Moto GP
Publié le 23 juillet 2026 • 12:00 par André Lecondé

Casey Stoner, le franc-tireur – « Je ne ferai plus rien pour personne gratuitement, le MotoGP répète les erreurs de la F1 »

L’ancien champion du monde Casey Stoner s’est confié sans filtre après sa participation à la World Ducati Week.

Casey Stoner

Il existe des champions qui continuent à vivre dans le paddock longtemps après leur retraite. Casey Stoner, lui, semble avoir choisi une autre voie : celle de la lucidité, parfois brutale, et d’une certaine amertume. À 40 ans, le double champion du monde ne cache plus sa désillusion vis-à-vis du MotoGP moderne, ni son refus de continuer à offrir gratuitement son immense expérience.

Ses dernières déclarations à GPOne sont particulièrement révélatrices. Elles racontent autant l’évolution du championnat que celle d’un homme qui a toujours préféré l’authenticité aux compromis.

La scène était pourtant magnifique lors de la dernière World Ducati Week. Voir Marc Marquez, Pecco Bagnaia et Casey Stoner réunis sous les couleurs Ducati avait quelque chose d’historique. Plus encore lorsque Bagnaia a publiquement remercié l’Australien pour ses conseils et souligné sa capacité unique à percevoir des choses que même les pilotes actuels ne voient pas.

Davide Tardozzi lui-même n’a pas tari d’éloges sur l’ancien pilote Ducati. Mais derrière les sourires et les photos souvenirs se cache une réalité beaucoup plus nuancée. « Je me suis beaucoup investi et, bien souvent, je n’ai pas reçu les réponses que j’attendais. Il semble qu’il n’y ait aucune satisfaction à faire ce genre de choses. »

Stoner poursuit : « C’était un grand honneur pour moi d’entendre Pecco me remercier, et je l’ai fait uniquement pour l’aider. Mais je ne ferai plus rien pour personne à l’avenir. » Une déclaration extrêmement forte venant d’un pilote qui possède probablement l’un des regards techniques les plus fins que le MotoGP ait connu.

Casey Stoner

Casey Stoner rappelle que le savoir a un prix

Au fil des années, plusieurs constructeurs ont sollicité l’expertise de Casey Stoner. Ducati bien sûr, mais également Honda à certaines périodes. Aujourd’hui, l’Australien a tiré une conclusion simple : son expérience ne sera plus offerte gratuitement. « Je ne partagerai pas mes connaissances gratuitement. »

Et il explique pourquoi avec la franchise qui le caractérise : « Malheureusement, je l’ai fait trop souvent par le passé : on vous envoie là-bas quand on vous connaît, puis on vous laisse disparaître. Je ne referai pas la même erreur ; je n’irai pas aider sans raison, et je ne le ferai pas pour rien. Voilà la principale raison. »

Il est difficile de ne pas voir dans ces propos une critique plus large du fonctionnement actuel du MotoGP, où certaines légendes sont parfois célébrées ponctuellement avant d’être oubliées une fois les photographes partis.

Même lorsqu’il évoque la possibilité d’aider les jeunes talents australiens, Casey Stoner reste fidèle à sa philosophie actuelle. « Le monde de la moto en Australie est vraiment difficile en ce moment ; il n’y a rien. Il n’y a pas de budget pour quoi que ce soit, tout est très compliqué. »

Et surtout : « Je ne veux pas gaspiller mon temps et mon énergie pour quoi que ce soit alors que j’ai ma famille à laquelle me consacrer. » Une phrase particulièrement révélatrice lorsqu’on connaît les sacrifices que lui a imposés sa carrière sportive. Il ne ferme cependant aucune porte. Il refuse simplement d’ouvrir toutes les autres gratuitement.

Mais c’est probablement lorsqu’il évoque la disparition annoncée de Phillip Island du calendrier MotoGP que Casey Stoner se montre le plus nostalgique. « C’est vraiment triste, et en même temps, cela nous montre où nous allons. » Une phrase qui résume sa vision actuelle du championnat. « On n’est plus dans la pureté de la course, une valeur pour laquelle je me suis tant battu. »

L’ancien champion du monde voit dans cette disparition un symbole beaucoup plus profond des transformations du MotoGP. La critique est particulièrement sévère concernant l’évolution technique de la catégorie reine. « Le MotoGP est en train de répéter les mêmes erreurs qu’en F1. »

Et de développer : « On rencontre les mêmes problèmes d’aérodynamisme, de plus en plus intrusif ; il y a toujours plus d’équipements inutiles sur les motos. »

Casey Stoner appartient à cette génération qui considérait que la beauté du MotoGP résidait précisément dans son équilibre entre technologie et talent pur du pilote. Une position qui rejoint d’ailleurs celle exprimée récemment par plusieurs pilotes actuels, dont Marc Marquez lui-même à propos des futures MotoGP 850 cc.

Les projets évoquant un éventuel Grand Prix urbain en Australie ne séduisent absolument pas l’ancien pilote Ducati. « Il semblerait qu’ils envisagent d’organiser la course sur un circuit urbain. Or, à mon avis, il est impossible de rendre un circuit urbain suffisamment sûr. » Il cite notamment la spectaculaire chute de Marco Bezzecchi à Assen pour illustrer les dangers potentiels.

Pour lui, Phillip Island représentait tout ce que doit être un circuit MotoGP. « Phillip Island bénéficiait d’un emplacement fantastique. » Certes, l’accès au circuit était parfois compliqué, mais cela faisait précisément partie de son charme. « Il a toujours offert les meilleures courses de chaque saison, un moment toujours exceptionnel. » Sa conclusion est empreinte d’une profonde nostalgie : « Et maintenant, nous avons perdu tout cela, et je le regrette profondément. »

Au fond, ces déclarations racontent peut-être davantage l’histoire de Casey Stoner que celle du MotoGP lui-même. Le pilote australien continue de défendre une certaine idée de la course motocycliste : moins de politique, moins de technologie inutile, plus de talent pur et davantage de respect pour ceux qui ont construit ce sport.

Il refuse désormais de jouer le rôle de la légende disponible à la demande du paddock. Son savoir, son temps et son expérience ont une valeur qu’il estime avoir trop souvent bradée par le passé. Et lorsqu’il regarde disparaître Phillip Island du calendrier, on ne peut s’empêcher d’y voir un parallèle avec sa propre relation au MotoGP moderne.

Dans les deux cas, Casey Stoner semble dire exactement la même chose : certaines choses méritent d’être préservées précisément parce qu’elles sont devenues rares.

Casey Stoner