Le départ de Pedro Acosta vers Ducati en 2027 n’est finalement pas seulement l’histoire d’un pilote attiré par la meilleure opportunité sportive du marché. Pit Beirer reconnaît aujourd’hui que KTM a surtout perdu son joyau au moment où sa propre crise financière a brisé la confiance patiemment construite depuis des années. Une confession assez rare dans un paddock où les divorces sont généralement présentés comme de simples choix de carrière.
Pedro Acosta n’était pas un pilote comme les autres pour KTM. L’Espagnol a pratiquement grandi dans la filière autrichienne, de la Red Bull Rookies Cup jusqu’au MotoGP en passant par ses titres en Moto3 et Moto2. Tout semblait donc réuni pour qu’il devienne le visage de KTM durant la prochaine génération technique du championnat.
Pourtant, lorsque les nouvelles 850cc arriveront en 2027, Acosta sera en rouge, aux côtés de Marc Marquez chez Ducati. Et Pit Beirer ne cherche désormais plus vraiment d’excuses. Le directeur de KTM Motorsport admet auprès de GPOne que son entreprise porte une responsabilité majeure dans cette séparation.
Le problème KTM n’était plus seulement la RC16
On pourrait facilement résumer le transfert d’Acosta à une question de performances. Ducati gagne, KTM cherche encore à franchir le dernier palier et Acosta veut devenir champion du monde. Mais Beirer révèle que quelque chose de plus profond s’est cassé.
La crise financière traversée par KTM à partir de la fin 2024 a directement affecté la relation entre le constructeur et son pilote. « Il avait peur de faire confiance à son entreprise alors que tout le monde voulait lui faire confiance. »
La formule est forte. Car Acosta devait alors décider de son avenir au moment même où KTM traversait une période d’insolvabilité, cherchait des financements et où des interrogations existaient jusque sur la pérennité de certains programmes.
Autrement dit, KTM demandait à son meilleur pilote de croire en son projet alors qu’elle ne pouvait elle-même lui garantir avec certitude de quoi demain serait fait. Beirer identifie surtout la saison 2025 comme le moment où KTM a perdu une partie essentielle du crédit dont elle disposait auprès d’Acosta.
La crise avait notamment perturbé le développement de la RC16 et retardé l’arrivée de nouvelles pièces. « Il y a eu des dommages que nous n’avons pas pu réparer en 2025. » Puis vient l’aveu : « Nous n’étions pas assez bons pour lui donner la confiance nécessaire pour rester avec nous, et nous devons accepter qu’il parte. »
Ce n’est donc pas Ducati qui aurait simplement arraché Acosta à KTM. KTM reconnaît avoir progressivement créé les conditions permettant à Ducati de le convaincre.

Ducati a offert exactement ce qui manquait à KTM
Lorsque Ducati s’est présentée, Acosta avait devant lui deux perspectives radicalement différentes. D’un côté, continuer avec le constructeur qui l’avait accompagné durant pratiquement toute sa carrière mais dont le projet avait été fragilisé par une crise industrielle majeure.
De l’autre, rejoindre l’équipe officielle du constructeur qui domine l’ère récente du MotoGP et partager le garage de Marc Marquez au moment même où le règlement repartira pratiquement d’une feuille blanche.
Ducati lui offrait donc quelque chose que KTM avait momentanément perdu : de la visibilité. Beirer affirme pourtant que KTM s’est battue pour conserver son pilote. « Nous nous battions fortement pour le garder avec nous, mais nous devons vraiment respecter sa décision. Nous savons qu’il fera encore une carrière fantastique. » Il n’y a pratiquement aucune amertume dans ses propos. Plutôt le constat d’une occasion perdue.
Acosta devait être l’homme autour duquel KTM construirait son avenir. À seulement 22 ans, il est déjà devenu la référence absolue de la RC16, capable d’obtenir des performances que les autres pilotes KTM peinent régulièrement à reproduire.
Et surtout, son âge correspondait parfaitement au nouveau cycle qui commencera en 2027. Moteurs de 850cc, aérodynamique réduite, disparition des dispositifs de correction d’assiette, arrivée de Pirelli : pratiquement toutes les cartes seront redistribuées.
KTM avait donc développé pendant des années le pilote idéal pour attaquer cette révolution. Mais elle le verra finalement tenter de la gagner avec Ducati.
Un divorce sans guerre avant 2027
Reste maintenant une situation assez particulière. Acosta est encore pilote KTM jusqu’à la fin de cette saison et Beirer assure que les deux parties veulent terminer leur histoire correctement. L’Espagnol conserve tout intérêt à pousser la RC16 aussi haut que possible avant son départ, tandis que KTM doit préparer son avenir sans celui qui devait initialement en être la pièce maîtresse.
Mais derrière les discours apaisés, la leçon est dure. KTM n’a pas perdu Pedro Acosta parce qu’elle avait cessé de croire en lui. Elle l’a perdu parce qu’au moment décisif, Pedro Acosta avait cessé de pouvoir croire suffisamment en KTM.










