Moto GP WSBK
Publié le 2 août 2026 • 12:30 par Corsedimoto

Analyse Superbike 2027 : la route vers l’avenir fait sourire, moins par moins fera-t-il plus ?

Analyse des direction prises par le championnat du monde Superbike à partir de 2027, par l'expert de la discipline, Paolo Gozzi.

Le Championnat du monde WorldSBK a publié sa feuille de route pour les années à venir à partir de 2027 et, après les directions annoncées, voici l’analyse de Paolo Gozzi, patron de notre partenaire italien Corsedimoto.com et expert du Superbike depuis des décennies…


La perspective de la Superbike jusqu’en 2030 semble avoir été écrite selon la règle des signes : multiplier deux nombres négatifs donnera-t-il un résultat positif ? Plaisanterie mise à part, on atteint l’incroyable : l’avenir repart en mélangeant les deux procédures réglementaires qui n’ont pas fonctionné ces dernières années : le limiteur de régime moteur et le contrôle du débit de carburant.

Par Paolo Gozzi / Corsedimoto.com

Vous avez pu lire ici ce qui a été publié par la Fédération Internationale de Motocyclisme et le promoteur MSEG, l’ancienne Dorna désormais détenue en majorité (très largement) par Liberty Media. Le problème à résoudre était (et reste, puisqu’il reste quatre manches à disputer) la suprématie technique de la Ducati Panigale V4 R. Une domination sans partage : les pilotes officiels ont remporté les 24 courses (23 fois Nicolò Bulega, une fois Iker Lecuona), mais les équipes satellites ont elles aussi presque toujours écrasé la concurrence de Bimota, Kawasaki, BMW, Yamaha et Honda. Un désastre, puisque le règlement technique actuel est censé générer un équilibre afin que, qu’on l’apprécie ou non, tout le monde puisse gagner de temps en temps. Il fallait intervenir de manière radicale. Et qu’ont-ils inventé ?

Tout cela pour rien Analyse Superbike 2027

Ces dernières années, pour équilibrer les performances, on a d’abord misé sur le contrôle du régime maximal des moteurs. Cela consistait à fixer administrativement un plafond, en retirant 250 tr/min à chaque fois qu’un constructeur bénéficiait d’un avantage trop important. Cette procédure a été supprimée fin 2025, car elle s’est révélée totalement inefficace : en 2022-2023, Ducati a écrasé la concurrence avec Álvaro Bautista, au point qu’on lui a ensuite imposé environ 6 kilos de lest, à lui seul.
Au cours des deux saisons suivantes (2024-2025), BMW a dominé avec Toprak Razgatlioglu tout en se battant à armes égales avec la Ducati de Nicolò Bulega. Le problème est que, presque à chaque fois, les deux hommes arrivaient à l’arrivée avec 15 ou 16 secondes d’avance. On réduisait le régime moteur… et rien ne changeait.
Avec même des situations presque comiques : Ducati continuait à gagner en Superbike avec un moteur tournant moins vite que celui de la version de série !
C’est pourquoi, à partir de 2025, on a inventé le débitmètre. Autrement dit, la possibilité de réduire la quantité d’essence des motos les plus rapides. Mais cela s’est révélé encore pire. À force de réductions, on est arrivé à la limite : depuis deux manches, Ducati est limitée à 44,5 kg/h, et il n’est plus possible de descendre davantage, tandis que Yamaha et Honda, les constructeurs les plus en difficulté, sont à 46,5 kg/h. Verdict : ce mode d’équilibrage des performances est lui aussi un échec.

La solution la plus grotesque Analyse Superbike 2027

Au lieu de repenser complètement le système, à partir de 2027 on adoptera le double standard, en appliquant les deux règles qui n’ont pas fonctionné.
Pour le régime moteur, on partira d’une valeur de référence indiquée par chaque constructeur, mais il n’est pas précisé à partir de quel paramètre : la valeur de fin de saison 2026 ? Le régime de la moto de série ? En cas de besoin, des réductions de 500 tr/min seront imposées d’un seul coup.
En parallèle, le débitmètre restera en vigueur.
L’espoir est que la combinaison des deux procédures produise enfin l’effet recherché : limiter le potentiel de la Ducati Panigale et permettre à la concurrence de revenir. Une concurrence qui part avec un handicap, puisqu’elle utilise des modèles technologiquement moins poussés que la Ducati, ce qui explique également que leurs versions de série coûtent beaucoup moins cher. Le règlement technique actuel étant très peu permissif, il est logique que la piste reflète, plus ou moins, le potentiel de la machine d’origine.

Mais cela fonctionnera-t-il ?

En jouant sur plusieurs paramètres, il est possible qu’au final l’équilibre soit trouvé. Autrement dit, de deux mauvaises règles pourrait naître la « bonne » solution.
Mais ce n’est pas là le véritable problème. L’impression est que la Superbike actuelle tourne en rond, faute de stratégie et de choix audacieux capables de redonner un nouvel élan à un championnat en difficulté.
Le choix de cumuler limiteur de régime et débitmètre semble davantage motivé par la volonté de ne pas remettre en cause le travail des techniciens de la FIM, qui ont imaginé et imposé ces règles, avant de constater que les constructeurs avaient déjà trouvé les moyens de les rendre totalement inefficaces.

Que faudrait-il faire ? Analyse Superbike 2027

La mesure fondamentale serait l’adoption d’un calculateur électronique unique, comme c’est déjà le cas en MotoGP depuis 2015 ainsi que dans tous les autres championnats Superbike organisés dans le monde.
Une électronique unique permettrait d’équilibrer facilement les performances en agissant sur le régime moteur et/ou sur l’ouverture des papillons des gaz, exactement comme la FIM et MSEG le font avec succès en World Supersport.
Il s’agit certes d’un Balance of Performance très artificiel, mais au moins il fonctionne : cette année, les courses sont spectaculaires, les vainqueurs sont nombreux et les écarts extrêmement réduits.
Sans calculateur unique, cette procédure ne peut tout simplement pas être mise en œuvre.
Et pourquoi ne pas l’adopter aussi en Superbike ?
La réponse est simple : parce que la dernière décision sur les règlements techniques appartient à la MSMA, l’association des constructeurs, et que toutes les décisions doivent être prises à l’unanimité.
Ducati, Honda et Yamaha utilisent déjà un calculateur unique en MotoGP et y sont donc favorables. Kawasaki et Bimota le seraient également.
Le veto vient de BMW, qui souhaite continuer à utiliser sa propre électronique.
Les Allemands font donc passer leur intérêt particulier avant l’intérêt général de l’ensemble du championnat.

Le 1200 cm³ arrive… mais il faudra patienter

Une décision, en revanche, paraît très pertinente : le passage à 1 200 cm³.
Cela permettra l’arrivée de nouveaux constructeurs, comme Aprilia, mais surtout donnera aux marques déjà présentes la possibilité de concevoir de nouveaux moteurs en augmentant leur cylindrée, afin de répondre aux évolutions du marché des hypersportives de série.
Nous sommes en 2026 : d’ici 2030, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts.
Fixer une échéance aussi lointaine est, une fois encore, la conséquence de choix dictés par les intérêts des constructeurs, plutôt que par la volonté d’assurer le succès et l’avenir du Championnat du monde Superbike.

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Paolo Gozzi