Lewis Hamilton n’a jamais signé chez Ferrari pour admirer les murs rouges de Maranello et apprendre gentiment l’italien entre deux séances de simulateur. À 41 ans, sept titres mondiaux dans la valise et plus de vingt ans de Formule 1 derrière lui, le Britannique est arrivé avec ses méthodes, ses exigences et une idée assez précise de ce qu’est censée être une équipe capable de gagner un championnat.

Hamilton : le rouge vire au bras de fer
Pendant un temps, Fred Vasseur lui a largement ouvert la porte. Mais à force de déplacer les meubles, une question commence sérieusement à se poser : qui décide réellement de l’aménagement chez Ferrari ?
Selon le Corriere della Sera, Hamilton aurait récemment demandé des changements concernant plusieurs figures clés des opérations en piste. Le quotidien italien ajoute que sa relation avec Vasseur ne serait plus aussi fluide qu’auparavant. À ce stade, il s’agit bien d’informations de paddock et non d’une annonce officielle de Ferrari.
Autrement dit : pas encore de guerre civile à Maranello. Mais on commence à entendre les portes claquer.
Hamilton n’est plus seulement venu conduire
Le phénomène ne date d’ailleurs pas de cette semaine. Depuis son arrivée, Hamilton a déjà pesé sur plusieurs choix internes. Après une saison 2025 compliquée, Ferrari a changé son environnement technique. Riccardo Adami a quitté son poste d’ingénieur de course du Britannique et Carlo Santi a pris le relais. Hamilton a également poussé pour une évolution du système de freinage et pour une culture technique davantage tournée vers l’innovation. Vasseur reconnaissait encore fin août que son pilote avait sérieusement « secoué le système »… tout en précisant que Ferrari n’avait pas accepté l’intégralité de sa liste de souhaits.
Et c’est là que l’histoire devient des plus intéressantes.
Hamilton a été recruté notamment pour apporter l’expérience accumulée pendant douze saisons chez Mercedes. Ferrari voulait ses connaissances, ses standards et sa culture de la victoire.
Elle les a eus. Peut-être même avec le service après-vente.
Car selon AutoRacer, Hamilton souhaiterait désormais aller plus loin et devenir davantage qu’une référence technique : le point autour duquel l’équipe s’organise. Le média italien évoquait déjà après Monza le risque de voir le poids sportif et médiatique du septuple champion devenir difficile à gérer. Chez Mercedes, Lewis connaissait la maison par cœur. Chez Ferrari, il semble progressivement vouloir refaire la cuisine.
Vasseur : deux numéros 1… et un seul patron
Le problème tient en deux mots : Charles Leclerc.
Hamilton aimerait naturellement que Ferrari maximise ses chances, surtout lorsqu’il demeure le mieux placé des deux pilotes au championnat. Vasseur, lui, refuse jusqu’ici de transformer Leclerc en fidèle lieutenant chargé de porter les bouteilles.
Sa position est limpide : Ferrari a recruté deux pilotes numéro 1. Et le Français a même précisé que Hamilton connaissait cette philosophie en arrivant, puisqu’elle figure selon lui dans son contrat. Plus intéressant encore, Vasseur a rappelé qui tranche lorsque les intérêts des pilotes divergent :
« Ensuite, c’est moi qui gère tout. »
Difficile de rédiger une fiche de poste plus courte.
Quelques jours auparavant, Hamilton avait pourtant publiquement regretté l’absence chez Ferrari d’un règlement écrit comparable à celui qu’il avait connu chez Mercedes pour encadrer les batailles entre équipiers. La remarque arrivait après son accrochage avec Leclerc à Monza, lorsque le Monégasque l’avait envoyé dans les graviers au deuxième virage.
Vasseur a répondu sans vraiment répondre : oui aux règles, non au manuel de 300 pages, et surtout non à la remise en cause permanente de son autorité.
En clair : Lewis peut proposer le menu. Fred entend encore choisir le restaurant.
Madrid n’a rien arrangé
Le Grand Prix d’Espagne n’a pas exactement servi de thérapie de groupe. Hamilton a abandonné très tôt après un problème de freinage, tandis que Leclerc a terminé quatrième. Ferrari enchaîne désormais quatre courses sans podium et, depuis Budapest, le Corriere calcule que la Scuderia n’a récolté que 73 points, soit moins de la moitié du total de Mercedes sur cette période.
Même épisode révélateur pendant les essais libres : après la sortie de piste de Hamilton, son ingénieur Carlo Santi lui aurait demandé à plusieurs reprises d’immobiliser la voiture. Le Britannique souhaitait continuer jusqu’aux stands. Selon un récit rapporté après Madrid, Vasseur aurait finalement dû intervenir directement à la radio pour lui ordonner de s’arrêter.
Pris isolément, l’incident est presque anecdotique. Mis à côté du reste, il devient nettement plus intéressant. Un pilote qui souhaite décider quand sa voiture doit s’arrêter, qui réclame davantage d’organisation autour de sa candidature au titre, qui a déjà obtenu des modifications techniques et qui demanderait désormais des changements parmi le personnel en piste…
À un moment, il faut effectivement regarder l’organigramme.
Ferrari voulait un leader, pas forcément un deuxième directeur
Attention toutefois à ne pas transformer chaque discussion de Maranello en épisode de Game of Thrones. Vasseur a explicitement rejeté l’idée d’une crise interne et affirme avoir eu de bonnes réunions avec Hamilton et Leclerc après Monza. Il a également rappelé aux deux pilotes qu’ils avaient, eux aussi, la responsabilité de protéger l’équipe publiquement.
Hamilton apporte énormément à Ferrari. Son influence technique est réelle, son expérience d’une structure championne du monde est précieuse et son exigence peut précisément bousculer les habitudes d’une Scuderia qui cherche son premier titre pilotes depuis 2007. Mais l’exigence possède une frontière assez simple.
Améliorer l’équipe n’est pas la diriger.
Et c’est probablement là que Vasseur devra se montrer le plus clair. Parce que Ferrari peut parfaitement écouter Lewis Hamilton, modifier ses procédures, changer ses ingénieurs et bénéficier de ses vingt années d’expérience sans lui remettre en prime les clés du bureau du team principal.
Hamilton demande : « Pourquoi ne fait-on pas comme ça ? »
Vasseur doit pouvoir répondre : « Parce que j’ai décidé autrement. »
Sinon, à Maranello, la prochaine modification à prévoir ne concernera peut-être ni les ingénieurs ni les freins. Il faudra simplement commander une deuxième plaque “Team Principal” pour la porte.

























