Chez Ferrari, les moteurs ont refroidi depuis le Grand Prix du Mexique. Les esprits, beaucoup moins. À quelques heures des premiers essais du Grand Prix de São Paulo, Lewis Hamilton vient de jeter une nouvelle dose de carburant sur un incendie que Frédéric Vasseur espérait probablement éteindre avant Interlagos. Le septuple champion du monde ne retire rien de ses critiques envers Charles Leclerc. Mieux encore, il affirme qu’il ne présentera pas d’excuses pour avoir exprimé ouvertement son mécontentement.

Hamilton persiste, Vasseur tente l’armistice.
« Je ne me laisserai pas réduire au silence. »
Une déclaration sans ambiguïté, alors qu’une réunion est prévue entre les deux pilotes et leur directeur d’écurie.
Ferrari voulait retrouver le chemin de la victoire. Elle doit désormais organiser une réunion de crise pour rappeler à ses pilotes qu’ils portent le même maillot.
Hamilton ne regrette rien
Jeudi, devant les journalistes réunis à Interlagos, Lewis Hamilton n’a pas cherché à calmer les tensions. Interrogé sur ses déclarations particulièrement sévères après le Grand Prix du Mexique, le Britannique a maintenu sa position. Il affirme assumer ses paroles, même lorsqu’elles dérangent. Et surtout, il refuse l’idée selon laquelle ses interventions à la radio seraient soigneusement calculées pour influencer son équipe ou l’opinion publique.
À plus de 300 km/h, explique-t-il, avec un rythme cardiaque élevé et l’adrénaline de la compétition, les pilotes ne construisent pas leurs messages comme des communiqués de presse.
Un argument recevable. Mais qui ne règle pas le problème de fond.
Hamilton estime toujours que le comportement de Leclerc a coûté à Ferrari une occasion majeure de victoire. Et il n’a visiblement pas l’intention de changer d’avis pour faciliter le prochain déjeuner d’équipe.
Mexico : le doublé qui s’est évaporé
Tout remonte au premier tour du Grand Prix du Mexique. Parti en pole position, Lewis Hamilton disposait d’une occasion exceptionnelle d’offrir à Ferrari une victoire longtemps attendue. Derrière lui, Charles Leclerc s’était installé aux avant-postes. Mais au quatrième virage, les deux monoplaces rouges se sont retrouvées en difficulté dans un affrontement particulièrement serré. Les deux pilotes ont quitté la piste. Leclerc a coupé le virage et conservé un avantage qui lui a valu cinq secondes de pénalité. Max Verstappen, lui, n’a pas demandé deux fois la permission de profiter de la situation. Le pilote Red Bull Racing s’est invité dans la bataille avant de remporter le Grand Prix.
Hamilton a terminé deuxième. Leclerc, quatrième.
Un résultat qui aurait pu être autrement plus glorieux. Pour le Britannique, le constat reste limpide : Ferrari disposait des moyens de signer un doublé, mais sa rivalité interne a compromis cette possibilité.
Leclerc accusé d’en faire trop
Les critiques de Lewis Hamilton dépassent désormais largement l’incident mexicain. Le Britannique considère que Charles Leclerc adopte une attitude particulièrement agressive lorsqu’il se retrouve face à son propre coéquipier. Il établit notamment un parallèle avec le Grand Prix de Singapour. Selon lui, le Monégasque aurait fait preuve de davantage de retenue dans son duel avec Max Verstappen que dans certaines confrontations internes.
Hamilton rappelle également les rivalités passées entre Leclerc et ses anciens coéquipiers, Sebastian Vettel puis Carlos Sainz. Une manière assez directe de suggérer que le problème ne date pas de son arrivée à Maranello. Mais ce jugement reste celui du Britannique. Il ne constitue pas une preuve que Leclerc chercherait délibérément à nuire aux résultats de Ferrari. D’autant que le Monégasque n’a pas encore pu répondre à ces nouvelles critiques.
Vasseur promettait une discussion, la discussion attend toujours
Après Mexico, Frédéric Vasseur avait pourtant affiché sa volonté de régler rapidement le différend. Le directeur de la Scuderia Ferrari avait dénoncé un manque de respect envers les quelque 2 000 personnes travaillant pour l’équipe. Une déclaration particulièrement ferme.
Pour Vasseur, voir deux voitures rouges occuper les premières positions avant de perdre la victoire dans une bataille interne était difficilement acceptable. Il avait annoncé vouloir réunir ses pilotes. Mais les circonstances ont retardé cette confrontation. Le Français est retourné à Maranello. Charles Leclerc a rejoint Monaco pour assister à la naissance de sa fille Bianca, le 3 novembre. Et Hamilton s’est présenté seul devant les médias jeudi au Brésil.
