Le discours officiel de Ducati après Silverstone était rassurant. Gigi Dall’Igna parlait d’un week-end difficile sur un circuit historiquement compliqué pour les Desmosedici, mais assurait qu’il n’y avait « rien de particulièrement inquiétant ». Ducati vient pourtant de publier son traditionnel épisode « INSIDE ». Et les conversations captées dans le garage donnent une image beaucoup plus nuancée du Grand Prix de Grande-Bretagne.
Problèmes de pneus, manque d’adhérence, difficultés de la GP26 dans certaines portions du circuit, condition physique de Pecco Bagnaia après son opération : beaucoup de choses apparaissent. Mais une phrase retient surtout l’attention.
Après avoir terminé septième dimanche, Marc Marquez revient dans son box et reconnaît : « Le pneu était meilleur aujourd’hui. Physiquement, je n’étais pas là. » Une confession particulièrement intéressante après plusieurs semaines durant lesquelles le champion du monde s’est efforcé de minimiser l’impact de son épaule sur ses performances.
Marc Marquez et Pecco Bagnaia parlent blessures dès le vendredi
L’un des intérêts de la série INSIDE de Ducati est précisément de montrer certaines conversations qui n’étaient pas destinées à constituer le discours médiatique principal du week-end. Dès vendredi, Bagnaia et Marquez échangent sur leurs sensations. Lorsque la discussion arrive sur les limitations physiques, Pecco fait cette remarque à son coéquipier : « Quand on a mal aux jambes, c’est plus facile. Quand on a mal aux épaules, les détails nous limitent toujours. »
Une phrase qui prend une dimension particulière lorsqu’on connaît la situation de Marquez. Le champion en titre traîne toujours les conséquences de sa blessure à l’épaule et de l’intervention chirurgicale qui a suivi. Officiellement, le discours est depuis plusieurs mois extrêmement prudent : Marc assure généralement qu’il peut piloter et refuse de faire de sa condition physique une excuse. Mais à Silverstone, certaines limites deviennent manifestement impossibles à masquer.
Marc Marquez fournit d’ailleurs un autre indice lorsqu’il analyse son pilotage. « Dans certaines portions, je suis très rapide ». Puis vient cette observation : « Dans celles où j’étais performant l’an dernier, je suis un peu plus lent, et on sait pourquoi. »
« On sait pourquoi » … Marc ne développe pas. Mais cette formulation est suffisamment inhabituelle pour attirer l’attention. Silverstone exige énormément du haut du corps avec ses longues courbes rapides et surtout ses changements de direction. Ce sont précisément les situations dans lesquelles une épaule diminuée peut devenir particulièrement pénalisante.
Et le commentaire de Bagnaia quelques instants auparavant prend alors tout son sens.
Cela rejoint surtout les informations qui circulaient déjà dans le paddock britannique. Simon Patterson, journaliste de The Race, expliquait avoir discuté avec plusieurs personnes proches de Marquez et en tirait une conclusion particulièrement brutale : « Marc est en difficulté. Marc nous ment constamment. C’est désormais établi. Marc nous ment systématiquement sur son état de santé. »
Le terme « ment » est évidemment violent. Il faut plutôt comprendre que Marquez minimise systématiquement son état physique. Et c’est d’ailleurs historiquement l’une de ses caractéristiques : Marc Marquez préfère presque toujours chercher les raisons d’une contre-performance dans son pilotage ou dans la moto plutôt que dans son corps.
Le problème est qu’à Silverstone, l’usine Ducati elle-même fournit désormais des images et des paroles permettant de compléter le puzzle. Et surtout cette confession :« Physiquement, je n’étais pas là. » Difficile d’être beaucoup plus clair.

Le samedi, Marc Marquez pense d’abord aux pneus
Il serait néanmoins excessif d’expliquer tout son week-end par son épaule. Le Sprint montre qu’un autre problème existait. Marquez termine neuvième et revient au box particulièrement perplexe : « C’était impossible de rouler. C’était comme rouler avec des pneus pluie, je n’avais jamais ressenti ça. »
Il cherche alors une explication du côté des Michelin. Fabio Di Giannantonio semble avoir rencontré des difficultés similaires. Alex Marquez constitue en revanche l’exception parmi les pilotes Ducati. Cette différence est à relever. Si toutes les GP26 avaient souffert exactement de la même manière, Ducati aurait pu conclure à un problème intrinsèque de la moto. Or Alex parvient à exploiter davantage son package.
