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Comme d’habitude au Mans, le programme du Grand Prix de France MotoGP 2026 concocté par Claude Michy était tellement riche qu’il est presque impossible de tout voir…

Ainsi, sans même parler des courses et du village, les animations sont nombreuses et se succèdent à un rythme effréné, en particulier le samedi.

En fin d’après-midi, alors que les rencontres avec les pilotes se prolongent quelque peu dans la Fan Zone, et avant que le Show mécanique ne débute dans la ligne droite des stands par un défilé de 100 Ducati pour le centenaire de la marque, nous observons dans le paddock les hommes envoyés par le musée Honda de Motegi déplacer les quatre machines exposées durant le week-end :  les NSR500 de 1985 et CB750F Daytona Racer 1982 de Freddie Spencer, conservées et maintenues en état de fonctionnement par le Honda Collection Hall de Motegi, au Japon, ainsi que les deux répliques parfaites des Honda RC166 et RC174 de Georges Béal et Julien Charnolé.

Ni une ni deux, nous emboîtons le pas à la petite troupe, d’autant que celle-ci est également composée de Freddie Spencer lui-même, Guy Coulon en mécanicien de luxe, et quelques autres individus bien connus du paddock…
Direction, le virage du raccordement, pour se préparer alors que le spectacle a commencé dans la ligne droite des stands.

Là, se crée un peu une ambiance de choc des mondes, puisque se trouvaient déjà Guy Bertin avec la Midual, Serges Nuques, Chevalier de Groland, avec la Droulhiole, Sarah Lezito et Romain Jeandrot pour la partie Stunt, Ana Carrasco pour piloter la CB750F Daytona Racer.
Chaque partie appartient au monde la moto mais ne se côtoie généralement pas. On se regarde, on se salue, et on attend…

Les Japonais, qui ont eux-mêmes demandé la présence de la RC174 de Julien Charnolé, n’en reviennent pas de la qualité de fabrication de la Midual….

Mais ce n’est rien quand ils découvrent les acrobaties de Romain Jeandrot. Leur légendaire impassibilité laisse progressivement place à des sourires, puis des rires admiratifs accompagnés de grandes exclamations et de grands gestes.

Il faut dire que le garçon est impressionnant, très impressionnant, à tel point que Freddie Spencer lui-même l’interpelle une fois son échauffement terminé : « comment tu t’appelles ?
– Je m’appelle Romain Jeandrot. Et toi ?
– Je m’appelle Freddie Spencer.
– Je sais, c’était juste pour rire ! » 

La glace est brisée, tout comme nos oreilles au moment où la RC174 allument ses six cylindres pour un ultime échauffement avant d’enflammer les tribunes de la ligne droite.

 

Un des (nombreux) instants magiques que l’on a pu vivre au Grand Prix de France, mais que ceux qui ne sont pas venus au Mans pourront vivre ce week-end au Paul Ricard, dans le cadre de la Sunday Ride Classic.

Vive la moto ! Vive Le Mans !

Freddie Spencer, double champion du monde 1985, sur la NSR500 V4 : « Cette moto est très spéciale pour moi. Pas seulement parce que j’ai gagné le championnat avec elle — c’est aussi la moto qui a véritablement changé notre façon de voir la géométrie. Remonter dessus, c’est comme rentrer à la maison. Je m’y sens tellement à l’aise. 
À l’époque, nous étions l’électronique. Tout était contrôlé par la poignée de gaz. Il fallait avoir une relation très forte avec la moto. Deux-temps, c’était tellement fragile, parfois, si ma tension montait dans ma main droite, ça suffisait. C’est une connexion très spéciale que vous ne retrouvez nulle part ailleurs.
 Ce que j’ai aimé avec cette moto, c’est la connexion. On ressent le lien avec le passé, mais toute la technologie, la puissance, la stabilité et le plaisir de la moto moderne sont là. Je voulais faire un tour de plus. Honda a toujours su construire des motos indulgentes. En tant que pilote, quand on pousse à la limite, on a besoin de savoir que l’on peut ramener la moto et la sauver. La CB1000F est la représentation de cette qualité d’ingénierie qui pense au pilote. ».

Hidekuni Fujii, Project leader, Honda Collection Hall : MotoGP Mans

Entré chez HRC en 2005, en charge de la logistique MotoGP jusqu’en 2014, puis responsable PR HRC jusqu’en 2019, Hidekuni Fujii dirige aujourd’hui le département des motos historiques au Honda Collection Hall.
« Le Honda Collection Hall a été construit en 1998. Nous avons environ 150 produits exposés en permanence. En stockage, nous conservons encore 300 motos de course et 700 motos de production. Notre mission, ce n’est pas seulement de les garder — c’est de les maintenir en vie » explique Hidekuni Fujii. « Tout dépend de la moto. Pour certaines, un ou deux mois suffisent. Mais il y en a pour lesquelles il faut deux ou trois ans pour les remettre en état de rouler. Une fois en condition, nous faisons démarrer les moteurs au moins une fois par an pour maintenir leur fiabilité. »

Yoichi Waguri, Spécialiste moteur : MotoGP Mans

Entré chez HRC en 1994, Yoichi Waguri a été mécanicien HRC lors de l’ère 500cc World Grand Prix, puis motoriste de compétition. Il est toujours actif au sein de HRC aujourd’hui et forme la prochaine génération d’ingénieurs.
« Les principales sources pour maintenir ces motos sont les anciens plans et les notes manuscrites laissées par les ingénieurs d’origine, des repères précieux. Mais ces motos n’avaient pas de manuels. Le savoir-faire se transmettait oralement, de maître à élève. Certaines méthodes d’assemblage n’existent nulle part par écrit. Il faut l’expérience. C’est comme ça que l’on garde cette connaissance en vie pour la génération suivante », raconte Yoichi Waguri.

 Koichi Ujino, Ancien mécanicien de  Marc Marquez :

Entré chez HRC en 2004, Koichi Ujino a été mécanicien trackside au sein de l’équipe Repsol Honda MotoGP de 2016 à 2019, travaillant aux côtés de Marc Márquez (châssis et carrosserie). C’était son premier projet de restauration historique.
« Aujourd’hui, les moteurs MotoGP sont scellés, les mécaniciens n’interviennent pas dedans. À l’époque du deux-temps, chaque mécanicien devait être capable d’ouvrir la culasse, vérifier le piston, les clapets. Il fallait un niveau de compétence bien plus large, sur l’ensemble de la moto », explique Koichi Ujino sur la différence entre les époques, avant d’ajouter : « Pour chauffer un moteur moderne, on a des paramètres, des données, des alertes. Avec le deux-temps, les mécaniciens n’avaient que le régime moteur et la température d’eau. Ils devaient utiliser leurs cinq sens : les vibrations des pipes, l’odeur de l’huile, la quantité de fumée. C’était une sensibilité différente, et c’est ça qu’il faut transmettre ».