Résultat : les trois hommes n’ont toujours pas eu l’occasion de discuter ensemble en profondeur.
Selon Roberto Chinchero, journaliste de Motorsport Italia et Autosport, une réunion doit se tenir ce vendredi à Interlagos. Un rendez-vous qui pourrait peser bien davantage que sur le seul week-end brésilien.
Hamilton prévient : une réunion ne suffira pas
Lewis Hamilton ne semble d’ailleurs pas attendre un miracle de cette rencontre. Le Britannique estime qu’une seule discussion ne permettra probablement pas de résoudre l’ensemble des difficultés. Son objectif va plus loin. Il souhaite que Ferrari définisse un fonctionnement suffisamment solide pour éviter que de nouveaux affrontements compromettent les résultats de 2027. Car le septuple champion du monde ne cache pas son ambition. Il pense que Ferrari peut se battre pour le titre mondial la saison prochaine.
Mais encore faudra-t-il que ses pilotes soient capables de travailler ensemble lorsque la victoire se présente. Et sur ce point, Hamilton estime que la direction doit jouer pleinement son rôle.
Frédéric Vasseur devra donc trouver un équilibre délicat entre la liberté de ses pilotes et la nécessité de protéger les intérêts collectifs.
Leclerc, l’homme que Ferrari ne peut ignorer
La position de Charles Leclerc mérite cependant d’être examinée. Le Monégasque porte les couleurs de Ferrari depuis 2019. Il connaît l’organisation, les ingénieurs et la culture de Maranello. Il a traversé plusieurs saisons difficiles sans abandonner le projet. Et il n’a aucune raison sportive d’accepter un rôle secondaire face à Hamilton, aussi prestigieux soit son palmarès. Le Britannique lui-même reconnaît que son arrivée dans une équipe aussi étroitement liée à Leclerc représentait un défi. Il assure avoir travaillé pour construire une relation harmonieuse avec son coéquipier. Mais il reconnaît également être particulièrement exigeant et déterminé à provoquer des changements.
Deux pilotes ambitieux. Deux personnalités fortes. Aucune envie de céder. Et un directeur chargé de faire comprendre que les intérêts de Ferrari ne peuvent pas être réduits à la somme de deux ambitions personnelles.
Le véritable problème porte un nom : l’autorité
Pour Roberto Chinchero, la réunion d’Interlagos constitue surtout un test important pour Frédéric Vasseur. La question n’est pas uniquement de désigner le responsable de l’incident mexicain. Il s’agit de définir des principes clairs, applicables aux deux pilotes. Et surtout, de garantir que les décisions prises par le directeur de l’équipe seront respectées. Car laisser deux champions se battre librement peut constituer une excellente stratégie. Jusqu’au jour où cette liberté coûte une victoire.
Ferrari possède désormais une monoplace redevenue compétitive. Les dernières courses ont montré des progrès significatifs. Mais la SF-26 peut être aussi rapide que possible : si les deux pilotes continuent de se disputer la même trajectoire au détriment de l’équipe, les adversaires n’auront même plus besoin de les dépasser. Il leur suffira d’attendre.
Au Brésil, Ferrari devra choisir entre l’ordre et le désordre
La réunion prévue à Interlagos pourrait donc marquer un tournant. Lewis Hamilton arrive avec une position inchangée et une détermination intacte. Charles Leclerc devra défendre sa lecture des événements du Mexique. Et Frédéric Vasseur devra établir une ligne commune sans donner le sentiment de favoriser l’un de ses pilotes.
Un exercice particulièrement délicat. Surtout lorsque l’on sait que les deux hommes pourraient se battre pour le championnat du monde en 2027. Si leurs relations se tendent déjà pour une victoire, que se passera-t-il lorsqu’une couronne sera réellement en jeu ?
Pour l’instant, aucune réconciliation n’a été annoncée. Aucune règle nouvelle n’a été officialisée.
Et Hamilton ne retire pas un mot de ses critiques. Vasseur voulait régler l’affaire avant São Paulo. Elle arrive finalement au Brésil avec toute sa charge polémique.
Chez Ferrari, Hamilton refuse de se taire, Leclerc n’a pas encore répondu et Vasseur doit jouer les arbitres. Le cheval cabré a retrouvé sa vitesse. Reste à savoir si quelqu’un tient encore les rênes.
🔴 Lewis Hamilton (Ferrari) : « Je ne vais pas me laisser faire taire. Je n’ai jamais, jamais été réduit au silence. Je me fiche vraiment de ce que tout le monde pense de ce que j’ai dit. Je porte mon cœur en bandoulière, et je dis ce que je ressens sur le moment. J’ai vu… pic.twitter.com/uP72JcJtbB
— Maranello Paddock (@FerrariF1FRA) November 5, 2026




