Le marché des transferts 2026 est particulièrement agité, et Nicolo Bulega n’arrive toujours pas à trouver sa place. À l’aube d’une nouvelle réglementation, de nombreux pilotes essayent d’amadouer les meilleurs teams. Le problème, c’est qu’il n’y en aura pas pour tout le monde. Comme si ce n’était pas assez urgent, la majorité des pilotes principaux ont apparemment déjà signé, et on le savait avant même le début des essais hivernaux à Sepang ! De ce fait, le vice-champion du monde Superbike peut-il espérer un guidon dans la plus prestigieuse des catégories ? Analyse.
Nicolo Bulega est-il légitime ou non ?
D’après moi, l’italien incarne le véritable problème de ces quinze dernières années ; à savoir, l’écart de niveau croissant entre le Superbike et le MotoGP. Certes, au chrono, c’est étonnamment serré entre les deux catégories au vu des budgets impliqués, mais la lecture du classement général ne laisse aucun doute. Je suis désolé de le dire, car je sais que vous n’aimez pas forcément le lire, mais le Superbike représente davantage une « Ligue 2 » qu’une catégorie parallèle. La grille est désormais peuplée d’anciens pilotes de Grands Prix, qui, en plus, lorsqu’ils y arrivent, ont tous connu d’énormes difficultés au plus haut niveau.

Ducati peut impose Bulega chez Gresini, mais cela serait-il réellement dans leur intérêt ? Photo : Michelin Motorsport
Avant, il y avait une filière Superbike et une filière Grands Prix. Parfois, certains allaient explorer l’autre univers, mais c’était bien distinct. S’il existe encore des pilotes qui ont plutôt le profil WSBK en 2026, j’en compte 12 qui y figurent, car ils n’ont juste pas trouvé mieux en Grands Prix, ou qui étaient tout simplement au bout de leur aventure en Moto2/MotoGP. Toprak, déjà une légende du Superbike, n’en faisait pas partie, puisqu’il n’avait jamais mis les pieds en mondial avant 2026. En revanche, Nicolo Bulega, lui, est bien dans le groupe des 12. Et ça me pose un problème.
Ce n’est pas l’insulter que rappeler qu’il a manqué son passage en GP. J’ai conscience que c’est très difficile d’y faire carrière, et qu’il faut parfois des coups de pouce du destin – qui apparaissent plus souvent quand les euros suivent, nous sommes bien d’accord. Mais c’est malheureusement factuel. Considéré comme un espoir en Moto3, Nicolo Bulega était plutôt impressionnant lors de son année rookie, en 2016. Mais il n’a jamais donné suite, se classant 12e du général en 2017, toujours chez VR46. L’équipe de Valentino Rossi a bien tenté de le faire passer en Moto2 début 2019, mais cela s’est soldé par un cuisant échec. L’Italien a persisté deux saisons de plus chez Gresini en catégorie intermédiaire, mais c’était de pire en pire, jusqu’à atteindre la 26e place du classement en 2021. C’est à ce moment-là qu’il s’est tourné vers le championnat Supersport, d’abord, avant d’atterrir en Superbike chez Ducati.
Effectivement, en WSBK, il domine. Après avoir été le dauphin de Toprak Razgatlioglu en 2024 et 2025, il est sur un début de saison incroyable ; il a remporté toutes les courses depuis le début de l’année à l’heure où ces lignes sont écrites. Mais ça ne suffit pas, ou, tout du moins, ça ne devrait pas suffire. Personnellement, je serais très embêté de voir Nicolo Bulega prendre la place d’un excellent élément en Moto2, alors que la dernière catégorie citée s’avère être la référence pour la formation des futurs champions. Fermin Aldeguer et Pedro Acosta, par exemple, y ont performé encore récemment, et cela s’est traduit aisément une fois qu’ils sont arrivés dans la cour des grands. Ceux qui y performent méritent d’accéder à l’étape supérieure, sinon, ils n’ont qu’à tous migrer vers le Supersport ou le Superbike à 21 ou 22 ans, à dominer contre Alvaro Bautista, 41 ans, et un Miguel Oliveira en bout de course, pour ensuite se voir offrir une place au sommet. Ça va peut-être vous paraître dur, mais non, je crois que Nicolo Bulega n’a pas la légitimité nécessaire pour devenir titulaire en MotoGP.
Un essai concluant ?
Les fans de Bulega, s’ils existent, vont me reprocher de ne pas évoquer ces deux Grands Prix réalisés par l’Italien à la fin de la saison 2025, en remplacement de Marc Marquez. Au sein de l’équipe d’usine Ducati, Bulega a plutôt bien géré, et a même scoré deux points, ce qui n’est pas si mal. Il n’était pas ridicule. Mais cela justifierait-il une promotion à la place de Manuel Gonzalez, en lice dans la course au titre Moto2 2025 jusqu’à la fin, et peut-être en passe de ramasser le championnat 2026 exactement là où Bulega a échoué ? Non, c’est un échantillon trop faible, et d’ailleurs, les pilotes Moto2 ne peuvent que très rarement essayer des MotoGP avant leur accession en catégorie reine, ça serait d’autant plus injuste de se baser là-dessus.
En excluant totalement les raisons commerciales qui pousseraient Ducati à l’envoyer en MotoGP – peut-être pour ramener un Italien de plus sur les Desmosedici, je peine à trouver d’autres arguments –, il paraît difficile de l’imaginer sur la grille 2026 du point de vue du mérite.

Je comprends et respecte son rêve, celui d’aller en MotoGP. Mais je crois que continuer à dominer en Superbike est dans son intérêt. Photo : Michelin Motorsport
Qu’en est-il en réalité ?
Bon, ça, c’était mon analyse. Mais qu’en dit Bulega lui-même, et surtout, des équipes sont-elles prêtes à le recruter ? Lui espère grandement accéder au MotoGP, il ne s’en cache plus. Chaque fois qu’il en a l’occasion, il ne cesse de répéter qu’il a des touches avec des teams. De ce que les rumeurs laissent entendre, et après résolution du puzzle, la seule possibilité pour lui serait de rejoindre Gresini, seulement s’il veut rester dans le giron Ducati. Par un concours de circonstances dont je reparlerai, la formation Gresini est totalement déclassée, sans pilotes signés à l’instant T, même si Daniel Holgado intéresserait fortement Nadia Padovani. Mais pourquoi aller chercher Nicolo Bulega ?
Sans même parler du cas Gonzalez, que les équipes MotoGP devront arrêter d’ignorer, ni d’autres pilotes Moto2 que l’évident tandem Aspar Holgado/Alonso, je ne vois pas pourquoi un seul titulaire actuel perdrait sa place au profit de Bulega. Hormis, disons, Morbidelli, qui, je crois, a eu assez de chances, je n’arrive pas à trouver un seul argument en faveur du double vice-champion du monde Superbike face à Brad Binder ou Joan Mir, deux pilotes qui n’ont que très peu impressionné ces dernières années.
Ceci rend le point de vue du manager de Bulega, Alberto Martinelli, encore plus fou ; lui et son poulain affirment que plusieurs pistes sont ouvertes. Que l’on me dise lesquelles ! Est-ce du bluff, ou me manque-t-il des éléments ? Quoi qu’il en soit, sachez que je serais extrêmement déçu de voir Bulega promu en lieu et place de Manuel Gonzalez ou d’Izan Guevara.
Pensez-vous qu’il mérite une place en MotoGP ? Dites-le-moi en commentaires !

Ducati a confié le développement du prototype 850cc à Bulega, mais quel autre poste lui proposer ? Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport






























