Il y a quelques jours, j’ai réalisé un article sur Jorge Martin suite à ses exceptionnelles victoires au Mans. En commentaires sur Facebook, vous étiez nombreux à me dire qu’il était devenu le favori, constat que je partageais également dans ce papier. Mais en le relisant après sa sortie, je me suis rendu compte que je n’ai pas rendu justice à Marco Bezzecchi ; l’idée n’était pas de l’enterrer, car je pense réellement qu’il a une chance face à Jorge Martin. Voici comment il pourrait s’y prendre.
Bezzecchi a-t-il déjà perdu ? Non !
En fait, mon erreur a été d’affirmer que Bezzecchi n’était pas capable de produire des performances aussi bonnes que la meilleure version de Jorge Martin. Il y a une part de vérité là-dedans, mais l’Espagnol est également loin d’être invincible, même à motos égales, et même dans son prime. Je vais m’expliquer en plusieurs points.

Quel est votre pronostic ? Photo : Michelin Motorsport
Ce que disent les chiffres
Déjà, faisons les comptes. La situation est loin d’être perdue pour Marco, puisque, comme le titre de cet article ne le laisse pas entendre, l’Italien est devant son coéquipier au classement général à l’heure où ces lignes sont écrites. Oui, il n’y a qu’un point d’écart avant la manche catalane, mais cela signifie aussi que Martin, aussi génial soit-il, n’a pas non plus creusé l’écart en début de saison alors qu’il était déjà très en forme au Brésil, par exemple.
Bezzecchi, lui, a gagné trois Grands Prix d’affilée, et a terminé deuxième des deux courses qu’il n’a pas remportées. C’est le signe d’une grande maturité, d’une grande évolution depuis le début de saison 2025. Les succès ne sont pas les mêmes que ses triomphes d’outsider en 2023, il a l’air d’un véritable prétendant au titre. En plus, il a considérablement sous-performé en Sprint : avant Le Mans, il ne comptait que six points marqués le samedi après-midi. On l’imagine mal le voir stagner à trois ou quatre points de moyenne en Sprint au vu de sa vitesse du dimanche, donc il a une vraie possibilité de s’améliorer sur ce point, ce qu’il a fait sur le Bugatti.
Donc, du point de vue statistique, Bezzecchi n’a pas raison de s’inquiéter. Après tout, il s’est fait battre à plate couture au Mans – je réitère –, mais 25 points sont 25 points, les mêmes qu’il avait scoré en Thaïlande ou au Brésil. Certains pilotes sont influencés par de telles défaites, il est vrai, mais Bezzecchi n’a encore jamais été dans cette situation ; peut-être s’inspirera-t-il de ce que faisait son compère Pecco Bagnaia en 2022 et 2023, à savoir, ne jamais se laisser influencer par la dynamique. C’est tout à fait possible et c’est un motif d’espoir si vous êtes fan du n°72 ; il faudra attendre Barcelone pour le constater.
Martin n’est pas parfait
Au Mans, Martin était dans une autre dimension, le samedi comme le dimanche. C’est un fait. Mais comme pour Bezzecchi en Sprint, je ne l’imagine pas conserver ce niveau sur toute une saison non plus, ça serait exagéré. Oui, il a déjà prouvé son génie par le passé, mais jamais au point de s’imposer dix, douze fois par an comme l’avait fait Bagnaia. D’ailleurs, lors de sa campagne sacrée en 2024, il avait remporté moins de Grands Prix que Bezzecchi ne l’a déjà fait en 2026.
Si j’avais dit, lundi soir, que Martin était intrinsèquement plus doué que Bezzecchi, ça ne veut pas dire que le « Bez » est dénué de talent, premièrement, et, deuxièmement, que Martin est dénué de défauts. Oui, Jorge sait être généralement régulier, marquer de gros points souvent, et s’imposer dans des batailles étouffées. Mais il était aussi un spécialiste pour chuter à des moments cruciaux – Mandalika 2023, Mandalika 2024 en Sprint –, ou pour prendre des décisions inattendues, et souvent peu payantes – Phillip Island 2023, Misano 2024. Face à Pecco Bagnaia, un pilote au profil exactement similaire, ça passait, car lui aussi lâchait des gros points à des moments clés et tombait en tête. Mais qui nous dit que Marco Bezzecchi ne punira pas ce genre d’errements ? De prime abord, j’ai l’impression que Bezzecchi est plus solide que rapide, donc il peut clairement profiter de cet atout.

