F1
Publié le 21 août 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Haas ouvre le casting 2027 : Ocon a dix ans de F1… mais trois points pour défendre son siège

Haas évalue Fornaroli, Câmara, Hirakawa et Doohan pour 2027. Ocon n’est pas encore condamné, mais ses 3 points rendent son siège fragile.

Fornaroli, Câmara, Hirakawa puis Doohan : Haas s’apprête à faire défiler les candidats dans ses anciennes monoplaces, et tout ce petit monde regarde évidemment vers le baquet d’Esteban Ocon. De là à annoncer le Français « condamné », il y a encore un pas. Mais après avoir été recruté pour apporter l’expérience d’un vainqueur de Grand Prix, Ocon se retrouve à 3 points contre 18 pour Oliver Bearman et mené 8-3 en qualifications. Alors, au fond, qu’a-t-il réellement prouvé chez Haas ? Qu’il peut encore produire de très grands week-ends. Le problème est qu’en Formule 1, un grand week-end tous les trois mois finit par ressembler davantage à un souvenir qu’à une garantie pour 2027.

 

Haas ne cherche plus seulement un réserviste, elle organise presque « The Voice F1 »

Le programme annoncé est assez explicite.

Après Zandvoort, Leonardo Fornaroli, Rafael Câmara et Ryo Hirakawa doivent rouler à Portimão dans le cadre du programme TPC de Haas. Jack Doohan, lui, disposera d’une journée spécifique à Jerez après le Grand Prix de Madrid. Motorsport Italia présente clairement ces essais comme des occasions permettant à Haas d’évaluer ses différentes options pour 2027.

Officiellement, évidemment, personne n’a encore installé une pancarte : « Siège d’Esteban Ocon à pourvoir, CV à envoyer avant vendredi. »

Et il faut corriger le caractère un peu définitif du message circulant sur les réseaux : Oconn’est pas officiellement évincé. Une option permettant de prolonger son contrat pour 2027 existe toujours, tandis qu’Ayao Komatsu a déjà garanti qu’Ocon et Bearman termineraient la saison 2026 ensemble

Mais lorsqu’une écurie organise des essais avec quatre pilotes susceptibles d’être disponibles l’année suivante, il n’est pas nécessaire d’appeler Hercule Poirot pour comprendre quel dossier est étudié.

La vraie question : qu’a prouvé Ocon chez Haas ?

C’est là que la critique mérite d’être un peu plus fine que « Ocon est mauvais, dehors ». Parce que le Français a évidemment prouvé quelque chose en Formule 1. Beaucoup, même. Après 191 Grands Prix, il possède une victoire, quatre podiums et 486 points. Son succès au Grand Prix de Hongrie 2021 n’était pas un cadeau : une fois placé en tête, il avait résisté pendant toute la course à Sebastian Vettel. En 2024, il avait encore terminé deuxième sous la pluie à São Paulo dans une Alpine qui passait alors nettement plus de temps.

Donc, non : Esteban Ocon n’a pas passé dix ans en F1 par accident. Il a prouvé qu’il était capable de saisir une occasion lorsque celle-ci apparaît. Le problème est ailleurs.

Depuis son arrivée chez Haas, il n’a pas suffisamment prouvé qu’il pouvait être cette référence régulière que l’écurie pensait recruter. Et c’est beaucoup plus embarrassant.

Haas avait recruté l’expérience. Le rookie a pris les commandes

Lorsqu’Ocon signe chez Haas pour 2025, l’équation semble parfaite. D’un côté, Oliver Bearman, rookie. De l’autre, Ocon, vainqueur de Grand Prix, plusieurs podiums, huit saisons complètes ou presque de F1 et suffisamment de kilomètres pour savoir à quoi ressemble un week-end qui tourne mal avant même le déjeuner du vendredi. La logique voulait que Bearman apprenne. Elle n’avait pas forcément prévu qu’il commence rapidement à enseigner.

En 2025, Bearman termine avec 41 points contre 38 pour Ocon. Les deux hommes font jeu égal dans leur confrontation en course, mais le Britannique domine les qualifications 14-10 et signe le meilleur résultat de Haas avec sa quatrième place au Mexique.  Ce n’est pas une humiliation pour Ocon. Mais pour un pilote recruté précisément afin d’apporter une référence à un débutant, ce n’est pas non plus exactement la démonstration attendue.

