Quelques jours après que Ramon Forcada a décrit Yamaha comme un constructeur obligé de développer dans l’urgence un V4 qui demanderait normalement plusieurs années de travail, les essais du Red Bull Ring viennent alimenter ses inquiétudes. Les chronos non officiels circulant après cette journée à huis clos placeraient Toprak Razgatlioglu seulement 15e, devant les autres Yamaha mais loin de la référence attribuée à Diogo Moreira et sa Honda. Impossible d’établir une hiérarchie 2027 sur cette base. Mais entre un concept encore récemment indécis, un châssis provisoire utilisé à Brno et plusieurs comparaisons défavorables, les signaux commencent à s’accumuler.
Ramon Forcada vient peut-être de fournir la meilleure grille de lecture possible du test Yamaha en Autriche. L’ancien ingénieur de la marque expliquait que le problème d’Iwata n’était pas simplement de construire un nouveau moteur.
Yamaha doit apprendre le V4, transformer son architecture générale et préparer simultanément la révolution 850 cc de 2027. Et elle doit faire tout cela très vite. « Normalement, le développement d’un moteur prend trois ans », rappelait Forcada. Au Red Bull Ring, l’ampleur du chantier semble avoir été visible.
Toprak meilleur Yamaha … mais seulement 15e
Les chronos circulant autour de cette journée placeraient Diogo Moreira en tête avec Honda. Toprak Razgatlioglu serait le meilleur représentant Yamaha, mais seulement au 15e rang sur 19 pilotes, à environ 1,6 seconde. Jack Miller aurait terminé encore une demi-seconde derrière lui, tandis qu’Izan Guevara aurait également occupé le bas du classement.
Ces chiffres doivent être manipulés avec énormément de précautions. L’essai s’est déroulé à huis clos, sans classement officiel comparable à celui d’un week-end de Grand Prix. Les programmes de travail, quantités de carburant, configurations techniques et pneumatiques utilisés par chacun ne permettent pas une comparaison rigoureuse. Guevara aurait notamment roulé sur une 1000 cc adaptée, ce qui montre à quel point mettre tous les chronos dans une même colonne peut être trompeur. Le problème de Yamaha se situe ailleurs.
Brno avait donné de l’espoir, avant de révéler une limite
En juin, Razgatlioglu avait signé une performance beaucoup plus encourageante lors du test de Brno. Le Turc avait été crédité du quatrième chrono. Mais une information apparue ensuite avait relativisé cette performance : Yamaha aurait alors associé son nouveau moteur à un châssis encore très proche de la spécification existante. Autrement dit, la moto chronométrée n’était pas nécessairement représentative du véritable package 2027.
Puis Augusto Fernandez a reconnu que Yamaha travaillait encore sur les fondations mêmes de son futur prototype. Un signal beaucoup plus préoccupant. Pendant que certains concurrents affinent déjà leur 850, Yamaha cherchait encore récemment à déterminer précisément quelle moto elle voulait construire autour de la sienne.

Et Forcada vient précisément d’expliquer pourquoi
Selon lui, Yamaha a accéléré son passage au V4 sous la pression de ses pilotes et s’est lancée tardivement dans le développement d’une architecture dont elle ne possédait pas l’expérience récente de ses concurrents. Elle doit donc apprendre avec la 1 000 ce dont elle aura besoin pour la 850.
Ce choix possède une logique : la saison actuelle devient un laboratoire grandeur nature. Mais il révèle également le retard qu’il cherche à combler. Ducati et Aprilia possèdent déjà une culture technique considérable du V4. Honda travaille depuis longtemps avec cette architecture et les premiers échos concernant sa 850 sont encourageants. Yamaha, elle, doit simultanément comprendre son moteur, construire la moto autour de lui et apprendre les Pirelli.
Le contraste avec Honda devient intéressant. Les trajectoires médiatiques des deux constructeurs commencent à diverger. Autour de Honda, Nakagami et Aleix Espargaró ont livré des impressions encourageantes. Des ingénieurs ont même confié à Michael Laverty qu’ils imaginaient Fabio Quartararo devenir « une menace » avec leur future moto. Et les informations issues du Red Bull Ring concernant Moreira renforcent encore cet optimisme.
Chez Yamaha, les signaux sont beaucoup plus contradictoires. Paolo Pavesio affirme notamment que la marque a retrouvé certaines de ses qualités historiques en virage. Jorge Martin affiche lui aussi une confiance remarquable dans le projet qu’il rejoindra. Mais les étapes intermédiaires du développement restent difficiles à lire.
Martin mise donc sur une Yamaha que nous n’avons pas encore vraiment vue
Quartararo a choisi Honda après avoir été convaincu par ce qu’on lui présentait du projet 2027. Martin fait exactement le pari inverse en rejoignant Yamaha. Et l’Espagnol a même prévenu ceux qui doutent de son choix : ils pourraient changer d’avis lorsqu’ils verront réellement la moto.
Il possède peut-être des informations évidemment beaucoup plus précises que celles disponibles publiquement. L’idée selon laquelle Iwata travaillerait déjà avec 2028 comme horizon prioritaire circule, mais elle demande encore à être solidement établie avant d’en faire une conclusion.
Le chrono autrichien n’est donc pas le problème. Que Razgatlioglu ait terminé 15e d’un test en septembre n’a finalement qu’une importance limitée. Personne ne distribue de points pour les essais de développement. Ce qui compte davantage est l’accumulation des indices : châssis encore provisoire à Brno, architecture récemment en définition, comparaison difficile avec les autres 850 et nécessité de transférer dans l’urgence les enseignements du V4 1 000 vers la future machine. Forcada avait résumé le problème avant même que ces chronos apparaissent : Yamaha essaie de réaliser en accéléré un travail qui prend normalement plusieurs années.
Le Red Bull Ring ne prouve pas qu’elle sera dernière en 2027. Il rappelle simplement qu’avant de savoir si Martin et Razgatlioglu pourront gagner en MotoGP avec cette Yamaha, Iwata doit encore terminer la moto sur laquelle ils sont censés le faire. Et à cinq mois du début de la nouvelle ère, c’est peut-être davantage le calendrier que le chronomètre qui constitue aujourd’hui le véritable adversaire de Yamaha.









