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Nous avons profité de cette longue pause forcée dans la calendrier MotoGP pour faire le point avec Piero Taramasso, manager de la compétition deux-roues chez Michelin Motorsport, dans une interview évoquant le passé, le présent et le futur de firme de Clermont-Ferrand au plus haut niveau des compétitions motos de vitesse…

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🎤 Certaines polémiques imputent aux carcasses dures du début d’année la relative contre-performance des Ducati face aux Aprilia. Tu réfutes ?
Piero Taramasso : 
“Oui, moi je pense que c’est juste une situation qui est claire en début de saison : on voit que les Ducati sont un peu en retrait, mais ce n’est pas à cause des pneumatiques ou de la carcasse qui est plus dure, parce que ces pneus là, ils sont maintenant bien connus par toutes les teams. Donc ils savent les interpréter, ils savent comment il faut ajuster la moto en fonction de la carcasse. Les pilotes aussi, maintenant ils connaissent bien ces modèles de pneus avec les carcasses plus rigides,, ils savent ce qu’il faut faire pour les faire fonctionner au mieux. Donc pour moi, ce n’est pas un truc lié aux pneumatiques, et d’ailleurs on l’a vu à Austin, où on avait la carcasse normale, et on a vu à peu près les mêmes hiérarchies. Mais il y a plusieurs raisons, et ce n’est pas lié aux pneumatiques, c’est peut-être lié un peu à la moto, un peu aux pilotes qui ne sont pas encore à 100%. Donc pour moi, il faut attendre : là c’est encore trop tôt, il faut vraiment attendre les deux trois circuits ici en Europe qui sont vraiment les références pour tout le monde, puis voir un peu et laisser le temps aux écuries de travailler encore, de perfectionner les motos, de sortir les nouveautés qu’elles ont. Je pense que dans trois quatre courses, on verra plus clair, vraiment.” 

🎤 Vous, vous avez accès aux datas des équipes…
“Nous, on a accès à certains paramètres, à certaines datas, surtout les datas qui concernent les pneumatiques. Oui, on a l’accès, on a besoin de ces datas aussi pour nous, pour notre database, afin d’améliorer les produits, pour les faire évoluer. Donc oui, on a l’accès, et bien sûr, on a des contrats de confidentialité : on ne peut pas dire ce qu’il y a dans les datas ou les partager, mais c’est très important pour nous.” 

🎤 Est-ce qu’il reste des records à battre cette année, que vous n’avez pas battus?
« Non, non, non. Aujourd’hui, on a tous les records sur tous les circuits, ils sont à Michelin. Donc ce n’est pas l’objectif. Après, sûrement, on va les battre, et ça, c’est quand même bienvenu. Comme je dis tout le temps, pour nous c’est la durée de la course le record plus important. C’est important pour un manufacturier de pneus, d’avoir un pneu qui va vite mais sur 25 ou 30 tours, pas seulement sur un tour. Donc si on peut le faire, c’est bien. 
Et puis, justement, j’étais en train de commencer à faire un petit bilan des dernières onze saisons, et j’ai regardé les chronos qu’on faisait en 2016 quand on est arrivé : aujourd’hui, en moyenne, on a amélioré de 2,5 secondes !
 Donc aujourd’hui, on va plus vite de deux secondes et demie. C’est énorme, c’est beaucoup. Et j’ai aussi commencé à regarder les angles d’inclinaison. Parce que les pilotes, au début, moi je me rappelle, ils ne posaient que les genoux, après ils ont commencé à poser le coude, et maintenant ils mettent l’épaule…
Et je me suis dit que là, les pneus devaient quand même avoir une importance là-dedans. J’ai commencé à regarder ça, et on voit que même concernant les angles, on arrive à prendre deux trois degrés de plus qu’avant sur certains circuits, donc c’est énorme. Oui, les motos c’est sûr que ça a évolué, le style de pilotage aussi, mais aussi toutes les évolutions qu’on a faites aux pneumatiques,, ça a bien accompagné le tout.” 

