Marc Marquez a remporté le Grand Prix de Malaisie avec 4,2 secondes d’avance. Mais au-delà de cette démonstration, sa domination soulève une question autrement plus dérangeante : est-il devenu trop fort, ou ses adversaires ne sont-ils plus à la hauteur des légendes d’autrefois ? Neil Hodgson, ancien champion du monde Superbike, a choisi de poser le problème sans détour. Et sa réponse risque de faire grincer quelques dents dans le paddock.
Marquez : 33 ans, un bras diminué… et toujours intouchable
À Sepang, Marquez n’a pas simplement gagné. Il a contrôlé la course avec une autorité impressionnante. Passé devant son frère Alex dès le départ, le pilote Ducati s’est progressivement échappé, tournant en moyenne deux dixièmes plus vite que Pedro Acosta. Ses 4,2 secondes d’avance constituent sa plus large marge de victoire de la saison.
Le plus frappant reste le contexte. À 33 ans, après des années de blessures et avec un bras droit qui n’a jamais totalement retrouvé ses capacités d’origine, Marquez continue de donner l’impression de piloter dans une autre catégorie.
Cette facilité apparente rappelle à Hodgson une époque où quelques pilotes semblaient appartenir à une espèce différente.
Qui face à Marquez : « Où sont les extraterrestres ? »
Dans le podcast Gas it Out, le Britannique évoque avec nostalgie les grands noms qui ont marqué la catégorie reine. « Où sont les extraterrestres ? Vous souvenez-vous de la belle époque de ceux que nous appelions les extraterrestres : Dani Pedrosa, Stoner, Lorenzo, Rossi, Marquez ? »
Pour Hodgson, le niveau général du MotoGP reste exceptionnel. Mais il distingue les pilotes extrêmement rapides de ceux capables de transcender régulièrement les limites de leur machine. « Ce sont des pilotes de moto incroyables, mais ce ne sont pas des extraterrestres surhumains. »
Une nuance particulièrement sévère dans un championnat où les écarts sont pourtant devenus infimes. Car selon lui, seuls quelques pilotes actuels appartiennent véritablement à cette catégorie.

Acosta, Quartararo, Martin : les extraterrestres empêchés ?
Hodgson cite Pedro Acosta, Fabio Quartararo, Jorge Martin et, évidemment, Marc Marquez. Mais trois d’entre eux rencontrent un obstacle majeur. Acosta possède le talent, mais sa KTM ne lui permet pas encore de lutter régulièrement pour la victoire.
Quartararo se débat avec une Yamaha en difficulté. Hodgson souligne d’ailleurs une statistique spectaculaire : le Français a inscrit 79 points contre 78 pour ses trois équipiers réunis. « Il est tout simplement d’un autre niveau. »
Quant à Martin, ses blessures continuent de perturber une saison durant laquelle il avait pourtant retrouvé les avant-postes. Hodgson le considère comme un pilote exceptionnel, tout en évoquant sa fragilité physique.
Autrement dit, les extraterrestres existent peut-être encore. Mais tous ne disposent pas simultanément de la moto, de la santé et de la stabilité nécessaires pour défier Marquez.
Et Bagnaia ? Le grand absent de cette élite
Francesco Bagnaia, double champion du monde MotoGP, ne figure pas parmi les pilotes distingués par Hodgson. Avec quatre podiums en Grand Prix cette saison et 226 points de retard sur Marquez, l’Italien traverse une période particulièrement difficile.
Même constat pour Joan Mir, champion du monde 2020, dont les résultats restent pénalisés par les difficultés de Honda et ses propres contretemps.
Mais attention à ne pas confondre une saison compliquée avec une disparition du talent. Le classement de Hodgson demeure une appréciation personnelle, pas une mesure objective de la valeur des pilotes.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Marquez : une victoire magistrale en Malaisie qui rappelle sa domination des années 2013-2019.
- Hodgson : seuls Marquez, Acosta, Quartararo et Martín mériteraient aujourd’hui le statut d’« extraterrestre ».
- Bagnaia : son absence de cette sélection souligne la brutalité du contraste avec son équipier.
Reste une question que Hodgson laisse ouverte : Marquez domine-t-il parce que le niveau de ses rivaux a baissé, ou parce qu’il demeure lui-même un phénomène exceptionnel ? Après tout, Rossi, Lorenzo, Pedrosa et Stoner ont également connu ce problème. Même à l’époque des extraterrestres, il y en avait déjà un qui semblait venir d’encore plus loin.





