Ça y est. Après des mois d’attente, Nicolo Bulega a été annoncé en MotoGP l’année prochaine, aux côtés de Fermin Aldeguer chez Ducati VR46. Analyse d’une signature qui m’attriste.
Nicolo Bulega en MotoGP, un passage mérité ?
J’ai déjà consacré de nombreux articles sur le niveau de Bulega – retrouvez-en un en cliquant ici. Aujourd’hui, je voulais davantage me livrer sur la pertinence de sa signature, et mettre son cas en face d’un autre : celui de Manuel Gonzalez, qui, de toute évidence, n’ira pas en MotoGP. Pour moi, on frôle le scandale.

Ducati a donc choisi Nicolo Bulega, et, effectivement, la marque a de bons arguments. D’abord, Bulega connaît les pneus Pirelli. Ensuite, il développe la 850cc 2027 depuis le début avec Michele Pirro. Et, enfin, il écrase tout en Superbike. À l’heure où j’écris ces lignes, il a remporté toutes les courses cette saison, sauf une à Donington. Si l’on exclut le cas Gonzalez, sa signature n’est pas impertinente, loin de là. Mais le fait que Manuel existe fait de cette promotion une injustice pure et simple, je ne mâche pas mes mots.
Gonzalez va donc rester où il est alors que le deuxième, le troisième, le cinquième et le sixième du classement Moto2 vont monter. Et maintenant, c’est Bulega qui lui passe également devant. Mais que pouvait-il faire de plus ? Gonzalez a une carrière quasi parfaite jusqu’à maintenant. Il est champion d’European Talent Cup 2017, champion du monde Supersport 300 2019, troisième du Championnat du monde Supersport 2021 en manquant une course pour blessure, le tout dans sa première année, troisième du championnat Moto2 2024 pour sa troisième saison en Grands Prix, puis vice-champion du monde 2025, et il mène actuellement le général dans une équipe performante, certes, mais pas réputée comme Italtrans, Ajo, ou Aspar. Que voulez-vous que je vous dise ?
D’un autre côté, Nicolo Bulega a échoué en Moto3, puis en Moto2 (26e en 2021), a remporté le titre mondial Supersport dans sa deuxième année sur une Ducati Panigale V2 préparée aux petits oignons, puis est monté en Superbike dans l’une des meilleures formations, Aruba.it Ducati, sur l’une des motos les plus dominantes de tous les temps – à Magny-Cours, il y a quelques jours, six Ducati figuraient aux six premières places lors de la course dominicale. Et, cette année, il écrase tout, c’est vrai, mais face à d’autres pilotes qui n’ont pas brillé en Grands Prix ou qui étaient trop vieux. Eux aussi, durent trouver une porte de sortie : Iker Lecuona, Sam Lowes, Lorenzo Baldassarri et j’en passe. Et, encore, il domine outrageusement, mais ce n’était pas le cas en 2024 et 2025, où il fut battu par Toprak Razgatlioglu, qui exploitait une BMW a priori moins performante.
Donc, non, d’après moi, le passage de Nicolo Bulega n’aurait pas dû se faire au détriment de Manuel Gonzalez.
L’argument des Pirelli est fallacieux
Beaucoup de défenseurs de Bulega – car il y en a – avancent souvent un argument fallacieux : la connaissance des pneus Pirelli. Vu que les pilotes Superbike utilisent les gommes italiennes depuis très longtemps, alors ils devraient bénéficier d’un avantage certain l’année prochaine. Cette raison avait d’ailleurs été invoquée par Yamaha pour justifier la signature de Toprak. Sauf que ça ne tient pas dans le cadre de la comparaison avec Gonzalez, car les pilotes Moto2 utilisent aussi les Pirelli depuis 2024 !
Pol Espargaro et Lorenzo Savadori ont d’ailleurs affirmé que les rookies venus du Moto2 auraient de grandes chances de s’imposer tout de suite, aussi, car la cylindrée est plus proche (1000cc en MotoGP/Superbike contre 765cc en Moto2 actuellement). Tech3, Gresini Ducati, Pramac Racing et Honda miseront d’ailleurs sur des pilotes Moto2. Mais, Gonzalez, lui, n’y a pas droit.
La question du passeport, un problème insignifiant ?

Incrédule, le clan Gonzalez avait un temps évoqué la nationalité comme raison de sa stagnation. En effet, lorsque Diogo Moreira lui avait été préféré alors qu’il était moins bien classé, Gonzalez l’avait eue très mauvaise et avait laissé parler sa frustration. Il affirmait qu’il était plus difficile de monter en étant espagnol, car le pays était déjà surreprésenté au plus haut niveau. Depuis, beaucoup de pilotes ont pris la parole à ce sujet. Mais cette question de passeport n’est qu’un écran de fumée, ça ne veut rien dire. Alonso (né à Madrid), Holgado et Guevara sont Espagnols, et Bulega italien, soit des nationalités déjà abondantes en MotoGP.
La réalité, et peut-être qu’il ne veut pas l’admettre publiquement, est la suivante : Gonzalez n’est pas passé en MotoGP, car il n’est pas au bon endroit et ne côtoie pas les bonnes personnes. C’est pareil en Grands Prix que dans nos vies professionnelles respectives : la position et les connexions sont plus importantes que le talent et les résultats. Gagner ne suffit pas. Je sais que l’histoire de l’humanité est jonchée de cas de ce genre, mais voir un pilote si méritant laissé sur la touche me fait toujours quelque chose.
Conclusion
D’après moi, les équipes MotoGP ont fait une grosse erreur en laissant ce pilote sur le carreau, et Ducati encore plus en recrutant Nicolo Bulega. Gonzalez peut tout à fait vivre ça comme une humiliation, car voir autant de pilotes factuellement moins forts à l’instant T lui passer devant, ça à de quoi le mettre en rogne. L’année dernière, nous avions eu droit à quelques déclarations amères, mais légitimes de lui-même, comme de son manager Edoardo Rovellin.
Il n’y a plus qu’à se servir de cette rage, essayer de se trouver une place en Moto2 chez une équipe qui peut faciliter l’accession (Gresini, par exemple), et prier. J’espère personnellement qu’il remportera ce titre Moto2 ainsi que le suivant, pour mettre les équipes MotoGP devant leur échec.
Que pensez-vous de la promotion de Nicolo Bulega en MotoGP et du cas Manuel Gonzalez ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Instagram Ducati VR46





























