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Aprilia

A Assen, Ai Ogura s’est offert sa première victoire en MotoGP. Mais le triomphe est amer pour Aprilia. Car c’est l’équipe satellite TrackHouse, et non l’équipe d’usine, qui a dominé le week-end. Neil Hodgson, consultant, estime qu’Aprilia est « dévastée ». Leur homme clé, Bezzecchi, a chuté. Martin, qui rejoint Yamaha, est leader.  La domination de l’usine de Noale est en demi-teinte.

Rarement un constructeur aura autant dominé un week-end de MotoGP. Pole position. Quatre Aprilia aux quatre premières places des qualifications. Doublé TrackHouse lors du Sprint. Premier triplé de son histoire à Assen le dimanche. Et pourtant, en quittant les Pays-Bas, Aprilia ne célèbre pas un week-end parfait.

Sur le plan sportif, difficile d’imaginer une domination plus éclatante. Ai Ogura offre à Aprilia une victoire historique. Raul Fernandez confirme son changement de dimension avec une nouvelle deuxième place. Jorge Martin complète le podium et prend la tête du championnat.

La RS-GP s’est imposée comme la référence absolue du week-end. Même les pilotes Ducati l’ont reconnu. Fabio Di Giannantonio expliquait après la course avoir dû prendre « énormément de risques » simplement pour rester au contact des Aprilia. Mais il y a comme un goût d’inachevé …

Car le sentiment est plus nuancé du côté de Noale. Pourquoi ? Parce que le pilote qui incarnait le projet Aprilia depuis le début de saison, Marco Bezzecchi, est reparti sans le moindre point après une spectaculaire chute.

Le leader du championnat est devenu chasseur. Et celui qui récupère la première place n’est autre que Jorge Martin. Or chacun sait déjà que le champion du monde 2024 quittera Aprilia à la fin de la saison pour rejoindre Yamaha. C’est toute l’ambiguïté de ce week-end batave. Aprilia mène désormais le championnat… avec un pilote qui partira dans quelques mois.

Le succès de TrackHouse change aussi la donne chez Aprilia

L’autre enseignement vient du garage voisin. Ce ne sont pas les pilotes officiels qui ont remporté les deux courses. Ce sont Raul Fernandez et Ai Ogura. Cette réussite illustre la qualité du travail réalisé par TrackHouse, mais elle crée aussi une nouvelle concurrence interne.

Massimo Rivola s’en est d’ailleurs amusé après l’arrivée. « Que le meilleur gagne ! » Une formule élégante qui traduit aussi une réalité : Aprilia dispose désormais de quatre motos capables de gagner.

Neil Hodgson estime que ce résultat doit inquiéter Aprilia. Le constat mérite d’être nuancé. Le constructeur italien n’a sans doute jamais quitté un Grand Prix avec autant de certitudes sur le potentiel de sa moto. En revanche, la pression se déplace. Elle ne porte plus sur la compétitivité de la RS-GP. Elle concerne désormais la gestion de ses pilotes.

Jorge Martin et Marco Bezzecchi se disputent un titre mondial. Raul Fernandez réclame un nouveau contrat. Ai Ogura vient de décrocher sa première victoire en MotoGP. Jamais Aprilia n’avait disposé d’une telle richesse sportive.

Assen marque peut-être un tournant. Pendant plusieurs années, Aprilia cherchait simplement à construire une moto capable de battre Ducati. Cette mission semble désormais accomplie. Le prochain défi est tout autre. Transformer cette supériorité technique en titre mondial.

Et cela exigera peut-être davantage de gestion humaine que de développement mécanique. Car la meilleure moto du plateau MotoGP ne garantit jamais automatiquement le meilleur champion.

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