Un an après le rachat de Dorna Sports par Liberty Media, les premiers bilans commencent à émerger dans le paddock. Si la plupart des acteurs saluent la stabilité apportée par le nouveau propriétaire du MotoGP, certains estiment que le championnat doit désormais accélérer sa transformation. C’est le cas de Paolo Campinoti, patron de Prima Pramac Yamaha, qui appelle à une évolution plus ambitieuse du modèle économique.
Pour l’Italien, le MotoGP ne pourra franchir un nouveau cap qu’en cessant de raisonner principalement en termes d’économies pour se concentrer sur une question essentielle : comment générer davantage de revenus ?
Invité du podcast d’Andrea Migno, Campinoti a livré une analyse sans détour de la première année de Liberty Media à la tête du championnat. S’il se dit globalement satisfait, il estime que le rythme des évolutions reste trop lent. « Oui, je suis satisfait, même si certaines choses devraient aller plus vite. »
Pour lui, deux leviers existent dans toute entreprise : réduire les coûts ou augmenter les recettes. Et sur ce point, son opinion est tranchée. « Le véritable changement intervient lorsque les revenus augmentent. » Autrement dit, réduire les dépenses peut améliorer temporairement les comptes, mais ne transforme pas durablement un championnat.
Campinoti assume une vision plus offensive. Selon lui, le MotoGP doit pleinement accepter son statut d’industrie du spectacle afin de séduire davantage de partenaires commerciaux et de nouveaux publics. « Soit vous acceptez d’être une entreprise de divertissement, soit vous continuez comme avant. »
Pour le dirigeant italien, chercher uniquement à économiser quelques milliers d’euros sur la logistique ne permettra jamais de changer d’échelle. Le véritable défi consiste à rendre le championnat plus attractif pour les sponsors, les diffuseurs et les organisateurs.
Pour illustrer son propos, Paolo Campinoti évoque indirectement le Grand Prix disputé à Balaton Park.
Malgré son arrivée récente au calendrier, l’épreuve hongroise n’a pas rencontré le succès populaire espéré.
Avec un peu plus de 80 000 spectateurs cumulés sur l’ensemble du week-end lors de sa première édition, elle figure parmi les plus faibles affluences de la saison. Pour les équipes, un tel rendez-vous génère peu de retombées économiques et interroge sur la pertinence de certains choix géographiques.
À ses yeux, le MotoGP doit privilégier les marchés capables de soutenir durablement sa croissance. C’est précisément dans cette optique que Campinoti plaide pour un retour offensif en Asie. Son premier choix est sans hésitation l’Inde. « Je courrais sans hésiter en Inde, car c’est un marché énorme. »
Le MotoGP n’y avait disputé qu’une seule édition, en 2023, avant que des difficultés logistiques et administratives ne conduisent à la disparition du Grand Prix. Campinoti garde pourtant un souvenir très positif de cette expérience. Selon lui, l’engouement du public était réel et les tribunes affichaient complet.
Au-delà de l’Inde, il cite également la Chine, l’Indonésie et la Malaisie comme des marchés offrant un potentiel de développement considérable.
Paolo Campinoti : « Un billet à 15 000 euros n’est ni juste ni envisageable, mais se positionner un peu plus haut qu’actuellement, c’est tout à fait possible »
Autre point intéressant de son analyse : sa perception de la Formule 1. Loin d’y voir une concurrence directe, Campinoti considère que Liberty Media a progressivement repositionné la discipline automobile sur un segment beaucoup plus haut de gamme.
Campinoti ne perçoit pas comme une concurrente, mais comme une alliée qui a ouvert des espaces : « La Formule 1 vise désormais un public différent du nôtre ; elle a pris une place prépondérante, ce qui nous offre un espace considérable pour nous positionner plus largement. »
Il prend l’exemple des prix pour illustrer cette nouvelle donne : un billet pour le paddock club de F1 coûte 15.000 €, et même à ce prix, le marché noir est florissant.
Il ne s’agit pas pour le MotoGP de viser de tels tarifs, mais de profiter de ce positionnement : « Atteindre ce niveau n’est ni juste ni envisageable, mais se positionner un peu plus haut, c’est tout à fait possible. »
Les tarifs pratiqués dans certains espaces VIP, comme le Paddock Club, atteignent désormais plusieurs dizaines de milliers d’euros, créant un produit de luxe assumé. Pour le patron de Pramac, le MotoGP n’a ni vocation ni intérêt à reproduire exactement ce modèle.
En revanche, il estime qu’il existe une marge importante pour revaloriser progressivement l’expérience offerte aux spectateurs et aux partenaires, sans perdre l’accessibilité qui fait l’identité du championnat.
Campinoti se montre également favorable au développement de courses urbaines, à condition que les exigences de sécurité soient pleinement respectées. Selon lui, Liberty Media et Dorna réfléchissent déjà à cette possibilité. Il ne voit aucun obstacle de principe à l’organisation de nouveaux rendez-vous en centre-ville si les infrastructures répondent aux standards imposés par le MotoGP. Une évolution qui rapprocherait encore davantage la discipline de certaines stratégies déjà mises en œuvre en Formule 1.
Les déclarations de Paolo Campinoti traduisent finalement un débat plus large sur l’avenir économique du MotoGP. Depuis son rachat pour environ 4,2 milliards d’euros, Liberty Media dispose d’une formidable opportunité : transformer une discipline sportive extrêmement populaire auprès des passionnés en un produit capable de séduire un public beaucoup plus large.
Pour le patron de Pramac, cette transformation passera moins par la chasse aux économies que par une stratégie d’expansion internationale, de nouveaux marchés et une valorisation accrue du spectacle.
En filigrane, son message est clair : le MotoGP possède encore un important potentiel commercial, mais il devra oser sortir de ses habitudes s’il veut changer de dimension. Liberty Media a réussi à révolutionner la Formule 1. Reste désormais à démontrer qu’elle peut accomplir la même révolution sur deux roues.










