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Cal Crutchlow

La nomination de Cal Crutchlow pour remplacer Johann Zarco au Grand Prix de Hongrie, après sa sortie prématurée au Mugello, résonne comme un écho cinglant du passé. En 2018, le Britannique s’était érigé en défenseur intransigeant de la sécurité, menant une fronde contre le Français Christophe Ponsson, jugé « inexpérimenté et dangereux ». Aujourd’hui, les rôles semblent s’être inversés : c’est Crutchlow lui-même qui pose question sur la piste.

L’histoire a parfois un sens de l’ironie particulièrement cruel. En 2018, une partie du paddock MotoGP s’était dressée contre l’arrivée de Christophe Ponsson chez Avintia Ducati. À l’époque, le Français, appelé pour remplacer Tito Rabat après sa terrible blessure à Silverstone, était accusé de représenter un danger pour la sécurité de ses collègues.

Parmi les plus virulents critiques figurait alors un certain Cal Crutchlow. Huit ans plus tard, le Britannique se retrouve pourtant au cœur d’un débat qui pourrait bien se retourner contre lui.

Lorsque Christophe Ponsson débarque à Misano en septembre 2018, son profil ne correspond pas aux standards habituels de la catégorie reine. Le Français vient du Superstock, n’a jamais disputé de saison mondiale de premier plan et découvre quasiment la MotoGP en conditions réelles.

La réaction est immédiate. Cal Crutchlow et Jack Miller, alors jeune et sous sa coupe, montent au créneau. Leur argument est simple : un pilote sans expérience suffisante ne devrait pas être autorisé à courir au milieu des meilleurs pilotes du monde.

La pression devient telle que Dorna et la Commission Grand Prix finissent par revoir les critères d’éligibilité des remplaçants.

Quelques jours plus tard, Ponsson est écarté du projet Avintia et remplacé par Jordi Torres. Humilié, le Français dénoncera publiquement les manœuvres menées contre lui.

Christophe Ponsson

Cal Crutchlow le pathétique

Le problème, c’est que huit ans plus tard, la situation a radicalement changé. Cal Crutchlow n’est plus le pilote qui remportait des Grands Prix pour LCR Honda. Depuis sa retraite fin 2020, son activité en compétition a été extrêmement limitée.

Sa dernière apparition avant Mugello remontait au Grand Prix du Japon 2023. Deux saisons pratiquement complètes loin de la compétition. Et le verdict du Mugello a été brutal. Dernier des qualifications. Dernier du Sprint. Abandon en Grand Prix après seulement dix tours.

Certes, une blessure à l’épaule est venue compliquer son week-end, mais le constat reste difficile à ignorer : le niveau MotoGP actuel n’a plus grand-chose à voir avec celui qu’il avait quitté.

La comparaison est forcément provocatrice. Christophe Ponsson était-il réellement plus dangereux en 2018 que ne peut l’être aujourd’hui un pilote de 40 ans quasiment absent de la compétition depuis plusieurs années ?

La question mérite d’être posée. Car les arguments utilisés contre Ponsson reposaient avant tout sur le rythme et l’adaptation à une MotoGP. Or, au Mugello, Crutchlow s’est retrouvé régulièrement à plusieurs secondes des leaders, dans une catégorie où les écarts se comptent désormais en dixièmes.

À cela s’ajoute un autre élément : la condition physique. Ponsson arrivait jeune, en pleine possession de ses moyens physiques. Crutchlow, lui, revient après plusieurs années compliquées marquées par différentes blessures, dont cette récente déchirure musculaire qui l’a empêché de terminer le Grand Prix italien.

La différence fondamentale reste toutefois ailleurs. En 2018, le paddock s’attaquait à un pilote considéré comme insuffisamment qualifié. Aujourd’hui, personne ne remet en cause les compétences ou le palmarès de Crutchlow.

Trois victoires en MotoGP, plusieurs podiums et plus d’une décennie au plus haut niveau parlent pour lui. Le débat concerne davantage l’absence d’alternatives crédibles. Honda aurait pu faire appel à Takaaki Nakagami, mais le Japonais est entièrement mobilisé sur le développement de la future machine 850 cc. Aleix Espargaró est blessé. Les options disponibles sont limitées. Résultat : LCR préfère s’appuyer sur un vétéran, même éloigné du rythme actuel.

En 2018, Crutchlow se présentait comme le défenseur de la sécurité et du professionnalisme du MotoGP. En 2026, certains observateurs pourraient utiliser exactement les mêmes arguments contre lui.

La différence, bien sûr, est que le Britannique possède un CV que Christophe Ponsson n’a jamais eu.

Mais le MotoGP reste un sport où seule compte la vitesse du présent. Et sur ce point précis, le Mugello a rappelé une réalité parfois brutale : la réputation d’hier ne garantit jamais la compétitivité d’aujourd’hui.

Le « censeur » de 2018 est aujourd’hui rattrapé par les réalités du sport professionnel : la retraite, bien que dorée par un rôle de pilote d’essai, n’est pas une simple pause. En revenant sur une grille aussi compétitive sans être à 100 % de ses moyens, Cal Crutchlow se retrouve paradoxalement dans une position qui, si elle avait été celle d’un « rookie » inexpérimenté, aurait sans doute provoqué les foudres d’un certain… Cal Crutchlow.

Cal Crutchlow, MotoGP italien 2026.

 

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