F1
Publié le 12 août 2026 • 01:00 par Oléna Champlain

F1 – Hadjar apprivoise le siège maudit : chez Red Bull, il se sent déjà chez lui

Hadjar raconte son choc culturel chez Red Bull, mais assume sa place aux côtés de Verstappen après une première moitié de saison solide.

Promu chez Red Bull après une seule saison chez Racing Bulls, Isack Hadjar reconnaît avoir subi un véritable choc culturel en débarquant à Milton Keynes. Mais le Français ne joue pas les touristes : après onze Grands Prix, il est huitième du championnat, vient d’enchaîner deux sixièmes places et assume désormais franchement sa place aux côtés de Max Verstappen. Pour un baquet qui a broyé quelques réputations, l’intégration se passe plutôt bien.

 

Hadjar : « Je mérite d’être là, mais je mesure aussi la chance que j’ai. »

Il existe généralement deux manières d’arriver chez Red Bull pour devenir l’équipier de Max Verstappen.

La première consiste à sourire devant les photographes, expliquer que l’on n’a pas peur de la comparaison avec le Néerlandais et découvrir quelques semaines plus tard que la télémétrie possède un sens de l’humour assez particulier.

La seconde semble être celle choisie par Isack Hadjar : reconnaître que l’environnement est impressionnant, travailler et éviter de transformer chaque week-end en référendum sur son avenir.

À seulement 21 ans et pour sa deuxième saison de Formule 1, le Français commence même à parler comme quelqu’un qui considère avoir passé l’examen d’entrée.

« Je mérite d’être là, mais je mesure aussi la chance que j’ai. »

Une formule prononcée dans le podcast Talking Bull et rapportée par Motorsport.com. Pas d’excès de modestie, pas davantage de complexe : Hadjar estime avoir gagné sa place.

De la petite famille italienne à l’usine anglaise : bienvenue chez les grands

Hadjar ne prétend pourtant pas que le passage de Racing Bulls à Red Bull s’est effectué en changeant simplement la couleur de son badge. Il parle lui-même de « choc culturel ».

À Faenza, il décrit une structure italienne plus familiale, habituée à accueillir de jeunes pilotes et à les préparer à l’étape suivante. À Milton Keynes, le fonctionnement est britannique, l’organisation beaucoup plus vaste et les attentes évidemment différentes.

C’est aussi toute l’ambiguïté de l’écosystème Red Bull : Racing Bulls et Red Bull appartiennent à la même famille, mais passer de l’une à l’autre ressemble moins à changer de chambre qu’à quitter la maison pour entrer directement au conseil d’administration.

Hadjar reconnaît d’ailleurs tout ce que Racing Bulls lui a apporté pendant sa saison rookie. L’écurie italienne possède précisément cette vocation : former, polir et éventuellement expédier les meilleurs éléments vers Milton Keynes.

Dans son cas, le service de livraison express a particulièrement bien fonctionné.

En réalité, Hadjar préparait son déménagement depuis des années

Le Français insiste cependant sur un point essentiel : malgré le changement d’échelle, Red Bull n’était pas véritablement une terre inconnue.

Hadjar a intégré la filière Red Bull en 2021 selon Motorsport.com et a accumulé depuis les essais, séances libres et passages dans le simulateur. Il avait notamment piloté la Red Bull de Verstappen lors des essais libres du Grand Prix d’Abou Dhabi 2024.

Son ingénieur de course actuel, Richard Wood, surnommé « Woody », ne lui était même pas inconnu : leur première collaboration remonte à environ trois ans lors d’une de ces premières apparitions en EL1.

Voilà pourquoi Hadjar refuse de comparer son transfert à celui de Lewis Hamilton de Mercedes vers Ferrari. Hamilton a changé d’univers. Hadjar a surtout monté d’un étage.

Red Bull confirme d’ailleurs que son parcours dans la filière junior l’a conduit jusqu’à sa promotion officielle aux côtés de Verstappen pour 2026, après son podium obtenu à Zandvoort lors de sa saison rookie avec Racing Bulls.

Le plus étonnant ? Le siège de Verstappen ne semble pas l’avoir paralysé

C’est peut-être là que la saison de Hadjar devient réellement intéressante. Être promu chez Red Bull est une chose. Être installé à côté de Max Verstappen en est une autre.

Le Français savait parfaitement ce qui l’attendait. Lors de sa présentation en janvier, il reconnaissait avoir grandi en regardant Sebastian Vettel gagner avec Red Bull et décrivait son arrivée dans l’équipe comme presque irréelle. Il annonçait néanmoins immédiatement son objectif : remporter au moins une course en 2026. Quelques mois plus tard, il ne donne pas vraiment l’impression d’avoir été mangé par le décor.

Après onze Grands Prix, Hadjar possède 68 points et occupe la huitième place du championnat, tandis que Verstappen est sixième avec 109 unités. L’écart existe — 41 points — mais il est loin de ressembler à une disparition complète du deuxième pilote dans les statistiques.

Et surtout, Hadjar commence à accumuler des week-ends suffisamment solides pour que l’on parle davantage de ses performances que de la prétendue malédiction du deuxième baquet. Chez Red Bull, c’est déjà une petite victoire.

