Il y a des dimanches où tout s’aligne. Et puis il y a ceux où l’on regarde le podium s’éloigner en se demandant comment on a bien pu réussir à le laisser filer. À Zandvoort, Lando Norris a choisi la première option. Lewis Hamilton et Ferrari ont expérimenté la seconde.

À Zandvoort, Norris a gagné sa course. Ferrari, elle, a surtout réussi à compliquer la sienne.
Le Britannique de McLaren a remporté un Grand Prix des Pays-Bas mouvementé, signant sa deuxième victoire consécutive après la Hongrie. Parti de la pole, dépassé par Kimi Antonelli après l’interruption provoquée par l’accident de Max Verstappen, Norris n’a pourtant jamais perdu le fil. Il a attendu, géré ses pneus, construit son retour puis repris la tête avant de s’envoler vers la victoire avec plus de onze secondes d’avance sur Antonelli.
Chez Ferrari, en revanche, le fil s’est transformé en sac de nœuds.
Hamilton avait les pneus, le rythme… et Leclerc devant lui
Lewis Hamilton avait pourtant de quoi sourire. Cinquième sur la grille derrière les deux Mercedes et Oscar Piastri, le septuple champion du monde s’est retrouvé dans une course où la stratégie pouvait lui permettre de jouer le podium. Son décalage pneumatique lui a notamment permis de revenir rapidement sur Charles Leclerc au cœur du Grand Prix. Au 42e tour, Hamilton arrive dans les échappements de son coéquipier et prévient Ferrari :
« Je suis plus rapide que Charles. Mes pneus sont meilleurs. »
Réponse du muret : message reçu.
Action du muret : beaucoup moins immédiate.
Hamilton reste derrière Leclerc alors que chaque seconde devient précieuse dans la lutte avec George Russell. Le Britannique insiste :
« On perd juste du temps ! »
Ferrari hésite, demande finalement à Leclerc de rentrer, mais le Monégasque reste encore en piste un tour supplémentaire avant de s’arrêter. Hamilton, lui, voit le chronomètre tourner. Et son niveau d’ironie monter à peu près à la même vitesse. On imagine volontiers l’ambiance du débriefing.
Ferrari avait deux voitures rapides. C’était peut-être déjà trop simple
C’est précisément là que Ferrari laisse un goût de déjà-vu. Le problème n’est pas que Leclerc ait défendu sa position. Un pilote de Formule 1 n’est pas programmé pour dérouler le tapis rouge à son équipier. Le problème est que le mur des stands disposait des informations permettant de savoir quelle voiture avait, à cet instant, le meilleur potentiel stratégique.
Hamilton avait davantage de rythme et un avantage pneumatique. Russell représentait la cible immédiate. Dans cette configuration, chaque tour derrière Leclerc réduisait la possibilité d’utiliser cet avantage.
Et Ferrari a attendu.
La Scuderia finira même par profiter d’une voiture de sécurité virtuelle pour effectuer un double arrêt, mais une partie du mal était déjà faite. Hamilton ressortira dans la bataille, attaquera Russell dans les derniers tours… sans parvenir à lui subtiliser la troisième place. Il terminera quatrième, Leclerc cinquième. Après l’arrivée, lorsqu’on lui parle d’un peu de malchance face à Russell, Hamilton recadre immédiatement l’analyse :
« On n’a pas été malchanceux. »
Son message est limpide : selon lui, le podium n’a pas disparu dans les derniers kilomètres. Il avait été compromis bien avant, lorsque Ferrari avait laissé ses deux voitures se gêner mutuellement. Voilà qui promet une réunion technique particulièrement chaleureuse à Maranello.
Pendant ce temps, Norris fait exactement l’inverse
Le contraste avec McLaren est cruel. Parce que Norris n’a pas gagné une course tranquille. Le champion du monde en titre avait certes signé la pole, mais son dimanche a été immédiatement bouleversé lorsque Max Verstappen a perdu le contrôle de sa Red Bull dès le premier tour, frappant violemment le mur dans son Grand Prix national. Le Néerlandais est heureusement sorti seul de sa monoplace, mais l’accident a provoqué un drapeau rouge et un nouveau départ.
À la reprise, Antonelli bondit et prend le commandement. Norris aurait alors pu s’agacer, forcer ses pneus ou transformer la poursuite en attaque désordonnée.
Il fait exactement l’inverse.
McLaren et son pilote allongent leur stratégie. Norris revient progressivement sur la Mercedes, reprend la tête dans le dernier tiers du Grand Prix et contrôle ensuite la fin de course. Même l’apparition tardive d’une voiture de sécurité virtuelle et le retour d’Antonelli chaussé de pneus plus frais ne suffiront pas à l’inquiéter. Résultat : 11,536 secondes d’avance à l’arrivée. Autrement dit, pendant que Ferrari discutait de savoir comment utiliser ses deux voitures, McLaren utilisait parfaitement la sienne.
