Massimo Rivola n’a manifestement aucune intention de rejoindre le concert des inquiétudes autour du Grand Prix du Qatar. Alors que Yamaha a décidé de ne pas participer à l’épreuve de Losail et que de nombreux pilotes contestent son maintien dans un contexte régional explosif, le patron d’Aprilia oppose une réponse aussi simple que tranchante : si les organisateurs affirment que la course est sûre, il faut y aller. Et ceux qui ne le souhaitent pas peuvent rester chez eux.
Une position qui tranche radicalement avec l’atmosphère actuelle du paddock.
Rivola : « Tout ce débat est inutile »
Interrogé par le quotidien espagnol AS, Massimo Rivola n’a pas cherché à arrondir les angles. « Si l’organisateur dit que c’est sans danger, on doit y aller. Tout ce débat est inutile. Franchement, je ne comprends pas tout ce tapage. » Pour le dirigeant italien, la responsabilité de l’évaluation sécuritaire appartient aux organisateurs.
Les équipes doivent donc se fier aux garanties présentées et respecter le calendrier. « S’ils disent qu’on doit y aller, on y va. » Une logique qui a le mérite de la clarté, mais qui soulève une question fondamentale : jusqu’où la confiance accordée au promoteur peut-elle remplacer l’appréciation individuelle du risque ?
Car les pilotes ne sont pas les seuls concernés. Mécaniciens, ingénieurs, journalistes et personnels logistiques doivent également rejoindre Doha. Et tous ne disposent pas nécessairement de la même liberté pour refuser le déplacement.
Rivola : « Si vous ne voulez pas faire ce travail, restez chez vous ! »
Rivola va plus loin lorsqu’on lui demande s’il souhaite personnellement se rendre au Qatar. « Oui, je veux y aller. Si vous ne voulez pas faire ce travail, vous restez chez vous. » Puis il précise que son raisonnement s’applique à l’ensemble du paddock. « Vous, les journalistes, moi en tant que manager, les ingénieurs : tout le monde. Si l’organisateur, avec toutes les informations et la documentation, dit “allons-y”, eh bien, on y va et c’est tout. »
Le message est limpide. Mais il intervient dans un contexte particulièrement sensible. Selon les informations circulant dans le paddock, 19 des 22 pilotes auraient exprimé leur opposition à la tenue du Grand Prix, lors de discussions privées à Phillip Island et Sepang. Ce chiffre et les modalités de cette consultation demandent toutefois une confirmation indépendante.
Les mêmes informations présentent Johann Zarco, Marco Bezzecchi et Ai Ogura comme les trois pilotes favorables au déplacement. Une fracture qui, si elle se confirme, serait considérable.

Yamaha refuse, Ducati fait confiance
Yamaha a déjà franchi le pas. Le constructeur japonais a retiré son équipe officielle et Pramac du Grand Prix, malgré les risques de sanctions sportives et contractuelles évoqués par le promoteur.
Ducati, Aprilia, KTM et Honda prévoient en revanche de participer. Davide Tardozzi, directeur de l’équipe officielle Ducati, partage la confiance affichée par Rivola. « Les organisateurs nous ont assuré que c’était sans danger et nous leur faisons confiance. »
Deux approches se dessinent donc. D’un côté, Yamaha considère que les conditions ne permettent pas à son personnel de voyager. De l’autre, Aprilia et Ducati estiment que les garanties fournies suffisent. Aucune de ces positions ne constitue, à elle seule, une preuve définitive du niveau réel de sécurité.
Et Jorge Martin dans tout cela ?
Le paradoxe est que Rivola pourrait lui-même devoir composer avec l’absence de Jorge Martin. Blessé au poignet droit, l’Espagnol a déjà manqué le Grand Prix de Malaisie et sa participation au Qatar demeure incertaine.
Une absence qui pourrait faciliter la conquête du dixième titre mondial de Marc Marquez. Interrogé sur l’intérêt sportif d’une éventuelle annulation pour Martin, Rivola refuse cependant d’entrer dans ce calcul. « Je ne me demande pas si c’est bien ou mal. » Pour lui, le sujet dépasse les conséquences au championnat.
Alors, qu’est-ce qu’on retient ?
- Rivola : les garanties des organisateurs suffisent et les réticents peuvent rester chez eux.
- Yamaha : le constructeur refuse de participer malgré les sanctions possibles.
- Le paddock : une opposition massive des pilotes est rapportée, mais son ampleur reste à confirmer.
Massimo Rivola défend une conception sans ambiguïté du devoir professionnel. Mais le débat ne porte pas seulement sur la volonté de travailler : il concerne les conditions dans lesquelles chacun peut être tenu de le faire.
Et même si le Grand Prix du Qatar se déroule finalement sans incident, une question restera entière : la confiance dans les organisateurs doit-elle être une obligation ou un choix ?





