Christian Horner n’est plus assis sur le muret Red Bull, mais il n’a visiblement pas rendu les clés du coffre à secrets. Un peu plus d’un an après son éviction brutale, l’ancien patron de Milton Keynes prépare Drive, ses mémoires annoncés pour le 22 octobre 2026. Rivalités, tensions internes, sacrifices, relations avec Verstappen, Vettel, Ricciardo et surtout son départ : tout doit y passer. Et Horner a choisi son timing avec soin. Cette semaine, le Britannique s’est installé en studio pour enregistrer lui-même la version audio de l’ouvrage. Autrement dit : Red Bull l’a fait taire dans le garage, il revient avec 320 pages et un micro. Petit détail toutefois avant de sortir le popcorn : contrairement à certains titres apparus ce 10 septembre, Horner n’a pas encore révélé dans ses mémoires tous les détails de son licenciement. Le livre n’est tout simplement pas encore publié. Ce que nous avons aujourd’hui, ce sont les promesses de l’éditeur, quelques déclarations antérieures et une campagne de lancement qui ne cache pas l’ambition de faire beaucoup de bruit.

Red Bull, version Horner
Une sortie express après vingt ans de règne
Christian Horner était presque devenu indissociable de Red Bull. Arrivé en 2005 à seulement 31 ans, il a accompagné l’écurie depuis ses débuts jusqu’à six titres Constructeurs et huit titres Pilotes, quatre avec Sebastian Vettel et quatre avec Max Verstappen. Puis, le 9 juillet 2025, rideau : Red Bull. Pas de longue tournée d’adieux. Pas de cérémonie grandiose après vingt saisons.
Horner expliquait encore quelques mois plus tard :
« Tout est arrivé assez soudainement. Je n’ai pas vraiment pu dire au revoir. »
Et c’est précisément là que Drive risque de devenir beaucoup plus intéressant qu’une traditionnelle autobiographie remplie de trophées et de champagne. Parce que les dernières années de son règne furent tout sauf tranquilles.
Verstappen innocenté… Marko et Mintzlaff beaucoup moins Pendant des mois, une théorie avait prospéré dans le paddock : le clan Verstappen aurait fini par obtenir la tête d’Horner. Jos Verstappen avait publiquement critiqué le dirigeant britannique lors de la crise interne de 2024. Pourtant, lorsque Horner a enfin raconté sa version dans Drive to Survive début 2026, il a pris soin de dédouaner Max et son entourage.
« Je ne crois pas que les Verstappen aient été responsables. »
En revanche, son regard se tourne beaucoup plus directement vers Oliver Mintzlaff et Helmut Marko. Horner estime que sa chute résulte surtout du changement d’équilibre politique intervenu au sein du groupe après la mort de Dietrich Mateschitz, en octobre 2022. Selon lui, son influence grandissante au sein de Red Bull aurait fini par devenir encombrante. Voilà qui donne déjà une petite idée de l’ambiance du livre.
Max n’aurait donc pas tenu le couteau. Mais Horner semble parfaitement savoir où regarder pour retrouver les empreintes.
Un livre de souvenirs… ou un droit de réponse de 320 pages ?
L’éditeur ne fait d’ailleurs aucun effort pour calmer le jeu. Drive est présenté comme un récit « candid and uncompromising », autrement dit franc et sans concessions, abordant les rivalités, les difficultés personnelles et le prix humain payé pour maintenir Red Bull au sommet. Le livre doit également revenir sur les relations d’Horner avec Dietrich Mateschitz, Bernie Ecclestone, Vettel, Verstappen, Ricciardo et son épouse Geri.
Difficile de croire que les vingt dernières pages se résumeront à : merci à tous, formidable aventure. Surtout lorsqu’on sait dans quel climat Horner a quitté l’équipe.
Après une saison 2023 écrasante, Red Bull avait commencé à perdre de sa superbe. Adrian Newey avait annoncé son départ, Jonathan Wheatley avait également quitté l’organisation et la guerre de pouvoir interne s’était étalée au grand jour. L’écurie avait ensuite commencé à reculer sportivement tandis que la pression s’intensifiait autour de son patron. Puis la sentence était tombée.
Vingt ans pour construire l’empire. Quelques minutes pour apprendre que l’on n’en était plus le patron.
Le jackpot de départ n’efface visiblement pas les cicatrices. Le divorce n’a toutefois pas laissé Horner les poches vides. La BBC avait rapporté à l’époque un accord de départ avoisinant 60 millions d’euros, soit environ 52 millions de livres sterling, même si d’autres médias britanniques ont avancé des chiffres supérieurs. Red Bull n’avait officiellement communiqué aucun montant. À ce tarif-là, certains auraient découvert une vocation soudaine pour la pêche. Pas Horner.
Après une année largement passée loin du paddock, il est revenu à Silverstone en juillet 2026 et a confirmé qu’un retour en Formule 1 restait possible, mais pas à n’importe quelles conditions : il veut un projet où il puisse réellement peser sur les décisions et jouer la victoire. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes.
Alpine, Aston Martin… Horner n’a peut-être pas fini de déranger Red Bull
Son nom continue de circuler. Alpine reste régulièrement cité comme une possibilité, notamment dans le cadre d’un projet où Horner pourrait obtenir non seulement un rôle opérationnel mais également une participation au capital. Des discussions avec Lawrence Stroll autour d’Aston Martin ont également été rapportées, tandis que Ferrari revient périodiquement dans les spéculations. Pour l’heure, aucune arrivée dans une équipe n’a été officialisée.
En parallèle, Horner vient de rejoindre Oakley Capital comme conseiller dans les investissements sportifs, preuve que l’ancien patron Red Bull ne semble guère intéressé par une retraite paisible. Et son autobiographie ressemble presque à la première étape de cette reconstruction. D’abord raconter son histoire. Ensuite rappeler ce qu’il a gagné. Puis, peut-être, revenir pour essayer de battre ceux qui l’ont congédié. Avouez que le scénario ne manque pas de sel.
Horner va parler… mais forcément avec sa version de l’histoire
Reste néanmoins une précaution essentielle. Drive sera la version de Christian Horner. Pas celle de Helmut Marko. Pas celle d’Oliver Mintzlaff. Pas celle des Verstappen. Et certainement pas une enquête indépendante sur les guerres internes qui ont secoué Red Bull.
Horner aura donc la possibilité de choisir ses souvenirs, de distribuer les bons et les mauvais rôles et, éventuellement, de polir sa propre sortie. C’est précisément pour cela que le livre promet d’être passionnant. Parce qu’après avoir dirigé pendant vingt ans l’une des structures les plus impitoyables de la Formule 1, Christian Horner connaît probablement mieux que quiconque l’art de contrôler le récit. Cette fois, il ne disposera plus de la radio Red Bull pour le faire.
Il aura mieux :
320 pages, une tournée britannique, un audiobook… et quelques comptes qui semblent encore loin d’être soldés.






















