C’est une scène qui aurait été impensable il y a deux ans : l’armée rouge de Borgo Panigale, tête basse, en train de copier les recettes d’Aprilia pour ne pas sombrer. Lors des tests de ce lundi à Jerez, Davide Tardozzi a lâché une bombe technique au micro de Sky Italia : la Ducati officielle est devenue vulnérable dans les courbes rapides, au point de s’envoler littéralement au premier courant d’air. Voici pourquoi l’usine italienne est en mode « alerte rouge » pour sauver la saison de Marquez et Bagnaia.
Il y a des essais qui ressemblent à des formalités. Et puis il y a ceux de Jerez. Pour Ducati, ce lundi n’avait rien d’un simple débrief technique : c’était une réaction. Face à une Aprilia qui a changé de dimension depuis le début de saison, Borgo Panigale s’est remis au travail là où ça fait mal : l’aérodynamique.
Pendant des années, Ducati dominait précisément dans ce domaine. L’appui, la stabilité, la capacité à sécuriser l’avant dans les phases rapides… c’était leur territoire. Mais à Jerez, le rapport de force s’est inversé.
Quatre Aprilia dans le top 6, une facilité visible dans les courbes rapides, et à l’inverse une GP26 qui bouge, qui déleste, qui expose ses pilotes — parfois violemment, comme l’a montré la chute de Marc Marquez.

Davide Tardozzi met des mots sur le problème Ducati
Davide Tardozzi ne tourne pas autour du sujet sur crash.net : l’appui aérodynamique est devenu le nerf de la guerre.
Dans les virages rapides — typiquement les 11 et 12 de Jerez — Ducati manque aujourd’hui de charge à l’avant. Résultat : une moto plus instable, plus sensible au vent, et surtout moins prévisible au moment clé, celui où le pilote engage.
Ce détail explique beaucoup de choses : la chute de Marquez, avec un avant qui se déleste, les difficultés récurrentes de Francesco Bagnaia, et plus globalement, ce sentiment que la GP26 n’offre plus la même sécurité que sa devancière.
La réponse est immédiate : Ducati multiplie les configurations. Nouveaux éléments, combinaisons différentes, ajustements ciblés… tout est testé pour retrouver ce fameux “front-end feeling” qui faisait la force de la marque.
Ce n’est pas une révolution visible comme chez Aprilia. C’est plus discret, plus méthodique. Mais l’objectif est clair : recréer de l’appui, redonner de la confiance. Et la confiance à l’avant, c’est tout.
En filigrane, une question commence à émerger dans le paddock : la GP26 est-elle vraiment une avancée ?
Quand une moto devient plus pointue, plus difficile à exploiter, elle dépend davantage du pilote. Et aujourd’hui, même un Marquez ne peut plus compenser en permanence. À l’inverse, la GP24 — plus homogène, plus “facile” — apparaît presque comme une référence perdue. Ce n’est jamais bon signe quand une évolution fait douter.
Ducati n’a pas le luxe du temps. Le Mans arrive vite. Silverstone aussi — un circuit où Aprilia a historiquement un avantage. Et si l’écart aérodynamique persiste, il pourrait se creuser encore. Tardozzi reste confiant, parle d’un “petit plus” à venir. Mais dans un championnat lancé à ce rythme, le moindre retard se paie cash.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse Jerez. Ducati ne domine plus l’aérodynamique. Aprilia, elle, innove, ose, et impose son rythme. Alors Ducati s’adapte. Revient aux fondamentaux. Travaille dans l’urgence.
Dans cette bataille silencieuse, faite de flux d’air, de charge et de détails invisibles, c’est peut-être là que se décidera le titre 2026.
Ducati est dans une course contre la montre. Les tests de ce lundi ont été vitaux pour transformer la GP26, actuellement trop nerveuse, en une machine capable de supporter la comparaison avec les « avions de chasse » d’Aprilia.