Ayao Komatsu l’a d’ailleurs reconnu sans détour avant le début de 2026 : Haas « attendait plus » de son pilote expérimenté. Il rappelait qu’Ocon affrontait certes un rookie très talentueux, mais qu’il disposait de dix ans d’expérience, d’une victoire et de podiums derrière lui.  Quand votre propre patron commence la saison en expliquant qu’il attendait davantage de vous la saison précédente, le contrat suivant n’est généralement pas déjà imprimé.

2026 : là, les chiffres deviennent franchement difficiles à défendre

Et la deuxième saison n’a malheureusement pas arrangé le dossier. Après onze Grands Prix : Bearman : 18 points. Ocon : 3 points.

Ocon n’a marqué qu’au Japon, avec une dixième place, puis à Monaco, où il termine neuvième. Le face-à-face interne est encore plus brutal.

Qualifications : Bearman 8 – Ocon 3.
Courses : Bearman 7 – Ocon 4.

Et cette comparaison comporte même une circonstance aggravante assez ironique : Bearman a subi trois abandons, contre aucun pour Ocon Autrement dit, le Français a bénéficié d’une meilleure fiabilité et reste pourtant six fois moins riche en points. À ce stade, le traditionnel argument de l’expérience commence à manquer légèrement d’appui aérodynamique.

Attention quand même : Haas lui a aussi fourni une voiture assez experte dans l’art de compliquer la vie. Il serait néanmoins profondément injuste de présenter tous ces chiffres comme un verdict exclusivement personnel. La VF-26 s’est progressivement enfoncée dans le milieu de grille après un début de saison prometteur. Haas totalise seulement 21 points, reste sur cinq Grands Prix sans marquer et souffre notamment d’un manque d’appui arrière, de problèmes de déploiement et d’évolutions dont le comportement varie parfois inexplicablement d’un circuit à l’autre. Bearman lui-même reconnaissait début juillet que Haas avait été dépassée dans la course au développement par plusieurs adversaires.

Et Komatsu avait déjà assumé une partie de la responsabilité concernant les difficultés d’Ocon en 2025. Selon lui, le bilan était presque du 50/50 : certaines performances insuffisantes revenaient au pilote, mais Haas n’avait pas toujours été capable de lui fournir une voiture dans laquelle il se sentait suffisamment en confiance, particulièrement en qualifications.

C’est important. Parce qu’une voiture délicate peut expliquer que les deux pilotes souffrent. Elle explique beaucoup moins facilement pourquoi celui qui compte dix années de F1 souffre nettement davantage que celui qui vient d’en terminer une. Et c’est précisément là que Haas commence à regarder ailleurs.

Fornaroli : le candidat qui doit probablement empêcher Ocon de dormir parfaitement.

Parmi les prétendants, Leonardo Fornaroli apparaît aujourd’hui comme le dossier le plus sérieux. Son CV est presque absurdement propre : champion de F3 en 2024, champion de F2 en 2025, puis pilote de réserve et de développement McLaren en 2026. Mais le plus préoccupant pour Ocon n’est pas son palmarès junior. C’est ce qu’il a déjà montré à Haas.

Lors de son précédent test TPC à Jerez, l’Italien aurait impressionné l’équipe par sa vitesse, la qualité de ses retours techniques et son professionnalisme, malgré l’absence de préparation dans le simulateur Haas et la nécessité de s’adapter à une voiture très différente de la McLaren qu’il connaissait. Il s’est également montré convaincant dans les simulations de qualification à faible carburant.

Fornaroli est donc exactement le genre de pilote qui rend l’argument « mais Ocon apporte de l’expérience » beaucoup moins confortable.

Parce que Haas pourrait se demander : combien vaut cette expérience si le jeune coûte moins cher et va plus vite ? La question n’est pas très romantique. La F1 l’est rarement lorsqu’il faut signer les contrats.

Câmara : beaucoup moins expérimenté, beaucoup plus jeune… et Ferrari derrière lui.

Rafael Câmara constitue une autre option.

Le Brésilien est champion de Formule 3 2025, appartient à la Ferrari Driver Academy et occupe actuellement la troisième place du championnat de F2 2026. Il a déjà remporté une Feature Race à Barcelone et signé plusieurs poles au cours de sa première saison dans la catégorie. Ferrari pousse naturellement sa candidature auprès de Haas, déjà partenaire moteur de Maranello et employeur de Bearman, lui-même membre de la filière Ferrari. Câmara est toutefois beaucoup moins prêt que Fornaroli. En juillet encore, plusieurs observateurs le considéraient comme nécessitant davantage de maturation avant une arrivée en F1. Portimão servira donc précisément à mesurer ce qui manque entre le « futur très prometteur » et le « donnez-lui les clés lundi matin ».

