Moto GP
Publié le 24 juillet 2026 • 06:30 par André Lecondé

MotoGP – David Alonso, le seul échec de Luigi Dall’Igna ? Ducati a raté le phénomène colombien

Le directeur général Luigi Dall'Igna laisse échapper une ombre de regret : l'échec de la signature de la pépite colombienne David Alonso.

David Alonso

Si l’on devait attribuer une note au mercato 2027 de Ducati, Luigi Dall’Igna obtiendrait probablement un 9,5 sur 10. Marc Marquez a prolongé jusqu’en 2028, Pedro Acosta a finalement quitté KTM pour Borgo Panigale, Nicolò Bulega est attendu chez VR46 et Fermin Aldeguer poursuit sa progression au sein de la galaxie Ducati. Pourtant, un nom manque à l’appel. Un seul. Celui de David Alonso. Et ce petit échec pourrait bien être celui qui viendra hanter Ducati dans quelques années.

À ce stade, la grille Ducati 2027 est quasiment connue : Ducati Lenovo : Marc Marquez et Pedro Acosta. Gresini Racing : Joan Mir et Daniel Holgado. VR46 Racing Team : Fermin Aldeguer et très probablement Nicolò Bulega.

Difficile d’imaginer une composition plus impressionnante. Ducati a réussi l’exploit de réunir la légende vivante du MotoGP et celui que beaucoup considèrent comme son héritier naturel en la personne de Pedro Acosta. Mais Luigi Dall’Igna avait un autre rêve.

David Alonso

Gigi Dall’Igna : « Je voulais absolument David Alonso »

Le directeur général de Ducati Corse ne s’en était jamais caché. Dès le mois de janvier, il avait publiquement affiché son admiration pour le prodige colombien. David Alonso cochait absolument toutes les cases du cahier des charges Ducati : talent exceptionnel, intelligence, maturité et vitesse naturelle.

Dall’Igna déclarait même vouloir le recruter « absolument ». Les discussions ont bien eu lieu entre les deux parties, mais elles se sont finalement heurtées à une réalité que Ducati refuse encore aujourd’hui de sacrifier : sa politique salariale.

Car s’il existe un domaine où Ducati reste particulièrement disciplinée, c’est bien celui des salaires. Et Honda a sorti le chéquier. La vérité est également économique. Les constructeurs européens dominent aujourd’hui sportivement le MotoGP, mais lorsqu’il s’agit de signer les plus grands espoirs du paddock, Honda et Yamaha disposent encore d’une puissance financière considérable.

Honda a clairement décidé de faire de David Alonso l’une des pierres angulaires de son projet 850 cc. Le constructeur japonais ne s’est d’ailleurs pas contenté de lui proposer un contrat pluriannuel particulièrement attractif. Il lui a également offert un cadeau que peu de rookies peuvent espérer recevoir : Santi Hernandez, l’homme qui a accompagné Marc Marquez dans six de ses titres mondiaux MotoGP.

Le message envoyé par Honda est limpide : David Alonso n’est pas un simple rookie. Il est un investissement stratégique. Il faut également comprendre la position de Ducati. Ces dernières années, la marque italienne a construit son succès sur une philosophie très claire : ne jamais laisser un pilote dicter sa politique salariale.

Même Marc Marquez n’a pas bénéficié d’un contrat astronomique comparable à ceux que pouvaient offrir Honda à sa grande époque. Pedro Acosta lui-même a déjà constitué une petite entorse aux habitudes financières de Borgo Panigale. Signer David Alonso aux conditions réclamées aurait ouvert une véritable boîte de Pandore pour l’avenir.

Dall’Igna devait donc choisir entre un pilote extrêmement prometteur et l’équilibre financier de tout son projet sportif. Cette histoire ressemble étrangement au dossier Fabio Quartararo il y a quelques années. À l’époque, Ducati avait également laissé filer un jeune prodige avant de le voir devenir champion du monde MotoGP.

Aujourd’hui, personne ne sait si David Alonso deviendra le prochain Marc Marquez, Pedro Acosta ou Fabio Quartararo. Mais une chose semble faire l’unanimité dans le paddock : son potentiel est absolument exceptionnel. Il n’est d’ailleurs pas anodin que trois constructeurs majeurs se soient battus pour obtenir sa signature.

Finalement, cette histoire raconte peut-être quelque chose de plus important encore. Le véritable duel de l’ère 850 cc ne sera pas seulement celui qui opposera Marc Marquez à Pedro Acosta ou Ducati à Aprilia. Il opposera également la capacité des constructeurs à attirer les futurs champions du MotoGP.

Honda a recruté Fabio Quartararo. Honda a recruté David Alonso. Ducati a recruté Pedro Acosta. La guerre des talents est déjà lancée. Et même si Luigi Dall’Igna peut légitimement se réjouir de posséder probablement la plus belle grille de pilotes du plateau en 2027, il existe sans doute une petite ombre au tableau.

Si David Alonso devient un futur champion du monde MotoGP sous les couleurs Honda, le patron de Ducati pourra toujours contempler son incroyable armada avec une légère frustration. Car parfois, dans un mercato presque parfait, c’est le seul pilote que l’on n’a pas signé dont on se souvient le plus longtemps.

David Alonso