C’est un séisme dont les répliques secouent tout l’état-major de Borgo Panigale. Les chiffres sont là, froids et impitoyables : l’équipe officielle Ducati Lenovo traverse sa crise la plus profonde depuis treize ans. Depuis le sacre de Marc Marquez au Japon l’an dernier, le box rouge est devenu un désert de trophées. Neuf courses consécutives sans podium le dimanche. Une éternité pour la marque qui écrasait tout sur son passage il y a encore six mois. Voici l’autopsie d’une chute libre que personne n’avait vu venir.
C’est une anomalie devenue tendance lourde. Une statistique qui, il y a encore un an, aurait semblé absurde. Neuf courses consécutives sans podium pour l’équipe officielle de Ducati. Neuf.
Depuis le titre mondial décroché par Marc Marquez au Japon, les motos rouges ont disparu des trois premières places le dimanche. Et à Jerez, la situation a atteint un point de rupture : zéro point en Grand Prix, malgré un doublé en Sprint la veille.
Revenons quelques mois en arrière. Ducati dominait tout : pilotes, constructeurs, équipes. Une machine parfaitement huilée, presque intouchable.
Aujourd’hui, le constat est brutal. Ni Marquez, ni Francesco Bagnaia n’ont réussi à accrocher un podium en course principale depuis neuf rendez-vous. Le parallèle est violent : il faut remonter à 2013, époque Andrea Dovizioso – Nicky Hayden, pour retrouver une telle disette en MotoGP.

Le paradoxe Ducati : une moto qui gagne… ailleurs
Et c’est là que le problème devient presque incompréhensible. Car la Desmosedici continue de gagner.
Chez Gresini Racing, Alex Marquez s’impose à Jerez. Chez VR46 Racing Team, Fabio Di Giannantonio joue régulièrement devant. La moto fonctionne. Les résultats sont là. Mais pas dans le box officiel.
Alors, où est la faille ? Difficile de croire à une simple question de performance pure. Le problème semble ailleurs : dans l’équilibre global, dans la compréhension de la GP26, dans la gestion interne… ou dans l’adaptation des pilotes.
Marc Marquez lui-même peine à retrouver des sensations constantes, encore marqué physiquement. Bagnaia, de son côté, n’a jamais semblé aussi en difficulté pour exploiter sa machine.
Résultat : une équipe d’usine qui navigue à contre-courant… pendant que ses propres satellites brillent.
Pendant ce temps, Aprilia avance. Et vite. Avec Marco Bezzecchi et Jorge Martin, la marque de Noale impose un rythme que Ducati ne parvient plus à suivre. L’écart au championnat est désormais abyssal. Ce n’est plus une alerte. C’est un basculement.
Deux éléments empêchent la situation de virer à la catastrophe totale. D’abord, les Sprints. Marquez y a déjà gagné, preuve que le potentiel brut existe encore. Ensuite, les équipes satellites, qui maintiennent Ducati dans la course au classement global.
Mais ces deux bouées ne masquent plus la réalité : l’équipe officielle est en train de perdre le contrôle.
Ce qui se joue aujourd’hui chez Ducati dépasse la simple performance. C’est une crise de lecture, d’orientation, presque d’identité.
Comment expliquer qu’une moto capable de gagner ne permette plus à son équipe d’usine de monter sur le podium ? Ducati n’a plus le luxe de chercher. Il va falloir comprendre. Vite. Parce que pendant ce temps, Aprilia ne ralentit pas.
Le Prosecco est resté au frais chez les rouges depuis trop longtemps. À Jerez, le triomphe d’Alex Marquez a agi comme un sel sur la plaie de l’équipe officielle : la moto peut gagner, mais l’usine ne sait plus comment faire.
































