Moto GP WSBK
Publié le 14 août 2026 • 18:00 par André Lecondé

BREAKING NEWS – Franco Morbidelli ira en WorldSBK avec Aruba Ducati : le pari italien pour relancer l’ex-vice-champion

Morbidelli a été soutenu au plus haut niveau chez Ducati : Stefano Cecconi, Claudio Domenicali et Gigi Dall’Igna ont tranché en sa faveur.

Franco Morbidelli

Franco Morbidelli devrait succéder à Nicolò Bulega chez Aruba Ducati en 2027. Le choix peut surprendre face à un Manuel Gonzalez représentant davantage l’avenir, mais il raconte surtout la philosophie de l’équipe officielle Ducati en Superbike : plutôt que de fabriquer un nouveau champion, Aruba veut tenter de retrouver celui que Morbidelli a cessé d’être depuis six ans. Un pari qui rappelle étrangement celui réalisé avec Bulega.

Sur le papier, le choix aurait pu sembler évident. D’un côté, Manuel Gonzalez, leader du championnat Moto2, jeune, rapide et encore en pleine ascension. De l’autre, Franco Morbidelli, dont les plus belles saisons semblent déjà lointaines et qui n’a jamais véritablement retrouvé en MotoGP le pilote capable de devenir vice-champion du monde en 2020.

Et pourtant, c’est bien vers Morbidelli que Ducati et Aruba ont décidé de se tourner pour remplacer Nicolò Bulega. Le choix relayé par GPOne aurait été soutenu au plus haut niveau, par Stefano Cecconi chez Aruba mais également par Claudio Domenicali et Gigi Dall’Igna chez Ducati. De fait, Morbidelli n’apparaît plus simplement comme le choix d’une équipe Superbike. Il devient un projet Ducati.

Ducati préfère une certitude abîmée à un potentiel à découvrir

C’est probablement ainsi qu’il faut comprendre l’arbitrage avec Gonzalez. Le talent de l’Espagnol aurait été sérieusement considéré à Borgo Panigale. Mais le Moto2 reste une promesse. Morbidelli possède quelque chose que Gonzalez ne peut pas encore présenter sur son CV : la preuve qu’il a déjà été capable d’évoluer au plus haut niveau mondial.

Champion Moto2 en 2017, vainqueur de trois Grands Prix MotoGP et surtout vice-champion du monde 2020 derrière Joan Mir, Morbidelli n’est pas un pilote dont Ducati doit découvrir le plafond. Elle doit comprendre pourquoi il n’arrive plus à l’atteindre. Et Serafino Foti avait donné un indice particulièrement intéressant à Misano : « Je crois que le talent de Franco est véritablement immense. »

Le responsable Ducati insistait surtout sur un paradoxe : Morbidelli est encore capable de produire ponctuellement une vitesse de très haut niveau, mais plus de la reproduire régulièrement. Voilà précisément le problème qu’Aruba va tenter de résoudre.

Le précédent Bulega explique beaucoup de choses

La comparaison avec Nicolò Bulega est tentante, même si les deux trajectoires sont très différentes. Lorsque Ducati avait récupéré Bulega, sa carrière internationale semblait s’être enlisée. Après des années compliquées en Moto3 puis Moto2, son potentiel initial paraissait presque dilapidé.

Aruba lui a offert une reconstruction. Supersport, titre mondial, passage en Superbike, victoires, puis ascension jusqu’au statut de pilote convoité par le MotoGP : Ducati n’a pas simplement recruté Bulega, elle l’a réinventé.

Avec Morbidelli, le raisonnement semble similaire mais à une échelle supérieure. Il ne s’agit plus de révéler un talent qui n’avait jamais totalement éclos. Il s’agit de récupérer un pilote ayant déjà démontré qu’il pouvait gagner en MotoGP et de déterminer si les dernières années ont détruit sa vitesse ou seulement sa capacité à l’exploiter.

Depuis 2021, quelque chose s’est cassé chez Morbidelli devient fascinant. Fin 2020, il est probablement l’un des pilotes les plus désirables du paddock. Trois victoires, cinq podiums et une deuxième place au championnat avec la Yamaha Petronas : tout semble alors converger vers une candidature au titre.

Puis viennent les blessures, les difficultés avec Yamaha, le passage compliqué chez Pramac et enfin VR46. Depuis, Morbidelli donne régulièrement l’impression d’être capable de retrouver son ancien niveau pendant quelques heures avant de disparaître à nouveau dans le classement.

Serafino Foti avait justement relevé cette contradiction en citant sa première ligne à Barcelone : un pilote incapable d’aller vite ne place pas une MotoGP en première ligne. Le problème n’est donc peut-être pas la vitesse pure. C’est sa disponibilité.

Franco Morbidelli

Le Superbike en Ducati peut-il lui rendre ce que le MotoGP lui a pris ?

C’est le véritable pari de Ducati. À 32 ans en 2027, Morbidelli ne débarquera pas en Superbike pour apprendre tranquillement son métier. Avec une Panigale V4 officielle, il arrivera avec l’obligation de gagner.

Mais il retrouvera également un environnement très différent. Moins gigantesque que le MotoGP, davantage centré sur les relations entre pilote, techniciens et équipe, le paddock Superbike lui est par ailleurs familier : Morbidelli y avait remporté le championnat européen Superstock 600 en 2013 avant son ascension vers les Grands Prix.

Il disposera également d’un élément particulièrement intéressant en 2027 : les Michelin, qu’il connaît parfaitement après toutes ses années en MotoGP et qui remplaceront Pirelli en WorldSBK. Ducati lui adjoindrait enfin Tommaso Raponi comme chef mécanicien. Tout semble donc organisé autour d’une idée : supprimer suffisamment d’inconnues pour permettre au pilote de se concentrer sur lui-même.

Et Gonzalez dans tout cela ?

C’est peut-être la conséquence la plus cruelle de cette décision. Manuel Gonzalez s’est retrouvé au centre de plusieurs scénarios pour 2027 sans parvenir, pour l’instant, à transformer son excellente saison Moto2 en guidon majeur.

Et le choix d’Aruba lui adresse indirectement un message assez brutal : dans un championnat Superbike devenu extrêmement stratégique pour les constructeurs, être jeune et rapide ne suffit plus nécessairement.

Ducati n’a pas choisi le potentiel maximal. Elle a choisi l’expérience maximale associée à un potentiel dont elle connaît déjà l’existence. Morbidelli n’a donc pas obtenu une retraite dorée. Un passage du MotoGP vers le Superbike est encore parfois présenté comme la dernière étape d’une carrière. Le recrutement de Morbidelli raconte exactement l’inverse.

Ducati ne semble pas vouloir lui offrir une sortie honorable. Elle lui confie la moto laissée par Nicolò Bulega, avec tout ce que cela suppose comme pression sportive. Face à Iker Lecuona, Morbidelli devra immédiatement démontrer que Ducati avait raison de préférer un ancien vice-champion du monde à l’un des hommes forts du Moto2.

Et c’est finalement ce qui rend ce transfert beaucoup plus intéressant qu’un simple changement de championnat. Aruba ne parie pas sur ce qu’est Franco Morbidelli aujourd’hui. Ducati parie 2027 sur la possibilité de retrouver celui de 2020. Six ans après, nous allons enfin savoir si ce pilote existe encore.

Franco Morbidelli