Spa : 21e au départ, sixième à l’arrivée

Le Grand Prix de Belgique a probablement constitué sa démonstration la plus spectaculaire. Contraint de partir 21e après une lourde pénalité liée au remplacement d’éléments moteur, Hadjar a remonté jusqu’à la sixième place. Bernie Collins a salué la stratégie de Red Bull tandis que Karun Chandhok a particulièrement apprécié son autonomie et son rôle d’équipier pendant le week-end.

Pendant les qualifications, Hadjar avait notamment proposé lui-même de gérer l’aspiration offerte à Verstappen sans que le muret ait besoin de lui dicter chaque mouvement. Puis, le lendemain, il a traversé le peloton jusqu’au top 6.

Une manière plutôt efficace de démontrer qu’il sait déjà faire deux choses importantes chez Red Bull : être rapide et comprendre quand l’équipe demande de faciliter la vie de Max. Le manuel d’intégration devait être assez court.

Hongrie : encore sixième et presque dans les roues de Verstappen en qualifs

À Budapest, Hadjar a confirmé.  Il s’est qualifié huitième, à seulement un dixième de Verstappen, avant de terminer de nouveau sixième en course. Le Néerlandais a pris la deuxième place, mais Hadjar a encore ajouté huit points à son compteur.

Tout n’était pourtant pas idyllique. Après les qualifications, le Français décrivait une RB22 « très difficile à conduire », tandis qu’après la course il regrettait le manque de rythme sur les pneus mediums. C’est peut-être aussi ce qui rend ses performances plus convaincantes.

Hadjar ne pilote pas la Red Bull dominante des années 2022 ou 2023. Il évolue dans une équipe seulement quatrième du championnat constructeurs avec 177 points, derrière Mercedes, Ferrari et McLaren.

Il n’a donc pas débarqué dans une limousine. Il est arrivé au moment où Red Bull cherchait encore où elle avait rangé les clés.

Le choc culturel avait commencé par un choc sportif

Les débuts furent d’ailleurs nettement moins souriants.

Après le Grand Prix du Japon, troisième manche de la saison, Red Bull ne comptait que 16 points et occupait la sixième place du championnat. Hadjar avait terminé douzième à Suzuka après avoir pourtant devancé Verstappen en qualifications pour la deuxième fois de l’année.

Le Français avait alors décrit l’ambiance dans l’équipe en deux mots particulièrement peu diplomatiques : « pas bonne ».

Problèmes de batterie, voiture difficile et début de saison très éloigné des standards habituels de Red Bull : Hadjar avait découvert Milton Keynes au moment précis où la moquette rouge avait été retirée.

Depuis, Red Bull a redressé la barre. Verstappen reste sur deux podiums consécutifs à Spa et Budapest, tandis qu’Hadjar a terminé sixième lors de ces deux mêmes courses. Le nouveau venu n’a donc pas seulement assisté à la crise. Il participe à la reconstruction.

À côté de Max, Hadjar refuse surtout de jouer la victime

C’est probablement sa qualité la plus précieuse jusqu’ici. Hadjar ne semble pas entrer dans chaque Grand Prix avec l’obsession de démontrer qu’il peut battre Verstappen. Il sait que son équipier est quadruple champion du monde et mesure parfaitement la difficulté de la comparaison. Mais il refuse également de présenter chaque dixième de retard comme une fatalité.

Lorsqu’il traverse le garage et monte dans sa Red Bull, il reconnaît encore ressentir une certaine fierté. Mais il associe immédiatement ce sentiment à la conviction d’avoir mérité sa promotion.  Et cette nuance change beaucoup de choses. Il ne se considère ni comme un invité ni comme le jeune stagiaire chargé d’apporter le café au quadruple champion.

Il est le deuxième pilote Red Bull. Nuance dangereuse dans cette équipe.

Le siège maudit est peut-être simplement devenu un siège

Il est encore beaucoup trop tôt pour transformer Hadjar en successeur désigné de Verstappen ou annoncer qu’il vient de résoudre l’énigme qui a tourmenté plusieurs équipiers avant lui. Max possède toujours 41 points d’avance et reste la référence absolue de l’équipe.  Mais la première moitié de saison a déjà produit un constat intéressant : Hadjar ne semble ni écrasé par le prestige de Red Bull, ni obsédé par la comparaison, ni paralysé par l’histoire récente du deuxième baquet.

Il a subi le choc culturel. Puis il a déballé ses cartons.

Aujourd’hui, lorsqu’il explique que sa présence chez Red Bull lui paraît « naturelle », cela ressemble de moins en moins au discours enthousiaste d’un jeune pilote fraîchement promu et de plus en plus à une réalité sportive.Le plus gros compliment que l’on puisse lui faire est peut-être celui-ci : après seulement onze courses chez Red Bull, on commence à oublier qu’être l’équipier de Max Verstappen était censé être une histoire en soi.

Hadjar voulait mériter le siège.

Pour l’instant, c’est surtout le siège qui semble enfin avoir trouvé quelqu’un capable de l’occuper sans demander le mode d’emploi.