Scandale en vue ? KTM, le plus grand constructeur européen de motos, est accusé de vendre des enduros « débridées », bien plus polluantes que la limite autorisée. Une enquête conjointe de dix médias européens (El País, Le Monde, Der Spiegel, ORF, etc.) révèle que les concessionnaires livreraient les motos « à pleine puissance », en supprimant les restrictions Euro 5. Résultat : jusqu’à 20 fois plus de monoxyde de carbone émis, des particules fines en masse, et un bruit considérable. Le tout avec des papiers conformes. La marque autrichienne dément formellement.
« Nos motos sortent d’usine exclusivement en condition homologuée » répond KTM. Mais les preuves s’accumulent : témoignages sous couverture, outils informatiques fournis par KTM, et même des déclarations d’un représentant au Salon de Bruxelles. L’Allemagne enquête. L’Europe, impuissante, regarde. KTM, déjà en difficulté financière, risque un séisme.
Le monde du deux-roues est sous le choc et la crainte de ce qui pourrait bien être le « Dieselgate » de l’industrie moto. Le constructeur autrichien KTM et ses filiales, Husqvarna et GasGas, sont soupçonnés d’avoir orchestré le débridage systématique de leurs modèles enduro pour contourner les normes antipollution Euro 5. Le scandale pourrait faire énormément de bruit dans le monde de la moto européenne. Les accusations sont lourdes. Très lourdes.
L’enquête vise principalement les gammes EXC et EXC-F de KTM, mais aussi certains modèles GasGas et Husqvarna Motorcycles. Le principe présumé serait simple : les motos sortiraient officiellement d’usine conformes aux normes Euro 5… puis seraient modifiées ensuite chez certains concessionnaires officiels avant d’être remises aux clients.
Pour démontrer cela, des journalistes infiltrés se seraient fait passer pour des acheteurs dans plusieurs pays européens : Espagne, France, Allemagne, Autriche, Italie et Royaume-Uni. Et selon l’enquête, plusieurs vendeurs auraient reconnu ouvertement certaines pratiques.
Des phrases comme : « On enlève tout le système Euro 5 » ou encore « On les livre avec un moteur et un échappement complets » auraient été enregistrées pendant l’investigation. Le plus explosif dans cette affaire, c’est que l’enquête ne parle pas de quelques concessionnaires isolés.
Les journalistes suggèrent au contraire un système beaucoup plus structuré, où KTM fournirait logiciels, outils informatiques, kits spécifiques, procédures de débridage afin de supprimer les restrictions en quelques secondes seulement.
La défense de KTM : Le déni catégorique
Selon les révélations publiées, même un représentant commercial de la marque aurait reconnu au Salon de Bruxelles 2026 que les motos étaient « conçues sans restriction » avant d’être équipées temporairement d’éléments permettant simplement de passer les homologations Euro 5.
Techniquement, les modifications seraient majeures : suppression du catalyseur, déconnexion de la sonde lambda, retrait du système de recirculation des gaz et reprogrammation électronique moteur.
Le résultat ? Des performances largement supérieures… mais aussi des émissions potentiellement énormes. Et c’est là que le dossier devient potentiellement juridique. Selon des tests commandés par le Conseil international pour des transports propres (ICCT) — déjà impliqué dans le Dieselgate Volkswagen — certaines KTM débridées auraient émis jusqu’à 20 fois plus de monoxyde de carbone que les limites légales homologuées.
Des niveaux anormalement élevés d’hydrocarbures et de particules fines auraient également été détectés. Autre problème majeur : ces modifications seraient extrêmement difficiles à détecter lors des contrôles techniques classiques.
Pourquoi ? Parce qu’une grande partie des altérations passerait désormais par le logiciel. Et sans véritable passage au banc d’essai — rarement pratiqué en Europe sur les motos — il deviendrait presque impossible de vérifier les émissions réelles.
La Commission européenne rappelle d’ailleurs que les constructeurs ont légalement l’obligation d’empêcher activement les modifications modifiant les émissions homologuées des véhicules. Mais Bruxelles reconnaît aussi une faiblesse énorme : elle ne dispose pas de véritable autorité directe de contrôle technique sur les motos.
Évidemment, KTM nie catégoriquement toute fraude. La marque affirme que toutes les motos sont livrées entièrement homologuées et conformes, et soutient que toute modification éventuelle ne serait réalisée qu’à la demande explicite du client et uniquement pour un usage compétition.
Mais politiquement, le sujet pourrait devenir extrêmement sensible. Parce que cette affaire intervient justement au moment où l’Europe durcit les réglementations moto, les débats sur le contrôle technique explosent, les normes environnementales deviennent plus agressives et où KTM traverse déjà une période complexe économiquement et sportivement.
Le chiffre avancé par l’enquête donne d’ailleurs une idée de l’ampleur potentielle du dossier : jusqu’à 10 000 motos concernées chaque année en Europe.
Autrement dit : si les accusations se confirmaient réellement, l’industrie moto européenne pourrait faire face à son premier véritable “Dieselgate” à deux roues. Ce scandale éclate au pire moment pour KTM. Déjà affaiblie financièrement (rachat par Bajaj Auto après une dette colossale), la marque autrichienne risque un séisme réputationnel.
KTM est désormais acculé et doit prouver que ces pratiques sont le fait d’initiatives individuelles et non d’une stratégie commerciale délibérée. Dans le cas contraire, le constructeur pourrait faire face à des sanctions qui changeraient radicalement le paysage industriel du secteur moto.