La situation apparaît donc beaucoup plus complexe : interaction entre la GP26, les pneus, les réglages, le style de pilotage et, dans le cas de Marc, sa condition physique.
Dimanche change le diagnostic
Le samedi, le pneu constitue une explication majeure. Le dimanche : « Le pneu était meilleur aujourd’hui. » Le problème pneumatique n’a donc pas disparu, mais il n’explique plus tout. Et Marc enchaîne immédiatement : « Physiquement, je n’étais pas là. » Il indique également avoir perdu l’avant dans les virages 1 et 9 par rapport aux essais.
Autrement dit, même lorsque la situation pneumatique s’améliore, le champion du monde reste incapable d’exploiter totalement sa Ducati. Cela modifie sensiblement l’analyse de son week-end.
Bagnaia n’est guère mieux loti chez Ducati
Et Ducati possède un autre problème : son deuxième pilote officiel n’est lui-même pas physiquement à 100 %. Pecco Bagnaia arrive à Silverstone après son intervention chirurgicale et connaît un week-end catastrophique. Seizième sur la grille, 17e du Sprint puis chute en Grand Prix. Lorsqu’il revient au box après son abandon, son incompréhension est totale : « Je ne sais pas comment l’expliquer. Peut-être que quelqu’un a jeté quelque chose sur la piste, c’est impossible. »
Dall’Igna avait refusé d’utiliser l’état physique de Bagnaia comme excuse. Mais la situation globale de Ducati devient tout de même singulière : ses deux pilotes officiels sortent de Silverstone diminués physiquement alors qu’Aprilia vient de placer trois motos sur le podium.
C’est là que Silverstone devient beaucoup plus préoccupant. Pris isolément, le résultat britannique peut effectivement être relativisé. Silverstone n’a jamais été le terrain préféré de Marquez. Ducati savait que le tracé pouvait mettre en évidence certaines faiblesses de sa moto. Les problèmes de pneumatiques ont compliqué le week-end.
Mais lorsqu’on assemble toutes les informations, une autre image apparaît. Aprilia semble actuellement disposer de la moto la plus homogène. Jorge Martin mène le championnat. Marco Bezzecchi est revenu malgré ses propres blessures. Raul Fernandez vient de gagner. Ai Ogura possède également la vitesse nécessaire pour jouer devant.
Et Ducati doit répondre avec un Marc Marquez qui reconnaît finalement ne pas être physiquement à son niveau normal et un Bagnaia lui aussi en convalescence. Voilà pourquoi Aragon prend une importance considérable.
Aragon sera le véritable révélateur pour le couple Marc Marquez – Ducati
Silverstone pouvait être entouré en rouge dans le calendrier de Marc Marquez. Aragon, certainement pas. MotorLand est historiquement l’un de ses territoires de prédilection. Son pilotage y fonctionne, la configuration convient davantage à Ducati et Marc lui-même a annoncé qu’il fallait désormais « attaquer » sur les circuits qui arrivent.
Si Marquez redevient immédiatement capable de gagner, Silverstone pourra effectivement être classé comme la combinaison exceptionnelle d’un mauvais circuit, de problèmes de pneus et d’une condition physique encore imparfaite. Mais s’il souffre encore à Aragon, la lecture changera complètement. Car il deviendra beaucoup plus difficile d’expliquer ses difficultés par les seules caractéristiques du circuit. Et c’est peut-être finalement la principale information de cet épisode INSIDE.
Ducati voulait montrer les coulisses d’un week-end compliqué. Elle a peut-être involontairement confirmé quelque chose que Marc Marquez s’efforçait jusque-là de laisser au second plan : le champion du monde MotoGP est toujours blessé, il le ressent sur la moto et, dans certaines conditions, son corps l’empêche encore d’exploiter complètement la GP26.
À dix Grands Prix de la fin et avec Jorge Martin désormais 40 points devant lui, ce détail n’en est plus vraiment un.









