Après avoir parlé de la signature d’Alex Marquez chez KTM, penchons-nous désormais sur celle de son coéquipier, j’ai nommé, Fabio Di Giannantonio. J’ai été assez surpris de le voir quitter la famille VR46, car elle a relancé sa carrière, mais après réflexion, cette décision fait tout à fait sens. Explications.
Di Giannantonio, une dynamique différente d’Alex Marquez
J’ai révélé être assez inquiet pour Alex Marquez dans le papier qui lui était dédié, notamment à cause des incertitudes qui planent autour du projet KTM. Pourtant, je le suis un peu moins pour « Diggia ». Pas qu’il soit plus fort (je l’imagine au niveau d’Alex Marquez, et peut-être un peu en dessous), mais disons que son parcours n’est pas le même.

À chaque fois qu’on évoque son cas, il ne faut pas oublier qu’il était à deux Grands Prix de quitter définitivement la catégorie fin 2023. Après deux saisons moyennes où il ne s’était jamais illustré en course avec Gresini, il a marqué dans les prolongations avec plusieurs performances ahurissantes à la suite, qui ont mené jusqu’à l’exceptionnelle victoire au Qatar en fin de saison. Ensuite, il a été repris par VR46, et fait aujourd’hui les belles heures de la formation italienne avec cette formidable saison 2026. Nous en sommes à la moitié de l’exercice, et il ne pointe qu’à 24 points du leader Jorge Martin, s’est imposé le dimanche, et monte régulièrement sur la boîte.
Du coup, je vois en lui un homme en sursis, constamment. Alex Marquez, lui, a déjà été pilote d’usine pour le HRC, le tout aux côtés de Marc Marquez, et a déjà été champion du monde à deux reprises. « Diggia » arrive avec moins de bagages, et c’est pour cette raison que j’en attends moins tout court. De plus, je trouve qu’il n’a pas encore atteint son plein potentiel, un peu comme Alex Marquez avant la saison 2025. Cette signature chez KTM lui permet donc de réaliser son rêve de devenir pilote d’usine, de prendre un gros chèque au passage, et de relancer une dynamique en tant qu’outsider aux côtés d’un pilote que tout le monde pense meilleur – à raison –.
Oui, ce n’est pas le guidon officiel Ducati ou Aprilia. Mais c’est une offre très respectable pour un élément de la grille qui n’a encore jamais été considéré comme l’un des meilleurs du monde, contrairement aux Bastianini, Acosta, Bagnaia ou Ogura actuellement. Il fallait la prendre, « Diggia » a fait le bon choix. Et si jamais le package n’est pas à la hauteur, alors je suis sûr qu’il pourra quand même s’illustrer quelques fois, juste ce qu’il faut pour retrouver une place en tant que satellite fin 2028. La performance de la KTM, venons-en.
Une interrogation majeure
Voici ce que je prévoyais pour la KTM dans l’article dédié à Alex Marquez : « j’ai l’impression que KTM va figurer en dernière position au classement constructeur 2027. Je ne peux pas l’expliquer de manière certaine, mais plusieurs éléments poussent ma réflexion en ce sens.
Premièrement, KTM n’est déjà pas au top actuellement. Si l’on enlève Pedro Acosta de l’équation, les Autrichiens seraient au niveau des Japonais. D’ailleurs, même avec le crack espagnol, ils sont largement décrochés par Aprilia et Ducati, et pas si loin devant Honda. Au regard de l’histoire, la probabilité qu’un constructeur passe des positions les moins prestigieuses aux meilleures n’est pas nulle, mais, en règle générale, ceux qui gagnaient avant gagnent après. Vous pouvez étudier attentivement tous les changements de réglementation en Formule 1, par exemple, et constater que les surprises sont assez rares, même si elles existent marginalement. La hiérarchie du temps long n’est que rarement bousculée.

Deuxièmement, côté pilotes, Mattighofen s’affaiblit et ne se renforce pas. Pour 2027, on nous vend des machines sur lesquelles les pilotes pourront faire la différence, sur lesquelles ils auront un plus grand impact sur la performance. Le truc, c’est que ni Di Giannantonio ni Alex Marquez ne me paraissent aussi forts qu’Acosta. Pendant ce temps-là, Yamaha récupère Jorge Martin et Ai Ogura, tandis que Honda va aligner, a priori, un duo David Alonso/Fabio Quartararo. Comparé à Mir/Marini et à Quartararo/Rins, je crois que les deux autres équipes mentionnées se renforcent.
Troisièmement, et c’est le plus important : KTM ne m’inspire pas confiance depuis les problèmes financiers de la fin 2024. À l’époque, on avait bien cru que c’en était fini de la marque orange en MotoGP. Bon, ils sont restés, aussi grâce à l’investissement de Bajaj, mais arrivez-vous à imaginer certainement le futur de notre sport avec eux ? Personnellement, j’ai du mal, j’ai toujours l’impression que si une marque doit quitter le Continental Circus, ça sera KTM, avant les Japonais. Et ces ennuis ont directement affecté le département course ; Beirer disait que les pilotes avaient parfois besoin d’être rassurés, tandis qu’Acosta s’est beaucoup plaint, en 2025, de la stagnation de l’entreprise – ce qui précipite sans doute son départ. Là où il y a des pistes d’espoir et une vraie volonté d’avancer chez Yamaha et Honda (avec l’initiative du V4 pour les bleus et la nomination d’Albesiano chez Honda, par exemple), KTM régresse, en réalité, depuis 2023 et peut-être depuis 2020/2021, où ils étaient beaucoup plus proches de la tête. »
Conclusion
Alex Marquez aurait raison de vouloir marquer l’histoire chez KTM. Di Giannantonio, plus outsider que ça dans l’esprit, car moins attendu, aura sans doute moins de pression. Je trouve que l’Italien joue tout simplement moins gros que son futur coéquipier, et ça rend la signature beaucoup plus intéressante pour lui de mon point de vue. Hormis une déroute complète type Miller 2023, je peine à imaginer un scénario où ça serait très décevant, mais j’ai autant de mal à le voir réussir. Dans son cas, ce n’est pas si mal compte tenu du contexte.
Partagez-vous mon avis concernant Fabio Di Giannantonio ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport









