Moto GP
Publié le 10 septembre 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Loris Capirossi mérite-t-il d’être intronisé MotoGP Legend ?

Loris Capirossi sera bientôt intronisé MotoGP legend, mais mérite-t-il vraiment cet honneur ? Une analyse s’impose.

Loris Capirossi

Ce week-end, à Misano, Loris Capirossi sera intronisé MotoGP Legend. J’ai déjà réalisé pas mal d’articles sur ce Hall of fame réservé aux champions motos, et, du coup, à chaque nouveau nom, je me penche sur la légitimité du pilote en question. Dans ces analyses, j’avais notamment affirmé que non, selon moi, Dani Pedrosa ne méritait pas d’y figurer. Alors, même constat pour Loris Capirossi ?

Avant de débuter, je tiens à préciser que je vais juger le cas Capirossi d’après mes propres critères, afin de savoir s’il pourrait intégrer mon hall of fame de rêve, et pas selon les critères en vigueur actuellement. Si l’on se fie à ceux qui y sont déjà (comme Luigi Taveri, Franco Uncini ou Marco Simoncelli), eh bien, oui, il y a droit lui aussi, évidemment. Mais, dans l’absolu, Capirossi est-il une légende ?

Selon moi, oui ! Il mérite sa place, et laissez-moi vous expliquer pourquoi.

 

Une précocité non égalée

 

Avant Marc Marquez, Pedro Acosta et les autres, il y avait Loris Capirossi. C’est aujourd’hui oublié, mais l’Italien était le champion de la précocité en Grands Prix lorsqu’il a fait ses débuts. Lorsqu’il débarque en 125cc au début de la saison 1990, il est immédiatement dans le coup. Loris est même titré en fin d’année, pour sa toute première saison en mondial, à 17 ans et 165 jours ! Le record tient toujours, et ne sera probablement plus jamais battu, puisque l’âge limite est fixé à 17 ans et demi en Moto3 depuis plusieurs années. C’était d’autant plus impressionnant dans les nineties, car les pilotes commençaient généralement plus vieux. Dans le top 10 des plus jeunes titrés, Loris Capirossi n’est suivi que par des champions au XXIe siècle, à l’exception de Valentino Rossi.

 

Loris Capirossi
Franchement, il fait partie intégrante du paysage du début des années 2000.

 

Globalement, sa carrière dans les catégories inférieures est l’une des plus impressionnantes de tous les temps. « Capirex » a encore été titré en 125cc en 1991, avant de faire le saut en 250cc en 1992. Et, là encore, il était très rapide. En 1993, il était déjà vice-champion du monde, puis troisième en 1994. Il a tenté le passage en 500cc sur Honda chez Pileri, avant de signer avec Yamaha-Rainey en 1995, où il s’est imposé en Australie pour la première fois au plus haut niveau. Un gars qui avait commencé de rouler en 1990 gagne devant tous les meilleurs seulement cinq ans plus tard.

Il décide de redescendre en 250cc en 1997, prend le titre 1998 devant Rossi – d’une manière discutable, je vous l’accorde volontiers – puis finit troisième en 1999, avant, cette fois, d’accéder durablement à la catégorie reine. Vous rendez-vous compte de la richesse de la carrière de Capirossi avant même qu’il se fasse réellement connaître en 500cc ? Très peu de pilotes, dans l’histoire, peuvent se targuer d’avoir été bons chaque année dans trois catégories, sur l’espace de dix saisons. Vous me répondrez peut-être que Dani Pedrosa aussi était un monstre en petites cylindrées, et que, pourtant, ça ne me suffit pas. Vous auriez raison, sauf que ce n’est pas terminé.

 

Une icône de sa génération

 

Il passe en 500cc chez Pons en 2000, monte sur le podium dès la première manche, et gagne au bout de la sixième. Le reste de l’exercice est plus compliqué, mais très honnête pour une « deuxième année rookie ». Mais de 2000 à 2002, toujours chez Pons, il s’illustre très fréquemment, et termine accessoirement troisième du général en 2001 à quelques points de Biaggi. À l’époque, le trio d’Italiens aux forts caractères Rossi/Capirossi/Biaggi égayait nos après-midi. Leurs personnalités leur donnaient un poids considérable à l’heure où le sport se popularisait grâce à « The Doctor ». Capirossi profitait de ce rayonnement ; aujourd’hui, ma mère, très peu intéressée par le MotoGP, se souvient du nom de Capirossi alors qu’elle serait incapable de citer Gibernau, par exemple. C’est peut-être une impression personnelle, mais Capirossi avait quelque chose en plus.

 

Loris Capirossi, monsieur Ducati

 

Puis vint la période la plus sous-estimée de sa carrière : l’ère Ducati. Capirossi a été le fer de lance du projet Desmosedici dès 2003. Immédiatement, il se classe quatrième du général et gagne en Catalogne sur la toute nouvelle moto. Il arrive à se faire une place sur cette monture pas toujours facile à piloter, jusqu’à la saison 2006 où il s’impose à trois reprises, score cinq autres podiums et finit troisième du classement.

C’est souvent là que des spectateurs se trompent. En 2007, Stoner le rejoint et écrase le MotoGP de son talent. Je suis persuadé que la GP7 n’était pas une si mauvaise machine, loin de là. L’exemple Capirex le prouve : en 2007, dans l’année de ses 34 ans et sur une toute nouvelle moto 800cc, il remporte un Grand Prix au Japon en surclassant la concurrence, et monte sur le podium à trois autres reprises dans l’année. Certes, ce n’était pas le bilan de Stoner, mais ça demeurait plus que respectable pour un pilote qui avait débuté sa carrière 17 ans auparavant !

 

Loris Capirossi
Pour moi, la plus belle décoration de l’histoire des Grands Prix.

 

Le dernier challenge

 

Comme si ça ne suffisait pas, il est devenu la figure d’un autre projet ambitieux, j’ai nommé, le programme Suzuki GSV-R. Bon, il ne compte « qu’un » seul podium sur la belle bleue, mais je vous invite à retourner voir ses résultats à son guidon. Ils étaient plus que corrects. Capirossi se fait battre par Vermeulen en 2008, d’accord, mais se venge en 2009 (à 36 ans!), puis connaît une saison 2010 hachée par les blessures. En 2011, il signe chez Ducati Pramac pour une dernière danse, là encore entrecoupée de visites à l’infirmerie.

 

Un impact réel

 

Comme Uncini ou Spencer, Capirossi est resté dans l’organisation pour assurer les meilleures conditions aux pilotes actuels. De nos jours, c’est encore lui qui prend le volant de la safety car pour faire des tours de reconnaissance, et ses travaux sont plébiscités par de nombreux acteurs du paddock. Ça a clairement son importance dans l’héritage qu’il laisse.

 

Conclusion – Loris Capirossi mérite-t-il d’être MotoGP Legend ?

 

D’après moi, c’est indéniable. On parle d’un pilote fort dès le début, qui n’a pas connu une seule saison totalement ratée de 1990 à 2004. Et, surtout, c’est quelqu’un qui, contrairement à Dani Pedrosa, par exemple, a gagné dans différents contextes sans jamais frustrer le public. « Capirex » s’est imposé au plus haut niveau avec trois constructeurs (Yamaha, Honda, et Ducati), tout comme Maverick Vinales. Sa longévité est l’une des plus impressionnantes de tous les temps également, puisqu’il a pris 328 départs toutes catégories confondues (quatrième meilleur bilan de tous les temps), compte 17 ans et 49 jours entre sa première et dernière victoire en Grands Prix (deuxième), a marqué 3215 points (sixième), 41 pole positions (neuvième) avec 11 saisons où il comptait au moins une pole, en plus d’être, bien sûr, le plus jeune champion de l’histoire.

Après sa carrière, il s’est concentré sur la sécurité ; on sait combien l’accident de Simoncelli, en 2011, l’a affecté. Capirossi a un nom qui dépasse les frontières des circuits, que ce soit grâce à sa fonction actuelle où ses affrontements mémorables au début des années 2000. C’est pour ces multiples raisons que je l’élèverais sans aucun doute au rang de MotoGP Legend.

Partagez-vous mon analyse, et que dites-vous de l’héritage laissé par Loris Capirossi ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Avec le n°58 de Simoncelli pour le dernier GP de sa carrière, Valence 2011. Je ne l’oublierai jamais.