C’est un véritable jeu de chaises musicales qui s’opère dans les coulisses du paddock 2026. Alors que le Mans célébrait le triomphe d’Aprilia en piste, les bureaux climatisés étaient le théâtre d’un séisme managérial. Le départ de Davide Brivio vers le HRC est plus qu’un transfert : c’est un changement d’ère pour Honda et une opportunité de retour pour Francesco Guidotti.
Le paddock MotoGP n’est plus seulement un marché de pilotes. Désormais, les patrons d’équipes, les ingénieurs, les stratèges et les architectes des projets sportifs deviennent eux aussi des trophées de guerre. Et ce qui vient de se produire entre Aprilia, Honda et l’équipe TrackHouse Racing ressemble à un véritable séisme politique en coulisses.
Parce qu’en l’espace de quelques jours, Aprilia a compris deux choses. D’abord que Davide Brivio allait quitter le navire pour rejoindre Honda. Ensuite qu’il fallait réagir immédiatement pour éviter un vide dangereux au moment précis où le constructeur italien est peut-être en train de devenir la nouvelle référence du championnat.
Et la réponse porte un nom : Francesco Guidotti. L’Italien est désormais tout proche de devenir le nouveau directeur de TrackHouse pour 2027, dans un mouvement qui ressemble autant à un retour stratégique qu’à une revanche personnelle après son éviction de KTM fin 2024.
Car derrière cette simple nomination se cache en réalité une guerre beaucoup plus large : celle du contrôle de l’après-2027.
Honda l’a parfaitement compris. En attirant Brivio, HRC ne recrute pas seulement un team manager expérimenté. La marque japonaise récupère un homme qui a remporté des titres avec Yamaha, relancé Suzuki jusqu’au sacre de Joan Mir et transformé TrackHouse en structure crédible dès son arrivée en MotoGP.
Autrement dit : Honda va chercher un constructeur de projets. Parce qu’avec l’arrivée des 850 cc, des pneus Pirelli et d’une réglementation entièrement nouvelle, le MotoGP entre dans une période où les structures humaines compteront presque autant que la performance brute des motos. Les usines cherchent désormais des hommes capables de construire une culture de victoire, pas seulement de gérer un box.
C’est précisément pour cela que le départ de Brivio a été vécu comme une alerte à Noale. D’autant que le timing est terrible pour Aprilia. La marque italienne vient de signer un triplé historique au Mans. Jorge Martin et Marco Bezzecchi dominent le championnat. Ai Ogura explose au plus haut niveau. Et au moment exact où le projet semble atteindre une maturité technique totale… Honda vient directement puiser dans l’organigramme satellite du constructeur.

Brivio : L’homme du renouveau chez Honda ? Alberto Puig mis à l’écart
Le symbole est puissant. Et Honda ne fait même plus semblant de reconstruire discrètement. Entre les rumeurs autour de Fabio Quartararo, l’avance supposée du prototype 850 cc, l’agressivité du recrutement technique et désormais l’arrivée de Brivio, HRC envoie un message très clair : le géant japonais veut reprendre le pouvoir. Alberto Puig, figure historique et souvent contestée de Honda, ne quitte pas le navire mais perd son trône de Team Manager. Relégué à un rôle de liaison avec les pilotes, il laisse les rênes stratégiques à Brivio, dont la mission sera de ramener la culture de la gagne au HRC.
Dans ce contexte, le choix de Guidotti par TrackHouse est tout sauf anodin. Parce que l’ancien patron de KTM possède exactement le profil recherché actuellement en MotoGP : un homme capable de gérer à la fois la politique interne, le développement technique et les pilotes à fort caractère.
Son parcours parle pour lui. Chez Aprilia d’abord, où il a fait ses premières armes dans les programmes Superbike et 125/250.Chez Pramac ensuite, où il a dirigé l’équipe pendant dix ans et participé à l’éclosion de Jorge Martin. Puis chez KTM, où il a vécu de l’intérieur l’expansion puis la crise du constructeur autrichien.
Autrement dit : Guidotti connaît tout le paddock. Et surtout, il revient avec quelque chose de précieux dans ce milieu : une réputation de gestionnaire solide, respecté et politiquement habile.
Pour l’instant, ni Aprilia ni TrackHouse ne semblent vouloir précipiter le départ de Brivio avant la fin de saison. Une situation extrêmement rare en MotoGP. Normalement, lorsqu’un dirigeant rejoint un constructeur rival, il disparaît immédiatement des discussions stratégiques sensibles.
Mais aujourd’hui, personne ne peut réellement se permettre une guerre interne. Pas TrackHouse. Pas Aprilia. Et certainement pas Honda, qui préfère probablement récupérer un Brivio apaisé plutôt qu’un homme sorti brutalement du système.
Cela montre aussi à quel point le MotoGP moderne devient une discipline profondément politique. Les transferts ne concernent plus seulement les pilotes stars. Les véritables batailles se jouent désormais dans les bureaux, dans les départements techniques, dans les organigrammes et dans les cerveaux capables d’interpréter plus vite que les autres la révolution de 2027.
Et à ce petit jeu-là, Honda vient peut-être de réussir l’un des coups les plus importants de ces dernières années.
Quant à Aprilia, le constructeur italien a compris qu’il fallait répondre immédiatement pour éviter qu’un simple départ ne devienne le début d’un démantèlement progressif de son projet.
L’arrivée probable de Guidotti ressemble donc à un contre-mouvement défensif… mais aussi à une déclaration de guerre silencieuse. Parce que désormais, le MotoGP ne se contente plus de recruter des pilotes. Il constitue un état-major.
Le mercato des pilotes s’agite, mais celui des managers est tout aussi crucial. En 2027, le paysage du MotoGP sera radicalement différent : Brivio tentera de porter au sommet Honda, tandis que Guidotti aura pour mission de maintenir TrackHouse au sommet des équipes indépendantes.




























