Aston Martin avait fait de l’Arabie saoudite l’un des piliers de son projet XXL en Formule 1. Aramco au premier rang, Ma’aden juste derrière et, selon les dernières informations circulant dans le paddock, encore davantage d’argent saoudien attendu à partir de 2027. Mais la guerre au Moyen-Orient aurait changé les priorités. Attention toutefois aux gros titres : les partenariats actuels ne sont pas officiellement rompus. Pour l’instant, c’est surtout leur extension qui aurait été placée au congélateur.

Aston Martin : Pas encore un divorce avec Aramco
Commençons par enlever quelques litres d’essence du feu.
Contrairement à ce que certains messages laissent entendre, Aston Martin n’a annoncé aucune rupture avec Aramco ou Ma’aden. À ce jour, le site officiel de l’écurie présente toujours Aramco comme son Title Partner et Ma’aden comme son « Principal Partner ».
Et ce n’est pas un petit contrat publicitaire signé entre deux séances photos.
Aramco a prolongé fin 2023 son accord avec Aston Martin pour cinq années, jusqu’à fin 2028, avant de devenir partenaire-titre exclusif de l’équipe à partir de 2024. La compagnie saoudienne joue également un rôle technique en fournissant à Aston Martin son carburant 100 % durable dans le cadre de la nouvelle réglementation 2026 et du partenariat moteur avec Honda.
Bref, Aramco n’est pas exactement un autocollant que Lawrence Stroll peut enlever avec un sèche-cheveux.
Ce qui serait gelé, c’est le prochain étage de la fusée saoudienne
L’information rapportée par Marc Limacher est plus précise que le spectaculaire « l’Arabie saoudite suspend son sponsoring ».
Selon cette version, le Royaume envisageait pour 2027 d’accroître encore son engagement autour d’Aston Martin, notamment par un renforcement d’Aramco et l’arrivée d’un troisième partenaire saoudien.
Ces projets seraient désormais suspendus en raison des conséquences économiques et géopolitiques du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran.
À ce stade, aucune annonce officielle d’Aston Martin, d’Aramco ou de Ma’aden ne confirme cette suspension des projets 2027. La nuance est donc énorme.
Ce n’est pas encore :
« Aramco quitte Aston Martin ».
C’est plutôt :
« Pour remettre une couche de millions l’année prochaine, on va peut-être attendre de voir si la région arrête de recevoir des missiles. »
Étrangement raisonnable.
Le conflit n’est plus une menace théorique pour la F1
Car cette fois, la géopolitique ne se contente pas de provoquer quelques réunions de sécurité dans une hospitality climatisée. En mars, les Grands Prix de Bahreïn et d’Arabie saoudite 2026 ont été annulés après l’escalade militaire régionale. La FIA et la Formule 1 avaient placé la sécurité des équipes et du personnel au premier plan alors que les frappes et les perturbations aériennes rendaient l’organisation des courses beaucoup trop incertaine.
Plus spectaculaire encore pour Aston Martin : une installation d’Aramco à Ras Tanura a été touchée lors des frappes iraniennes au début du conflit. Voilà qui replace assez brutalement une discussion sur le budget marketing 2027 dans son contexte. Quand les installations de votre sponsor-titre prennent feu, la taille du logo sur l’aileron arrière cesse momentanément d’être le dossier le plus urgent du conseil d’administration.
Et Aston Martin était devenue presque une vitrine saoudienne sur quatre roues
L’importance du sujet tient surtout à la profondeur des liens entre Silverstone et Riyad. La saison 2026 avait même été officiellement lancée par Aston Martin à Dhahran, en Arabie saoudite, en collaboration avec Aramco.
Ma’aden, géant minier saoudien, avait de son côté rejoint Aston Martin dans le cadre d’un accord pluriannuel en 2024 avant d’être promu dès 2025 au rang de premier Principal Partner de l’histoire de l’équipe.
Et l’influence saoudienne dépasse encore le sponsoring : le fonds souverain PIF détient également une participation minoritaire dans Aston Martin Lagonda. Les liens du Royaume avec la Formule 1 sont donc financiers, commerciaux et stratégiques, bien au-delà de quelques panneaux publicitaires à Djeddah.
