Face à la tempête de critiques qui s’abat sur la gestion du Grand Prix de Catalogne 2026, le grand patron du MotoGP a décidé de monter au créneau. Dans un entretien exclusif accordé au Circuit Ricardo Tormo, Carmelo Ezpeleta, PDG de Dorna Sports, a fermement défendu le modèle actuel du championnat, le niveau de sécurité des pistes et la décision ultra-controversée d’avoir relancé la course à trois reprises malgré l’effroi général…
Tout en admettant que le paddock a frôlé le drame absolu ce dimanche, le dirigeant espagnol a opposé sur motosan une logique réglementaire et commerciale implacable aux états d’âme des pilotes et des directeurs d’écuries.
Interrogé sur la violence des crashs qui ont envoyé Alex Marquez et Johann Zarco à l’hôpital, Ezpeleta n’a pas caché qu’il avait redouté le pire, tout en dédouanant totalement les infrastructures du circuit de Montmelò :
« Du fait de ses caractéristiques, le Circuit de Catalogne est un circuit très sûr pour les courses de moto. Les accidents arrivent, et ce week-end a été compliqué. Je pense que nous avons eu de la chance. Quand j’ai vu les premières images d’Alex, j’étais très inquiet. […] Concernant Johann, c’était juste un coup du sort. S’il était simplement tombé sans se prendre la jambe dans la roue de Bagnaia, il n’aurait pas été gravement blessé. »
Le patron de Dorna a confessé que la gestion des blessures restait la facette la plus douloureuse de sa fonction : « C’est terrible. Après avoir passé tant de semaines ensemble, nous tissons des liens très étroits. Pour finir, c’est un de mes amis qui est blessé. »
Alors que Carlo Pernat et Massimo Rivola crient à l’amateurisme des commissaires et réclament des sanctions plus lourdes (notamment contre Pedro Acosta ou Raul Fernandez), Ezpeleta a tenu à rappeler une règle d’or institutionnelle. Depuis le tristement célèbre clash entre Valentino Rossi et Marc Marquez en 2015, Dorna a totalement coupé les ponts avec le pouvoir sportif pour éviter tout conflit d’intérêts :
« Depuis l’incident entre Valentino et Marquez à Sepang, nous nous sommes retirés de toute implication afin d’éviter toute suspicion d’ingérence dans la direction de course à des fins commerciales. Par conséquent, nous ne faisons partie ni du jury, ni de la direction de course. »

Trois départs différents ? Carmelo Ezpeleta explique : « Le public est un élément essentiel, il ne faut pas arrêter »
Le point le plus brûlant de l’interview concerne le maintien de la course après deux interruptions par drapeau rouge, une situation psychologiquement épuisante qui a provoqué des vertiges chez Pecco Bagnaia et la colère d’Aprilia. Face aux critiques, Ezpeleta se montre inflexible et pragmatique :
« C’est compliqué, car instinctivement, nous aussi, avons envie d’arrêter. Mais il ne faut pas arrêter. Si la piste est praticable et que les pilotes sont performants, la course doit se poursuivre, car les spectateurs sont un élément essentiel du succès du Championnat du monde MotoGP. Aucune règle n’interdit trois relances. »
Les mots de Carmelo Ezpeleta sont d’une froideur managériale qui risque de faire grincer des dents les pilotes. En affirmant haut et fort que « le public est un élément essentiel » pour justifier l’application stricte du règlement des trois départs, le PDG de Dorna rappelle une vérité brute : le MotoGP est un spectacle mondialisé qui répond à des impératifs de diffusion télévisuelle et de billetterie extrêmement lourds.
Cependant, se retrancher derrière la « chance » et qualifier le fait que la jambe de Zarco se coince dans une roue arrière de simple « coup du sort » est un exercice de communication périlleux. Alors que Liberty Media prend progressivement les commandes de la discipline, cette approche purement axée sur le show montre ses limites lorsque la santé des acteurs principaux est en jeu.
Les pilotes voulaient de l’empathie et des réformes structurelles ; Carmelo Ezpeleta leur répond par le code civil du sport. La trêve avant le Mugello s’annonce bouillante dans les bureaux de la commission de sécurité.










