Moto GP
Publié le 29 octobre 2026 • 06:30 par André Lecondé

MotoGP : Phillip Island sacrifié sur l’autel du business ? Ezpeleta promet une nouvelle ère, Pernat crie à la honte !

Phillip Island disparaît du calendrier MotoGP. Entre hommage d'Ezpeleta et colère de Pernat, deux visions du championnat s'affrontent.

Le MotoGP a quitté Phillip Island comme on ferme un livre sans en écrire la dernière page. Pas de Grand Prix dominical, pas d’ultime bataille sur l’un des circuits les plus spectaculaires du monde : seulement un tour d’adieu derrière la voiture de sécurité. Tandis que Carmelo Ezpeleta remercie un monument du championnat et promet un avenir radieux à Adélaïde, Carlo Pernat dénonce une décision révélatrice d’une transformation inquiétante. Derrière les discours, une question : le MotoGP est-il en train de sacrifier son identité pour conquérir de nouveaux marchés ?

Phillip Island : des adieux que personne ne souhaitait

Le brouillard et la mauvaise visibilité ont empêché l’hélicoptère médical d’assurer sa mission entre le circuit et Melbourne. La course dominicale a donc été annulée, faisant du Sprint de samedi la dernière compétition MotoGP disputée à Phillip Island.

Une conclusion cruelle pour un tracé entré dans l’histoire du championnat en 1989. Carmelo Ezpeleta reconnaît cette déception. « Il existe très peu de sites sportifs au monde qui deviennent partie intégrante de l’identité d’un championnat. Phillip Island en fait partie. »

Le dirigeant défend néanmoins l’annulation : la sécurité devait primer. Il rend hommage aux générations de pilotes australiens, de Wayne Gardner à Casey Stoner, ainsi qu’aux supporters qui ont façonné l’atmosphère unique du circuit. Mais ces remerciements ne suffisent pas à convaincre tout le monde.

Carlo Pernat : « C’est tout simplement honteux ! »

Dans sa chronique Fast by Prosecco, Carlo Pernat ne cache pas sa colère. « C’est tout simplement honteux, car on parle de l’un des plus beaux circuits du monde, notamment pour les pilotes. »

Son accusation dépasse les circonstances météorologiques. Pour lui, l’abandon de Phillip Island traduit une évolution du MotoGP vers des événements davantage pensés pour leur attractivité commerciale que pour leur valeur sportive.

Il pointe notamment l’éloignement du circuit, situé à environ deux heures de Melbourne. Selon Pernat, la nouvelle stratégie privilégierait les grandes villes, leur accessibilité et leur potentiel événementiel.

Une lecture qu’il attribue à l’influence de Liberty Media. Mais cette interprétation constitue une critique de Pernat, pas une politique générale officiellement démontrée.

Phillip Island

Adélaïde : la nouvelle vitrine du MotoGP

Ezpeleta assume pleinement l’ambition du changement. À partir de 2027, le Grand Prix d’Australie doit se dérouler sur un circuit urbain à Adélaïde. Le dirigeant insiste sur les avantages d’un événement situé au cœur d’une grande ville : hébergements, restaurants, transports et divertissements immédiatement accessibles.

« Un événement en plein centre-ville nous offre la possibilité de faire découvrir le MotoGP à un public plus vaste que jamais. » L’objectif dépasse donc le simple changement de circuit.

Le championnat veut transformer son Grand Prix australien en événement urbain capable d’attirer de nouveaux spectateurs. Ezpeleta assure cependant vouloir construire cet avenir sur l’héritage de Phillip Island, et non l’effacer. Une promesse qui reste à concrétiser.

Et pourquoi pas Spielberg ou le Sachsenring après Phillip Island ?

Pernat soulève une contradiction intéressante. Si l’éloignement des centres urbains devient un argument contre Phillip Island, pourquoi conserver d’autres circuits relativement isolés ?

Il cite notamment Spielberg, en Autriche, et le Sachsenring, en Allemagne. Ces deux sites ne sont pas davantage implantés au cœur de grandes métropoles. La comparaison ne prouve pas que tous les circuits historiques seraient menacés : chaque Grand Prix possède ses propres accords et contraintes.

Mais elle pose une question légitime sur les critères qui détermineront demain la valeur d’une épreuve. Un circuit doit-il d’abord offrir des courses exceptionnelles ou garantir une expérience commerciale accessible au plus grand nombre ?

Deux visions, un même championnat

Le désaccord entre Ezpeleta et Pernat résume finalement une transformation plus large. Pour le premier, Adélaïde représente une occasion d’élargir l’audience du MotoGP sans renier son passé. Pour le second, le championnat risque de perdre ce qui le rendait unique en privilégiant des considérations extérieures à la compétition.

Les deux préoccupations ne sont pourtant pas nécessairement incompatibles. Un championnat doit évoluer économiquement pour se développer. Mais son identité repose aussi sur les circuits qui ont construit sa légende.

Alors, qu’est-ce qu’on retient ?

  • Ezpeleta défend Adélaïde comme une opportunité de développement.
  • Pernat dénonce l’abandon d’un circuit emblématique au profit d’une logique commerciale.
  • Phillip Island laisse une question ouverte sur l’avenir des tracés historiques.

Ezpeleta promet que le MotoGP entrera dans une nouvelle ère à Adélaïde. Carlo Pernat redoute qu’il y laisse une partie de son âme. Et après des adieux sans véritable dernière course, Phillip Island n’aura même pas eu l’occasion de rappeler une ultime fois pourquoi il était irremplaçable.

Phillip Island

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