Pendant des années, le visage de Honda en MotoGP avait un nom. Alberto Puig. Lorsque la marque japonaise traversait ses années de domination avec Marc Marquez, c’était lui qui incarnait l’autorité sportive du projet. Lorsque Honda sombrait ensuite dans la crise technique la plus profonde de son histoire moderne, c’était encore lui qui se retrouvait en première ligne pour répondre aux critiques. Aujourd’hui, une page se tourne. Pas brutalement. Pas officiellement sous la forme d’un départ. Mais suffisamment clairement pour comprendre que Honda prépare déjà l’après-Puig.
Et derrière cette transition soigneusement orchestrée se cache peut-être l’un des changements les plus importants de l’ère MotoGP moderne. Car contrairement à ce que beaucoup ont cru en voyant arriver Davide Brivio dans l’organigramme de Honda, l’ancien patron de Suzuki ne sera pas le successeur direct d’Alberto Puig.
La marque japonaise a choisi une voie beaucoup plus complexe et révélatrice. Une voie qui montre à quel point elle veut éviter toute rupture brutale à l’approche de la révolution réglementaire de 2027. Le schéma qui se dessine aujourd’hui ressemble davantage à un partage du pouvoir qu’à une succession classique.
D’un côté, Alberto Puig abandonnera progressivement la gestion quotidienne du programme MotoGP pour endosser un rôle de conseiller stratégique. De l’autre, Davide Brivio apportera son expérience dans les domaines du développement commercial, du marketing et de la structuration globale du projet.
Mais l’homme qui pourrait réellement récupérer les clés sportives du garage Honda s’appelle Mikihiko Kawase. Et c’est probablement là que se trouve la véritable information.
Mikihiko Kawase appointed Honda HRC Castrol Team Manager from 2027
Current MotoGP Technical Manager Mikihiko Kawase will take on a new challenge as he steps into the role of Team Manager for the factory team starting in 2027 with Alberto Puig advising.
— Honda HRC Castrol – MotoGP (@HRC_MotoGP) June 18, 2026
Honda a choisi Mikihiko Kawase
Car si le grand public connaît parfaitement Puig ou Brivio, Kawase reste largement méconnu en dehors du paddock. Pourtant, son influence au sein de Honda n’a cessé de grandir ces dernières années.
Ancien pilote au Japon, passé par les catégories nationales avant de rejoindre HRC, il s’est construit une réputation d’ingénieur de terrain et d’homme de compétition. Son parcours au sein du projet Moto3, couronné par le titre mondial de Lorenzo Dalla Porta en 2019, lui a ouvert les portes du MotoGP avant qu’il ne prenne la direction technique du programme de la catégorie reine.
Autrement dit, Honda ne confie pas l’avenir de son projet à un gestionnaire. Elle le confie à un technicien. Un détail qui n’en est pas un.
Car le constructeur japonais sait parfaitement que les années qui arrivent ne seront pas gagnées dans les bureaux de communication ni dans les salles de réunion. Elles se joueront sur les motos. Et surtout sur la capacité à comprendre les bouleversements techniques qui arrivent. Les moteurs 850 cc, les pneus Pirelli, l’aérodynamique réduite. La disparition des dispositifs d’abaissement. Jamais depuis le passage du deux-temps au quatre-temps le MotoGP n’avait connu une transformation réglementaire aussi profonde.
Kawase lui-même ne cherche pas à minimiser l’enjeu. « C’est un honneur pour moi d’avoir l’opportunité de diriger une équipe avec une histoire aussi riche et de nombreux succès. Je suis reconnaissant à Honda pour cette opportunité et également à Alberto Puig, qui a été un mentor et un conseiller précieux pendant de nombreuses années. »
Au-delà de l’hommage rendu à Puig, cette déclaration révèle surtout la philosophie choisie par Honda : changer sans casser. Transformer sans déstabiliser. Le responsable japonais l’assume d’ailleurs pleinement lorsqu’il évoque l’ampleur du défi qui attend le constructeur :
« Le soutien sera crucial pour le succès de l’équipe, à l’aube de l’un des plus grands bouleversements réglementaires depuis le passage des moteurs deux temps aux moteurs quatre temps. » Cette phrase résume probablement toute la stratégie de Honda. Puig ne disparaît pas. Brivio n’arrive pas pour prendre le pouvoir. Kawase ne gouverne pas seul. Chacun apporte une pièce différente au puzzle.
Et cette organisation hybride explique également pourquoi Honda semble aujourd’hui beaucoup plus sereine que par le passé. Les premières améliorations techniques de la RC213V sont visibles. Les performances de Diogo Moreira, Luca Marini ou Johann Zarco montrent que la moto progresse. Le recrutement annoncé de Fabio Quartararo pour 2027 témoigne également d’une confiance retrouvée dans le projet.
Dans ce contexte, Honda refuse manifestement de reproduire les erreurs qui ont accompagné sa chute après l’ère Marquez. L’époque où tout reposait sur quelques individus semble terminée. Le constructeur japonais tente désormais de construire une structure plus solide, plus européenne dans son fonctionnement, mais sans renoncer à sa culture technique historique.
Reste à savoir si cette révolution silencieuse produira les effets espérés. Car si les projecteurs se concentrent aujourd’hui sur les transferts de pilotes, les négociations contractuelles ou les futurs chocs entre Marquez, Acosta ou Martin, l’histoire du MotoGP rappelle souvent une vérité simple. Les championnats se gagnent rarement uniquement avec les pilotes. Ils se gagnent aussi avec les hommes qui dirigent les projets. Et chez Honda, la véritable révolution de 2027 a peut-être déjà commencé.
