Ocon, lui, doit trouver assez amusant de voir un pilote de 21 ans passer un examen pour vérifier s’il peut prendre son travail.

Hirakawa : le candidat Toyota qui change complètement l’équation.

Puis il y a Ryo Hirakawa.

À 32 ans, le Japonais n’a évidemment rien du rookie typique. Il possède une énorme expérience en endurance, a accumulé plusieurs séances FP1 et de nombreux kilomètres de tests en F1, et bénéficie surtout du soutien de Toyota. Ce dernier détail est devenu considérable.

Toyota Gazoo Racing est désormais partenaire-titre de Haas, et la collaboration entre les deux structures couvre notamment la formation des pilotes et le programme de développement. Hirakawa n’est donc pas uniquement un pilote. Il représente aussi l’un des principaux partenaires industriels de l’équipe. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose lorsqu’il faut choisir entre deux CV de valeur comparable.

Doohan : zéro point en F1, mais peut-être pas suffisamment de temps pour être jugé.

Jack Doohan constitue le cas le plus curieux.

Son passage comme titulaire chez Alpine a été extrêmement court : six courses en 2025, aucun point et un meilleur résultat de 13e avant son remplacement. Depuis février, il est pilote de réserve Haas. À première vue, voilà une menace assez étrange pour un vainqueur de Grand Prix.

Mais Haas semble vouloir vérifier si Alpine ne l’a pas jugé trop vite. Motorsport souligne qu’il avait été placé sous une pression considérable dès ses débuts et disposait de très peu de temps pour apprendre les pneus, les procédures et le fonctionnement d’un véritable week-end de F1 avant d’être écarté. Son test de Jerez sera donc autant une audition qu’une séance de réhabilitation. Un homme ayant zéro point en F1 pourrait ainsi prendre le siège d’un homme ayant gagné un Grand Prix.

Bienvenue sur le marché des pilotes.

Alors, Ocon est-il réellement condamné ? Non. Pas encore. Le mot est trop fort. Son option 2027 existe toujours et Haas n’a pris aucune décision officielle. Et surtout, Ocon possède encore douze Grands Prix pour changer complètement le récit.

Il a déjà montré par le passé qu’il pouvait produire exactement ce genre de performances lorsqu’on ne les attendait plus : victoire en Hongrie, podium à Monaco en 2023, deuxième place au Brésil 2024. Sa carrière compte quatre podiums, ce que ses quatre concurrents potentiels réunis ne peuvent évidemment pas encore revendiquer en F1. Mais ce passé constitue désormais son problème autant que sa défense. Parce qu’à bientôt 30 ans et après dix saisons au plus haut niveau, on ne demande plus à Ocon de montrer qu’il possède du potentiel. On lui demande de montrer pourquoi Haas doit préférer ce qu’elle connaît déjà à ce qu’elle pourrait découvrir.

Et pour l’instant, trois points ne constituent pas exactement une plaidoirie renversante.

Ce qu’Ocon a prouvé ? Qu’il peut être excellent. Pas encore qu’il peut l’être assez souvent

C’est probablement le bilan le plus juste. Esteban Ocon a prouvé qu’il était suffisamment rapide pour gagner une course de Formule 1. Il a prouvé qu’il pouvait monter sur un podium avec des voitures qui n’étaient pas les meilleures du plateau. Il a prouvé qu’il savait survivre dix ans dans l’un des environnements sportifs les plus impitoyables au monde.

Ce qu’il n’a pas prouvé chez Haas, c’est la régularité qui devait justifier son statut de pilote expérimenté face à Bearman.

En 2025, le rookie l’a battu de peu. En 2026, il le bat nettement. Et voilà pourquoi Portimão et Jerez sont beaucoup plus inquiétants pour Ocon qu’un simple programme de tests. Haas ne cherche pas forcément un meilleur pilote sur un dimanche exceptionnel.

Elle cherche peut-être quelqu’un capable d’être plus souvent meilleur le samedi, plus souvent devant le dimanche et suffisamment prometteur pour construire autour de lui plusieurs saisons.

Ocon possède encore le siège.

Fornaroli, Câmara, Hirakawa et Doohan possèdent seulement des essais.

Mais lorsque quatre personnes commencent à essayer les clés pendant que vous êtes encore dans l’appartement, il devient probablement prudent de regarder la date inscrite sur le bail.

Esteban n’est donc pas condamné. Mais pour la première fois depuis son arrivée chez Haas, il ne lui suffit plus de rappeler ce qu’il a fait.

Il doit recommencer à le faire.