🎤 Le bilan est donc positif, et on va continuer à suivre Michelin en Superbike l’année prochaine. Justement, vous en êtes où dans cette nouvelle aventure, avec toujours des pneus en 17 pouces ?  
« Cette saison, bien sûr, c’est la transition, donc la fin du MotoGP et le début du Superbike. On a déjà fait des tests en 2025 mais on va continuer en 2026. Les pneus Superbike, la dimension oui c’est du 17 pouces, donc ça reste la dimension 17 pouces à l’avant, 17 pouces à l’arrière. C’est ce qui équipe aussi les motos de série sur route, et c’est important d’avoir les mêmes dimensions. Après le pneumatique, il va pas être un pneumatique extrême, comme pour la MotoGP.
Ca c’est normal parce que les MotoGP, ce sont des prototypes qui sont vraiment à l’extrême de la vitesse, de l’aérodynamique, de électronique, du moteur, de la puissance et tout. Là, les Superbike ça va être des motos un peu plus proches, disons, des gammes sport ou hypersport. Donc on part sur les mêmes dimensions mais la base des pneus, c’est le Power Performance, le pneumatique slick qu’aujourd’hui on a dans le commerce pour les trackdays et pour les championnats nationaux  Superbike, comme dans le Superbike français par exemple.
ça c’est la base, et on a fait quand même des modifications pour les adapter aux Superbike du niveau mondial.
 On va tester le 1er et le 2 juin à Aragon, tout de suite après la course des Superbike à Aragon. Le lundi et le mardi, les équipes Superbike et Supersport vont rester sur place et on fera deux jours de tests officiels avec tout le monde, avec ces nouveaux pneus qu’on va mettre au point pour ça, et  après ce seront des pneus que les gens pourront acheter dans le commerce.
L’idée, bien sûr, c’est de mettre tout ce qu’on a appris en MotoGP pendant 11 saisons, toutes innovations, pour faire une transfusion, une passerelle technologique, entre MotoGP et Superbike, et ensuite entre le Superbike et les pneus de route. Donc le Superbike, ça nous sert pour faire cette passerelle entre disons MotoGP et route, dans les prochaines saisons.” 

🎤 Est-ce que vous gardez aussi l’approche des produits de recyclage ?
« Oui, oui. Pour nous, pour le groupe Michelin, le durable, c’est toujours d’actualité. Donc on va garder cette approche qu’on avait commencé dans le championnat MotoGP, surtout avec la MotoE. Donc ça aussi, toutes les choses qu’on a apprises, les innovations qu’on avait pour la MotoE, petit à petit, on va les mettre dans ces pneumatiques.
Et puis on est en train de réfléchir, car comme tu sais, dans le championnat Superbike, il y a 4 ou 5 catégories : donc pourquoi pas faire une catégorie avec des pneus avec des matériaux durables, avec des pourcentages vraiment élevés, comme on faisait pour la MotoE. On était arrivé à presque 60 % sur un set. Donc on est en train de réfléchir à ça. On verra, mais c’est une possibilité.” 

🎤 En Superbike, au niveau de la construction, il y aura toujours des pneus faits à la main et des pneus faits à la machine ? 
“Non, ce sera des pneus faits sur les machines. La construction elle va être bien sûr plus souple, plus légère, et les types de gomme, de mélange, seront aussi des mélanges un peu plus tendres, parce que les efforts ne sont pas les mêmes, les vitesses de pointe ne sont pas les mêmes, et surtout aussi, la distance de la course, ce sont vraiment des courses sprint, donc plus courtes, et donc là ils ont besoin d’un pneumatique, disons plus facile, plus standard.” 

🎤 Donc si on résume donc, tout se présente bien pour Michelin, pour cette année et la prochaine? 
“Oui. Il n’y a pas d’inquiétude. Bien sûr, quand on a su qu’on ne pouvait pas continuer en MotoGP, c’était un petit peu la déception, ça c’est normal. Mais tout de suite après, on s’est concentré sur le Superbike, et là, plus on travaille et plus on voit que c’est une bonne passerelle, que ça fait du sens après 11 saisons en MotoGP. On peut l’utiliser pour faire du transfert de technologie, et surtout pour se rapprocher de l’usager final, le passionné de moto, les gens qui font du trackday, et les constructeurs aussi, pour toutes les gammes hypersport et supersport.” 

Merci Piero !
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