Fabio Quartararo quittera Yamaha pour Honda en 2027 et son choix ne semble pas seulement reposer sur les promesses techniques liées à la nouvelle réglementation. Après avoir passé toute sa carrière en MotoGP chez Yamaha, le Français estime avoir identifié chez Honda un changement beaucoup plus profond : une nouvelle culture de la décision et du risque. Exactement ce qui, selon lui, a manqué à Yamaha pour répondre à l’offensive des constructeurs européens.
Sur le papier, passer de Yamaha à Honda ne constitue pourtant pas nécessairement une promotion spectaculaire. Les deux géants japonais restent derrière Aprilia et Ducati et traversent depuis plusieurs saisons une période extrêmement difficile. Mais la révolution technique de 2027 remettra une grande partie des compteurs à zéro : moteurs de 850 cc, nouvelle aérodynamique et surtout arrivée de Pirelli.
Quartararo a donc choisi de parier. Et ce qu’il dit avoir découvert chez Honda semble avoir été déterminant.
Fabio Quartararo : « Chez Yamaha, nous n’avons pas pris assez de risques »
Le champion du monde 2021 explique à Crash.net avoir multiplié les réunions avant de prendre sa décision. Honda lui aurait notamment présenté l’orientation de son projet 2027 et les progrès réalisés autour de sa future moto.
Mais Quartararo insiste surtout sur la méthode. « Je pense que depuis 2020, les constructeurs européens ont été très rapides dans leurs décisions et dans la prise de risques », observe-t-il. Une capacité de réaction qu’il oppose directement à celle des constructeurs japonais.
« Je sais que chez Yamaha, nous n’avons pas pris assez de risques dans le développement de la moto ; nous avons toujours été trop lents. » Pour Quartararo, une partie du spectaculaire renversement de la hiérarchie du MotoGP s’explique donc aussi par cette différence culturelle.
Ducati et Aprilia développent rapidement, expérimentent et acceptent éventuellement de se tromper. Yamaha aurait trop longtemps privilégié une progression plus prudente.
Honda aurait compris la leçon
C’est précisément sur ce point que Quartararo affirme avoir observé une transformation chez son futur employeur. « J’ai constaté des changements chez Honda ; ils obtiennent des résultats beaucoup plus rapidement, et je pense qu’ils savent maintenant ce dont ils ont besoin pour rivaliser avec les autres constructeurs. »
Fabio Quartararo ne prétend pas savoir si la Honda 2027 sera immédiatement capable de gagner. Avec un règlement entièrement renouvelé, personne ne peut aujourd’hui garantir la future hiérarchie. Il estime en revanche que Honda a changé sa manière de travailler.
Et cette évolution semble lui donner davantage confiance que les transformations pourtant considérables entreprises par Yamaha. Car Iwata n’est pas resté immobile. Yamaha a retrouvé quatre motos grâce à son partenariat avec Pramac et surtout abandonné son historique quatre cylindres en ligne pour développer un V4. Mais pour Quartararo, cela arrive manifestement trop tard.

Le V4 Yamaha n’a pas provoqué le déclic attendu
Les résultats 2026 ont même renforcé ses doutes. Après cinq pole positions et une place dans le top 10 du championnat en 2025, Quartararo n’occupe actuellement que la 14e position et doit régulièrement passer par la Q1.
Yamaha savait que l’introduction du V4 pouvait provoquer une période difficile. Mais le Français avait déjà expliqué avoir pris sa décision après les essais de Valence. Son divorce avec Yamaha paraît désormais autant psychologique que technique.
C’est précisément ce qu’a relevé Mat Oxley. Dans son podcast avec Peter Bom, le journaliste britannique Matt Oxley s’est montré particulièrement sévère concernant l’attitude actuelle du Français.
« Il a abandonné », estime Oxley. Selon lui, Quartararo aurait désormais tellement peu d’espoir concernant sa dernière saison Yamaha qu’il ne trouverait plus de raison de prendre des risques pour quelques positions secondaires. « À quoi bon se tuer à la tâche pour finir 10e ou 11e ? Ça ne sert à rien. »
Oxley va même plus loin en soulevant une question qui pourrait intéresser Honda : après avoir mentalement décroché, un pilote peut-il immédiatement retrouver toute son agressivité lorsqu’il change de moto ? Il cite une scène observée à Silverstone, où Quartararo lui aurait semblé davantage affecté par l’abandon de son ami Tony Arbolino en Moto2 que par ses propres difficultés en MotoGP.
Honda parie aussi sur le réveil de Fabio Quartararo
Quartararo parie sur la transformation de Honda, mais Honda parie également sur celle de Quartararo. Le Français reste convaincu de sa vitesse. Ce qui semble avoir disparu chez Yamaha est plutôt sa conviction que cette vitesse puisse encore déboucher sur des victoires.
Honda devra donc lui apporter deux choses en 2027 : une moto compétitive et la preuve que les promesses de changement qui l’ont convaincu de signer correspondent réellement à une nouvelle façon de travailler.
Car Quartararo vient de résumer assez brutalement ce qu’il considère comme la grande leçon des dernières années : Ducati et Aprilia n’ont pas seulement dépassé les Japonais avec de meilleures motos. Elles les ont aussi dépassés parce qu’elles ont appris à décider plus vite et à prendre davantage de risques.