Lawrence Stroll avait construit une jolie autoroute entre Silverstone et l’Arabie saoudite. Le problème, c’est qu’en 2026 l’autoroute traverse soudain une zone géopolitique particulièrement mal fréquentée.
Aramco reste pourtant officiellement engagé jusqu’en 2028
C’est précisément pour cela qu’il serait prématuré d’écrire l’épitaphe du partenariat. Aramco continue actuellement à présenter Aston Martin comme son équipe partenaire, rappelle que leur collaboration court depuis 2022 et détaille encore ses activités techniques autour du carburant 2026.
Même chose chez Aston Martin : Aramco et Ma’aden figurent toujours en bonne place dans la liste officielle des partenaires.
Il n’y a donc actuellement aucune preuve publique d’un retrait immédiat de l’Arabie saoudite. Ce qui semble menacé, si les informations sur 2027 se confirment, c’est l’accélération supplémentaire du partenariat. Et pour Aston Martin, ce n’est déjà pas anodin.
Parce que chez Aston Martin, les ambitions coûtent légèrement plus cher qu’un abonnement Netflix
Lawrence Stroll n’a jamais caché son objectif : transformer Aston Martin en équipe championne du monde. Pour y parvenir, Silverstone s’est offert une nouvelle usine, une nouvelle soufflerie, Honda comme partenaire moteur exclusif, Enrico Cardile et surtout Adrian Newey.
Une reconstruction qui possède une particularité assez sympathique : elle coûte énormément d’argent.
L’apport commercial de partenaires comme Aramco et Ma’aden offre donc bien davantage qu’une belle combinaison remplie de logos : il accompagne la transformation industrielle de l’écurie. Une expansion saoudienne reportée en 2027 ne mettrait probablement pas Aston Martin immédiatement en danger. Mais elle retirerait une partie du confort financier et commercial prévu au moment où l’équipe cherche justement à franchir sa dernière marche vers les sommets.
Le timing est, comme souvent chez Aston Martin ces dernières années, absolument exquis.
La F1 découvre une nouvelle fois que le Moyen-Orient n’est pas seulement son distributeur de billets
Pendant une décennie, la Formule 1 a considérablement approfondi ses relations avec les États du Golfe. Aramco est partenaire mondial de la F1 et sponsor-titre d’Aston Martin ; le Qatar possède une participation importante dans Audi ; des fonds souverains de Bahreïn et d’Abu Dhabi sont profondément impliqués dans McLaren et plusieurs Grands Prix régionaux apportent des dizaines de millions de dollars de droits d’organisation. Cela a fourni au championnat une puissance financière considérable.
Mais 2026 rappelle l’autre côté du contrat. Lorsque la région devient instable, la F1 ne perd pas seulement deux dates sur son calendrier. Elle expose aussi une partie de son écosystème commercial.
Et Aston Martin est probablement l’équipe où cette dépendance est la plus visible.
Pour Stroll, le chèque n’est pas parti… mais il est peut-être resté dans le tiroir
Rien ne permet donc aujourd’hui d’annoncer la fin de l’ère Aramco chez Aston Martin. Le contrat existe. La marque reste partenaire-titre. Ma’aden demeure partenaire principal. Et les deux entreprises sont toujours présentes officiellement autour de l’équipe. Mais si l’information concernant le gel des investissements supplémentaires pour 2027 est confirmée, elle constituerait tout de même un avertissement sérieux.
Lawrence Stroll a passé des années à démontrer qu’en Formule 1, beaucoup de problèmes pouvaient être résolus en ajoutant quelques zéros.
La géopolitique vient peut-être de lui présenter le premier problème qui refuse le virement bancaire. Et chez Aston Martin, après avoir attendu que Newey fasse parler la magie, on va désormais également attendre que le Moyen-Orient se calme.
Pour une équipe pressée de devenir championne du monde, ça commence à faire beaucoup de choses à attendre.










