Dans le paddock MotoGP, certains transferts se règlent en quelques coups de téléphone. D’autres se transforment en véritables parties d’échecs. Le dossier Nicolò Bulega appartient clairement à la seconde catégorie.
Alors qu’une réunion importante est prévue à Brno entre Alessio Salucci et les dirigeants de Ducati, l’avenir du leader du championnat du monde Superbike en devenir reste loin d’être bouclé. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, le problème n’est plus vraiment de savoir si Ducati veut Bulega en MotoGP. La réponse est oui. Le problème est désormais de savoir jusqu’où Ducati est prêt à aller pour l’obtenir.
Car derrière les sourires de circonstance et les déclarations prudentes se cache selon GPOne une réalité beaucoup plus terre à terre : l’argent, le soutien technique et l’équilibre des pouvoirs entre Borgo Panigale et VR46.
Depuis plusieurs mois, Ducati pousse ouvertement la candidature de Bulega. Les faits parlent d’eux-mêmes. Le constructeur lui a confié un rôle central dans le développement de la future MotoGP 850 cc. Il l’utilise comme pilote d’essai aux côtés de Michele Pirro. Et pendant ce temps, l’Italien continue d’écraser le championnat WorldSBK avec une régularité qui force le respect.
Le message est limpide. Ducati considère désormais Bulega comme un pilote MotoGP. Mais vouloir un pilote et lui trouver une place sont deux choses différentes. L’équipe officielle est verrouillée avec Marc Marquez et Pedro Acosta. Gresini a déjà construit son projet autour de Joan Mir et Dani Holgado. Fermin Aldeguer, lui, a déjà pris la direction de VR46. Résultat : une seule porte reste entrouverte. Celle de l’équipe de Valentino Rossi.
Et c’est précisément là que les discussions deviennent complexes. Car VR46 n’est pas une simple extension administrative de Ducati. Malgré la proximité entre les deux structures, malgré l’histoire commune entre Valentino Rossi et Nicolò Bulega, malgré les années passées à l’académie, l’équipe de Tavullia reste une structure indépendante qui doit faire ses comptes comme n’importe quelle autre équipe satellite.

Bulega voit aussi Aprilia comme un plan B
Autrement dit, accueillir Bulega a un coût. Et ce coût ne se limite pas au salaire du pilote. Pour convaincre VR46, Ducati devra probablement accepter de fournir à Bulega exactement le même niveau de matériel que celui utilisé par son équipe officielle. Les dernières évolutions moteur. Les dernières évolutions aérodynamiques. Les dernières nouveautés électroniques.
Une exigence qui représente des millions d’euros sur une saison complète. C’est précisément le sujet qui sera au centre des discussions de Brno. Ducati veut Bulega. VR46 veut comprendre ce que Ducati est prêt à mettre sur la table. Et entre les deux parties, chacun avance avec prudence. Car Valentino Rossi n’a aucune raison de se précipiter.
Contrairement à Ducati, VR46 dispose de plusieurs alternatives. Luca Marini reste une option crédible. Celestino Vietti également. L’équipe n’est donc pas contrainte de signer immédiatement. Cette position de force explique pourquoi aucune décision ne devrait être prise ce week-end.
Les négociations vont continuer. La véritable échéance semble désormais fixée à la première quinzaine de juillet, idéalement avant la pause estivale du championnat. D’ici là, Ducati devra démontrer que son enthousiasme pour Bulega ne se limite pas à de belles paroles.
Mais le plus intéressant est peut-être ailleurs. Car pendant que Ducati et VR46 discutent, Nicolò Bulega n’attend pas passivement qu’on décide de son avenir. L’Italien explore déjà d’autres pistes.
Selon plusieurs informations, des contacts ont été établis avec Aprilia et plus particulièrement avec l’équipe TrackHouse. Rien ne semble avancé à ce stade, mais le message est clair : Bulega ne veut pas dépendre d’une seule option. Une attitude parfaitement logique.
En MotoGP, les promesses n’ont de valeur que lorsqu’elles sont accompagnées d’un contrat signé. Et Bulega connaît suffisamment bien le paddock pour le savoir. C’est pourquoi cette histoire dépasse aujourd’hui le simple transfert d’un pilote de Superbike vers le MotoGP. Elle est devenue un test grandeur nature pour Ducati.
Si Borgo Panigale considère réellement Nicolò Bulega comme l’un des visages de son avenir, alors le moment est venu de le démontrer. Pas avec des compliments. Pas avec des essais. Pas avec des promesses. Avec des actes. Et surtout avec les moyens financiers nécessaires pour convaincre VR46 que ce pari mérite d’être tenté.
































