pub

Marc Marquez

Pendant des mois, le paddock a considéré les déclarations de Ducati avec une certaine prudence. À chaque victoire, à chaque remontée spectaculaire, à chaque démonstration de Marc Marquez, les responsables de Borgo Panigale répétaient le même discours : l’Espagnol n’est pas encore à 100 %. À force d’entendre cette phrase, beaucoup avaient fini par y voir un élément de communication classique. Après Brno, cette hypothèse devient beaucoup plus difficile à défendre. Car cette fois c’est Davide Tardozzi qui parle.

Et surtout, il ne se contente pas d’évoquer des sensations ou un ressenti. Il décrit précisément ce qu’il voit sur la piste. « Quiconque connaît la course, quiconque comprend les motos, en regardant Marc aujourd’hui, a parfaitement compris ce que nous disons : à droite, malheureusement, il n’est pas encore au point. »

Le constat est d’une précision troublante. « Il était très rapide dans les virages à gauche. En revanche, lorsqu’il devait tourner à droite, il perdait un peu de vitesse, ou bien il s’accrochait. Cela nous indique que, malheureusement, il n’est pas encore à 100 %. Je crois, et j’espère, que d’ici un mois ou deux, il pourra se remettre de cette situation. Mais à Brno, il a réalisé une performance extraordinaire. »

Et c’est précisément là que commence le véritable sujet. Parce que Marc Marquez vient d’enchaîner deux victoires consécutives. Parce qu’il a repris soixante-deux points à Marco Bezzecchi depuis le Mugello. Parce qu’il est revenu de 102 points à seulement 40 unités du leader du championnat.

Et parce que Ducati affirme simultanément qu’il pilote encore avec des limitations physiques importantes. Autrement dit, le paddock est confronté à une question extrêmement inconfortable. Que se passera-t-il lorsque Marc Marquez retrouvera réellement l’intégralité de ses moyens ?

Tardozzi ne cherche même plus à minimiser l’importance du phénomène. « Avec Marc Marquez, il faut s’attendre à tout. C’est Marc Marquez. On ne peut pas penser qu’il est incapable de prouesses extraordinaires. »

Davide Tardozzi : « C’était une victoire acquise de haute lutte. Marc Marquez possède une force mentale hors du commun »

Chez Ducati, personne ne semble surpris lorsqu’un pilote diminué physiquement gagne des Grands Prix. Parce que ce pilote s’appelle Marc Marquez. Et parce que son histoire a déjà démontré à de multiples reprises qu’il évolue parfois dans une catégorie à part. Le plus frappant reste peut-être l’image de l’arrivée à Brno.

Visière relevée. Visage fermé. Corps épuisé. Marc Marquez semblait avoir laissé davantage d’énergie sur cette course que sur certaines de ses victoires les plus dominatrices du passé. Tardozzi l’a confirmé. « C’était une victoire acquise de haute lutte. Marc possède une force mentale hors du commun. »

Puis il ajoute : « Même s’il gagne des courses, comme à Balaton et ici, je maintiens que Marc n’est pas à 100 %. Nous le savons. Nous ne le disons pas pour dissimuler quoi que ce soit ou trouver des excuses. Nous lui parlons, et il est franc. Nous parlons à ses médecins, au chirurgien qui l’a opéré, à son manager à Madrid. Nous savons donc pertinemment qu’il ne va pas bien. »

Voilà qui change considérablement la perspective. Nous ne sommes plus dans le domaine de l’impression. Nous sommes dans celui du suivi médical. Ducati sait précisément où en est son pilote. Et Ducati continue pourtant d’affirmer qu’il est encore diminué.

La conclusion de Tardozzi est presque inquiétante pour les adversaires de Marquez. « S’il ne va pas bien, cela deviendra un problème très grave pour tout le monde. » Rarement un responsable d’équipe aura résumé aussi brutalement la situation. Car le problème de Marco Bezzecchi, de Jorge Martin, de Fabio Di Giannantonio ou même de Pedro Acosta n’est plus seulement le Marc Marquez actuel. Le problème pourrait être celui qui arrive.

Dans ce contexte, le championnat prend une tournure totalement différente. Officiellement, Ducati refuse de parler du titre. « Je ne veux pas parler du championnat. Pour l’instant, notre priorité absolue – et je le pense sincèrement – est qu’il retrouve la pleine forme. »

Une déclaration logique. Mais difficile à croire totalement lorsque l’on observe les chiffres. Deux victoires consécutives. Soixante-deux points repris en deux week-ends. Quarante points de retard seulement. Et neuf Grands Prix encore à disputer. La menace est désormais parfaitement réelle.

D’autant que Marc n’est pas le seul motif de satisfaction à Borgo Panigale. Pecco Bagnaia semble lui aussi retrouver progressivement son niveau. Sa victoire lors du Sprint et son nouveau podium dominical constituent probablement sa prestation la plus complète depuis longtemps.

Tardozzi ne cache d’ailleurs pas son optimisme. « Je suis vraiment très content pour Pecco, car je pense qu’il retrouve sa vitesse et, surtout, ses sensations sur la moto. » Puis il ajoute : « Une fois que Pecco aura trouvé ce petit plus qui lui manque, sur lequel les ingénieurs travaillent, je pense qu’il sera de nouveau dans le coup. » Pour Aprilia, cette phrase est presque aussi inquiétante que celles concernant Marquez. Car Ducati ne récupère pas un pilote. Ducati semble récupérer deux prétendants.

Enfin, au milieu de ce week-end marqué par la victoire de Marquez et les turbulences autour de Bezzecchi, Tardozzi a livré sur GPOne un commentaire révélateur sur le leader du championnat suspendu à Brno. « La seule chose que je peux dire à propos de Bezzecchi, c’est que c’est quelqu’un de bien. Je le connais. Ce genre de choses peut arriver, mais Bezzecchi est une bonne personne, et je ne pense pas que cela se reproduira de toute sa vie. »

Une phrase élégante. Mais qui ne change rien au constat général. À Brno, Marco Bezzecchi a perdu des points. Aprilia a perdu de la sérénité. Et Marc Marquez a gagné bien davantage qu’une course. Il a gagné quelque chose de beaucoup plus précieux. La peur chez ses adversaires.

Car si Ducati dit vrai, si Marc Marquez n’est réellement qu’à 80 ou 85 % de ses capacités physiques actuelles, alors les quarante points qui le séparent encore de Bezzecchi ressemblent soudain beaucoup moins à un retard qu’à un simple délai.

 

Tous les articles sur les Pilotes : Marc Marquez

Tous les articles sur les Teams : Ducati Team