Moto GP
Publié le 20 août 2026 • 12:00 par André Lecondé

MotoGP 2027 : quatre rookies montent, mais le patron du Moto2 Manuel Gonzalez reste à quai

Le leader actuel du championnat Moto2, Manuel Gonzalez, se retrouve cruellement privé de guidon en vue de la saison 2027.

MotoGP

La promotion 2027 vers le MotoGP produit un paradoxe assez spectaculaire : quatre pilotes de Moto2 s’apprêtent à rejoindre la catégorie reine, mais Manuel Gonzalez n’en fait pas partie. Leader actuel du championnat et vice-champion du monde 2025, l’Espagnol voit Dani Holgado, David Alonso, Senna Agius et Izan Guevara obtenir leur chance. Une situation qui rappelle qu’en MotoGP, le classement ne suffit pas toujours à décider qui monte.

La grille MotoGP 2027 va connaître un renouvellement important. Quatre pilotes issus du Moto2 sont appelés à la rejoindre : Dani Holgado, David Alonso, Senna Agius et Izan Guevara, même si les arrivées des deux derniers doivent encore être officiellement annoncées.

Quatre hommes, quatre trajectoires et quatre paris différents effectués par les constructeurs. Mais leur promotion possède surtout un grand absent : Manuel Gonzalez. C’est probablement l’histoire la plus étonnante de ce marché des pilotes.

Gonzalez est actuellement leader du championnat Moto2 avec Intact GP. Il était déjà devenu l’une des références de la catégorie en 2025 avec quatre victoires et le titre de vice-champion du monde.

Son parcours est par ailleurs atypique puisqu’il n’est pas issu de la filière traditionnelle Moto3. Après avoir remporté l’European Talent Cup à seulement 15 ans, il est passé par le WorldSSP300 avant de rejoindre progressivement le paddock des Grands Prix et le Moto2.

Huitième en 2023, vainqueur pour la première fois en 2024 avec Gresini puis candidat au titre en 2025, Gonzalez semblait avoir construit le CV idéal pour accéder au MotoGP. Pourtant, aucune place ne lui est revenue.

Tech3 l’a notamment considéré pour 2027 avant de finalement lui préférer… son propre coéquipier Senna Agius. Le championnat Moto2 pourrait donc connaître une situation singulière : son leader actuel pourrait regarder plusieurs pilotes qu’il devance accéder avant lui au MotoGP.

Dani Holgado : la progression sans rupture

Le parcours de Dani Holgado est beaucoup plus classique. Champion du CEV Moto3 Junior en 2021, l’Espagnol a ensuite progressé en Moto3 jusqu’à devenir vice-champion du monde en 2024. Son arrivée chez Aspar en Moto2 en 2025 n’a pas cassé cette dynamique. Avec deux victoires, cinq podiums et une sixième place finale, il s’est immédiatement imposé comme le meilleur rookie.

Sa confirmation en 2026 lui ouvre désormais les portes du MotoGP. En 2027, Holgado rejoindra Gresini, où il fera équipe avec Joan Mir.

David Alonso : Honda mise sur un phénomène des petites catégories

Le CV de David Alonso est encore plus spectaculaire. Né à Madrid mais représentant la Colombie, Alonso a remporté la Red Bull Rookies Cup avant de terminer troisième du championnat Moto3 dès sa première saison complète en 2023.

Puis est arrivée sa campagne 2024 : 14 victoires et un titre mondial obtenu avec une domination rarement observée dans la catégorie. Le passage en Moto2 fut nécessairement plus délicat, mais sa progression a été rapide. Après un premier podium à Silverstone en 2025, Alonso a gagné en Hongrie et terminé sa première saison avec plusieurs podiums.

En 2026, sa victoire à Assen face à Gonzalez et Agius a confirmé que l’adaptation était terminée. Honda n’a pas attendu davantage : Alonso a signé en juillet un contrat pluriannuel avec le HRC à partir de 2027.

C’est sans doute, parmi les quatre rookies, le pari présentant le potentiel à long terme le plus évident.

MotoGP 2026. Manuel Gonzalez, leader du championnat Moto2, regarde ceux qui le suivent passer en MotoGP.

Senna Agius : Tech3 l’a préféré à Manuel Gonzalez

Avec Senna Agius, KTM choisit un profil très différent. L’Australien n’est même jamais passé par le championnat du monde Moto3. Issu du dirt track et du motocross, il a rejoint l’asphalte via l’Asia Talent Cup et le JuniorGP avant de se révéler en championnat d’Europe Moto2.

Deuxième de cette compétition en 2022, il s’est installé définitivement en championnat du monde Moto2 en 2024 avant de décrocher sa première victoire l’année suivante. Mais c’est véritablement en 2026 qu’Agius a changé de dimension.

Avec déjà deux victoires et quatre podiums, il s’est installé dans la lutte pour le championnat. Suffisamment pour convaincre Tech3 de le choisir face à Gonzalez. Agius devrait ainsi rejoindre KTM en MotoGP en 2027.

Izan Guevara : le champion que l’on croyait presque perdu

Le quatrième parcours est peut-être le plus intéressant. Izan Guevara semblait promis au MotoGP lorsqu’il écrasait le Moto3 en 2022. Avec six victoires, l’Espagnol avait remporté le championnat avec deux courses d’avance.

Puis sa trajectoire s’est brutalement ralentie. Son arrivée en Moto2 avec Aspar en 2023 s’est révélée difficile. Les résultats attendus ne sont pas venus et son premier podium n’est arrivé qu’en 2024. Son passage chez Pramac en 2025 a tout changé.

Une première victoire à Valence a précédé une campagne 2026 durant laquelle Guevara s’est replacé parmi les meilleurs pilotes de la catégorie. Il est désormais l’un des principaux adversaires de Gonzalez pour le championnat.

Yamaha aurait décidé de transformer cette renaissance en promotion : Guevara doit rejoindre Pramac en MotoGP, aux côtés de Toprak Razgatlioglu.

Le cas Manuel Gonzalez montre que le Moto2 ne fonctionne plus comme une simple antichambre

Ces quatre promotions racontent finalement quelque chose du marché MotoGP moderne. Holgado représente la progression régulière. Alonso, le talent exceptionnel que Honda veut verrouiller très tôt. Agius, le pari sur une progression rapide et un profil différent. Guevara, la résurrection d’un champion Moto3 dont le potentiel n’avait pas disparu malgré deux années compliquées.

Et Gonzalez ? Il représente la démonstration inverse : être le meilleur pilote du moment en Moto2 ne garantit plus nécessairement une place en MotoGP. Les constructeurs ne recrutent pas uniquement un classement. Ils anticipent un potentiel, un âge, une marge de progression, une compatibilité avec leur projet et parfois plusieurs saisons à l’avance.

Manuel Gonzalez peut encore devenir champion du monde Moto2 en 2026. Mais tandis qu’il se bat pour ce titre, quatre de ses adversaires savent déjà – ou devraient bientôt savoir – qu’ils seront en MotoGP sans lui en 2027. Et c’est peut-être le paradoxe le plus cruel de cette promotion 2027.

Manu Gonzalez