’enchaînent à des vitesses considérables, la gestion des mouvements de la moto constitue un enjeu majeur.
Mais au-delà de son efficacité potentielle, cette nouveauté interpelle par son inspiration. Pendant longtemps, les concurrents observaient Ducati pour comprendre où allait le MotoGP. Aujourd’hui, Ducati semble observer Aprilia avec la même attention.
Et ce n’est pas une première. Au Grand Prix des États-Unis, les machines de Marc Marquez et Francesco Bagnaia avaient déjà adopté des appendices aérodynamiques autour de la selle rappelant certaines solutions développées à Noale.
Deux évolutions similaires en une saison : difficile de ne pas y voir un changement dans le rapport de forces technique.
Mick Doohan avait posé la question qui dérange
Quelques mois auparavant, Mick Doohan avait exprimé ses doutes dans une interview accordée à Marca. Le quintuple champion du monde 500cc ne comprenait pas pourquoi Ducati semblait avoir perdu une partie de sa supériorité.
« Je ne sais pas si Aprilia a fait un grand pas en avant ou si Ducati a régressé. » Une interrogation accompagnée d’une autre, plus embarrassante pour les responsables de Borgo Panigale.
Doohan observait que les Ducati de l’équipe satellite VR46 semblaient parfois plus compétitives que les machines officielles. « Si tel est le cas, qui a piloté leur développement ? »
Derrière cette question se cache un problème fondamental : Ducati a-t-elle réellement amélioré sa moto, ou ses choix techniques ont-ils compliqué la tâche de ses pilotes ? L’arrivée de nouvelles solutions aérodynamiques ne suffit pas à démontrer une erreur de développement. Mais elle suggère que les ingénieurs continuent d’explorer des directions différentes pour retrouver un avantage.
Big disappointment for Aprilia 😔#AustralianGP 🇦🇺 pic.twitter.com/C8P6PAsAI9
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Aprilia n’est plus seulement le challenger
L’autre enseignement concerne évidemment Aprilia. La RS-GP26 s’est imposée comme une référence technique et sportive, portée notamment par Jorge Martin et Marco Bezzecchi. La compétitivité de la machine italienne ne repose plus uniquement sur les performances individuelles de ses pilotes.
Son comportement aérodynamique, sa stabilité et sa capacité à maintenir un rythme élevé constituent désormais des éléments déterminants. Le fait que Ducati expérimente des solutions comparables représente donc une reconnaissance indirecte du travail accompli à Noale.
Cela ne signifie pas qu’une pièce ressemble à une autre parce qu’elle a été copiée à l’identique. Les contraintes aérodynamiques peuvent conduire plusieurs constructeurs vers des formes voisines. Mais le symbole reste puissant.
Marc Marquez masque-t-il les difficultés de Ducati ?
Malgré ces interrogations techniques, Marc Marquez vient de prendre la tête du championnat après la chute de Jorge Martin. La GP26 reste donc parfaitement capable de gagner.
Mais une victoire ne signifie pas nécessairement que sa conception représente la meilleure solution globale du plateau. Le talent d’un pilote peut compenser certaines limites, sans les faire disparaître.
C’est précisément ce qui rend la situation intéressante pour Luigi Dall’Igna et Davide Tardozzi : Ducati peut encore viser le titre tout en cherchant à corriger ses choix techniques.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Ducati : un nouvel aileron arrière apparu à Phillip Island rappelle celui de l’Aprilia RS-GP26.
- Aprilia : ses solutions aérodynamiques semblent désormais servir de référence à la concurrence.
- Mick Doohan : ses interrogations sur la direction du développement Ducati prennent une résonance particulière.
Ducati n’a pas perdu sa capacité à gagner. Aprilia n’a pas encore démontré qu’elle dominera durablement le championnat. Mais quelque chose a changé dans le paddock. La question n’est plus seulement de savoir comment Aprilia peut battre Ducati. Elle est désormais de comprendre jusqu’où Ducati devra évoluer pour répondre à Aprilia.
Et pour le constructeur qui a dicté les tendances techniques pendant tant d’années, c’est déjà une petite révolution.
Pure joy for Ducati 🎉#AustralianGP 🇦🇺 pic.twitter.com/eTOWKrO2xm
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