Marco Bezzecchi a aussi le défaut d’être plus discret, ce qui n’aide pas son cas. Photo : Michelin Motorsport
Et si c’était l’année de Bezzecchi ?
Deuxième « erreur » de ma part : mon analyse des chances de Martin se basait sur ce que nous savions, pas sur ce qui pouvait arriver. La nuance est subtile, mais importante, car l’irrationnel et le développement des pilotes sur une année est à prendre en compte. Par exemple, j’affirmais que Bezzecchi n’avait jamais atteint le niveau de Martin, et que Jorge pouvait, par exemple, être régulier sur toute une saison, ce que n’avait jamais réussi à faire son rival jusqu’à maintenant. Cette phrase est vraie « jusqu’à maintenant ». Mais qui nous dit que Bezzecchi ne va pas passer ce cap cette année, justement ? Après tout, le contexte dans lequel il baigne est le meilleur pour franchir un palier : il a une équipe soudée, une moto performante, la confiance, le talent, la vitesse sur un tour… pourquoi Bezzecchi n’aurait-il pas le droit, lui aussi, d’évoluer, de la même manière que Jorge Martin l’a fait en 2024 ? Je l’en crois capable !
Ensuite, il reste l’irrationnel. (Re)posons rapidement les bases en sports mécaniques, et en sport tout court. Le champion, en fin d’année, n’est pas nécessairement le plus rapide, le plus fort, le plus talentueux ou le plus méritant. En 2006, après quelques manches, j’aurais pu trouver vingt arguments en faveur de Valentino Rossi dans le cadre d’un duel face à Nicky Hayden. Et pourtant. En 2024, j’ai trouvé vingt arguments en faveur de Pecco Bagnaia dans le cadre du duel face à Jorge Martin. Et pourtant. Ces nombreux articles n’étaient pas faux, simplement, ce n’est pas le pilote pour qui on trouve le plus d’arguments qui doit gagner à la toute fin. Pour être honnête avec vous, chers lecteurs, cette réalité a longtemps été difficile à accepter. À la fin de la saison 2024, où je trouvais des signaux faibles objectifs dans le jeu de Martin jusqu’à l’avant-dernière course, je ne pouvais m’empêcher de ressasser, me demandant ce que j’avais manqué. Aujourd’hui, j’ai davantage intégré l’imprévisibilité du sport, et j’apprécie d’autant plus cette facette de notre discipline favorite, car c’est ce qui la rend passionnante.
Attention aux blessures
Achevons cette digression par un dur retour à la réalité, ultime argument en faveur de Bezzecchi : le risque de blessure. Là, il y a un monde entre les deux, et c’est aussi important que la vitesse. Il ne faut pas oublier que Martin sort d’une année infernale, marquée par trois longs passages à l’infirmerie. Dans sa carrière, il a souvent manqué des Grands Prix : il ne compte « que » sept saisons pleines sur douze disputées, sans même tenir compte de son absence en 2020 due au Covid-19. Bezzecchi, de son côté, n’a jamais manqué la moindre épreuve en tant que titulaire (neuf saisons).
La différence ne s’arrête pas là. C’est plus visuel, mais quand Martin se rate, ce sont généralement de grosses chutes, souvent dues à un excès d’engagement. Ces gros volumes vicieux sont moches à voir. Bezzecchi, lui, chute « à la Dovizioso », si vous voyez ce que je veux dire. On a l’impression qu’il contrôle plus. Vous avez le droit de douter de la pertinence de cet argument, car il ne repose sur rien de concret : autant, Bezzecchi va s’envoler au virage n°4 à Barcelone et va manquer le reste de la saison, ce que je ne lui souhaite pas. Et puis, les deux peuvent se faire percuter au départ, c’est d’ailleurs ce qui était arrivé au « Bez » en Inde il y a trois ans. Mais j’ai tout de même l’impression que les antécédents de Martin peuvent le pénaliser si ça devient très intense, que chaque erreur, pour lui, a le potentiel de coûter bien plus cher qu’à Bezzecchi.
Que pensez-vous de la bataille qui se profile ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Sur le mouillé, par exemple, j’ai plus confiance en Bezzecchi. Ça peut être un facteur déterminant. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport




