Petite nuance. Grande différence.
Verstappen : le cauchemar orange dès le premier tour
Et puis il y a Max Verstappen.
Le héros local avait déjà connu un week-end compliqué en performance pure. Seulement septième sur la grille, il abordait la course avec beaucoup de travail à faire face aux McLaren, Mercedes et Ferrari. Il n’en aura finalement pas le temps.
Sur une piste encore délicate après la pluie, Verstappen perd l’arrière de sa Red Bull dans le banking, percute violemment le mur extérieur et abandonne dès le premier tour. Une roue se détache de la monoplace et les nombreux débris imposent l’interruption de la course. Verstappen confirme immédiatement par radio qu’il va bien.
Pour son public orange et pour le dernier Grand Prix des Pays-Bas prévu à Zandvoort dans un avenir proche, le scénario pouvait difficilement être plus brutal
Norris, lui, ne pouvait probablement pas rêver meilleure journée.
Alonso…sort du bois
Et enfin, il y a Fernando Alonso…
Aston Martin avait commencé Zandvoort dans la douleur. En qualifications Sprint, Alonso s’était même retrouvé dernier, plombé par un problème sur l’aileron arrière et par une AMR26 dont les évolutions n’avaient pas franchement produit l’effet espéré. L’Espagnol avait ensuite dû partir de la voie des stands lors du Sprint après des modifications apportées à sa monoplace. Bref, pas exactement le scénario annonçant une récolte de points le dimanche. Et pourtant.
Au terme d’une course où il fallait surtout rester vivant, saisir les opportunités et éviter les erreurs, Alonso ramène son Aston Martin en neuvième position, derrière Nico Hülkenberg et devant Pierre Gasly. Deux points seulement, certes, mais deux points particulièrement précieux pour une équipe qui n’en compte désormais que deux au championnat des constructeurs.
Autrement dit, quand Norris transforme une pole en victoire, Ferrari transforme une occasion de podium en explication de texte et Verstappen une fête nationale en abandon au premier tour, Alonso transforme encore une voiture récalcitrante en quelques points qu’elle ne semblait pas franchement vouloir lui donner. Ce n’est pas un podium. Ce n’est même pas un top 5.
Mais chez Aston Martin en ce moment, P9 peut presque sortir le champagne — avec modération, évidemment, il reste encore beaucoup de travail avant de faire peur aux gros bras.
Hamilton revient à hauteur de Russell au championnat
L’autre conséquence est loin d’être anodine.
Grâce à sa quatrième place, Hamilton compte désormais 183 points, exactement comme George Russell. Le pilote Mercedes conserve cependant la deuxième place du championnat grâce au départage par les victoires. Antonelli, deuxième à Zandvoort, reste solidement installé en tête avec 242 points, soit 59 longueurs d’avance.
Norris profite de sa victoire pour grimper à159 points, devant Leclerc, cinquième avec 155. Verstappen reste sixième avec 112 points.
Chez les constructeurs, Mercedes mène désormais Ferrari 425 à 338 points. Et dans ce contexte, les quelques secondes perdues entre les deux voitures rouges prennent soudain une autre saveur.
Chez Ferrari, le débriefing risque de faire plus de bruit que le V6
Hamilton n’a pas fracassé Ferrari publiquement. Il n’en avait d’ailleurs pas besoin.
Ses radios et surtout sa réaction après l’arrivée suffisent : il considère qu’une meilleure gestion du duel interne aurait pu lui offrir la troisième place. Et difficile de prétendre que le sujet est anecdotique. Ferrari place malgré tout ses deux voitures dans le top 5. Sur le papier, le résultat reste solide.
Mais lorsqu’un pilote termine quatrième à quelques encablures du podium en estimant que son propre mur des stands lui a fait perdre le temps nécessaire pour l’obtenir, la feuille de résultats ne raconte qu’une partie de l’histoire.
Zandvoort a distribué les rôles : Norris en patron, Verstappen en victime, Ferrari en spécialiste des regrets et Alonso en rescapé.
TOP 10: The points scorers at Zandvoort 👇#F1 #DutchGP pic.twitter.com/TD0T6hvqmo
— Formula 1 (@F1) August 23, 2026
One of the reason on why he’s not happy, almost a big big crash. And then, Ferrari decided to mute the radio…#F1 #DutchGP 🇳🇱 pic.twitter.com/dHvCRfiooQ
— CL16 inside 🇲🇨 (@CL16_inside) August 23, 2026









