Sylvain a remporté deux fois le titre FIM Superstock 1000 avec le team BMW Motorrad Italia GoldBet SBK en 2012 et 2013, puis est passé en Championnat du Monde Superbike de 2014 à 2016, avec une parenthèse en Stock 1000 en 2015. Il a été ensuite tenter l’aventure de championnats Superbike exotiques, aux États-Unis puis au Royaume-Uni.

Il vient récemment de faire son retour en mondial Superbike avec une Ducati Panigale V4 R de l’équipe Brixx Performance Ducati à l’occasion des tests qui viennent de se dérouler à Misano.

Comment se sont déroulés tes récents essais à Misano avec la Ducati de l’équipe Brixx Performance ?

« J’hésite un peu entre très bien et pas très bien, en ce sens que je suis un peu déçu parce que le travail qu’on a fait n’a pas été récompensé par les chronos. Mais je n’étais pas remonté sur la moto de course depuis six mois. »

« Toutefois ces tests ont été très positifs car désormais je sais sur quoi travailler. Je suis tombé deux fois pendant le deuxième jour* parce que j’ai essayé de faire ce que je faisais à l’époque. Même si j’ai couru avec cette machine l’année dernière à Portimão et Magny-Cours, je n’ai jamais roulé sur cette moto-là en étant à 100% physiquement. »

*D’où les couleurs des différents éléments du carénage sur la photo ci-dessus.

« En fait, je savais sur quoi travailler le deuxième jour, car avec Ducati et Aruba on a en fait toutes les informations et les acquisitions de données des deux pilotes officiels. Donc du coup on sait – y compris moi dans le domaine du pilotage – sur quoi travailler. C’est très positif. »

« Il faut que je travaille encore sur comment bouger sur la moto sans mettre trop de force sur le train avant, surtout sur les changements de direction. Et quand en fait j’ai fait ça, je me suis senti à l’aise car la moto est très bonne. Je me suis senti en confiance et j’ai trop forcé sur le train avant, et du coup j’ai perdu deux fois l’avant pendant les tests. Je sais donc sur quoi il faut que je travaille, et il suffit donc maintenant que je mette ça en pratique. »

Tu avais découvert la Panigale V4 R, l’année dernière à Portimão puis à Magny-Cours? Qu’apprécies-tu dans cette moto ?

« C’est une vraie moto de course ! Ça n’a rien à voir avec tout ce sur quoi j’ai pu rouler auparavant. C’est vraiment une moto qui a été entièrement conçue pour la compétition. La connectivité avec l’ouverture des gaz est excellente au niveau du moteur, de même que la réactivité du châssis, et également la souplesse du moteur. C’est vraiment une très bonne moto. »

Tu as subi plusieurs blessures assez importantes dans ta carrière. Où en es-tu physiquement actuellement ?

« Physiquement, je commence à revenir au niveau auquel j’étais avant. Je ne suis pas encore tout à fait à 100%, mais je ne suis pas loin du niveau qui était le mien auparavant. »

Pourquoi l’équipe Brixx et toi-même avez-vous décidé de quitter le Championnat British Superbike fin 2019 pour participer au Championnat du Monde cette année ?

« En mondial, les BMW officielles – dont celle que je pilotais – étaient préparées en sous-traitance par Feel Racing. Puis avec l’arrêt et le départ de BMW, Feel racing est devenu prestataire de services pour Ducati, comme cela avait déjà été le cas plusieurs années auparavant. Ils travaillent maintenant pour l’équipe Aruba. Les relations que j’avais pu avoir chez BMW avec Serafino Foti et Daniele Casolari, qui sont le team manager et le patron du team Superbike, font que maintenant on a une aide, et que toute la partie technique est gérée par Feel racing. »

« On a ainsi un accès direct au team officiel et une grande porte ouverte auprès de sa structure. C’est pourquoi nous avons choisi cette solution-là, parce qu’en fait en BSB notre team était tout nouveau, qui réunissait ensemble des gens venus de chez Honda, de chez Kawa et de chez MV. Personne n’avait exactement la même vision des choses, et surtout aucun point de vue d’ensemble. »

« Les circuits du Championnat British Superbike sont très spécifiques et particulier. Tu vas par exemple à Oulton Park, et tu découvres six asphaltes différents dans le premier virage ! D’où la très grande importance de la connaissance et de l’expérience des circuits pour les techniciens. »

« Et nous, c’est ce qui nous manquait. Par exemple lors des premières courses qu’on a faites l’année dernière en BSB, on avait un problème avec l’embrayage. Quand tu as le bip inversé “up and down”, tu ne touches plus l’embrayage. Or quand j’arrivais par exemple à Donington Park en haut de la montée, je descendais deux vitesses comme si je tenais l’embrayage. Donc je le disais à mes techniciens, qui ne comprenaient pas. Ils changeaient l’embrayage, et ça a été comme ça pendant tout le week-end. Au final, on a demandé à Ducati de nous aider. Ducati est venu lors de l’avant-dernière ou de la dernière course et ils nous ont expliqué qu’il fallait changer un ressort à l’intérieur de l’embrayage. Il était nécessaire de mettre un ressort plus dur, mais ça on ne le savait pas. Ce n’était en fait qu’une question de connaissance et d’expérience. »

« En mondial Superbike, tu n’as pas du tout ce genre de problème parce que tu as le support de Ducati. Dans le championnat anglais, c’est chacun pour soi. Même le team officiel avec Scott Redding, qui a gagné des courses et le championnat, ne te donneras jamais rien du tout, même une vis, même un ressort. »

« En Championnat du Monde Superbike, quand on a besoin d’une pièce, on va voir le magasinier dans le camion Ducati. Il nous donne la pièce et l’inscrit sur notre liste. Et c’est tout. »

Que penses-tu des circuits du BSB ?

« Les circuits du BSB et ceux du Championnat du Monde n’ont rien à voir. Le BSB est aussi dur que le mondial Superbike, mais le mondial Superbike est plus facile côté circuits que le British. Par contre, un pilote qui passe du British Superbike en mondial peut faire tout de suite de bons résultats. Par contre l’inverse n’est pas exact. Tu prends un Michael Ruben Rinaldi ou un Davide Giugliano par exemple, capable de faire un podium en mondial Superbike, quand il va en British il tombe, il se casse, il se fait mal… et il arrête la saison. »

« Le BSB est un championnat extraordinaire, mais très particulier. Par contre l’aide et le support qu’on a des constructeurs en Championnat du Monde Superbike fait une énorme différence. C’est ça qui le rend si intéressant. »