Moto GP
Publié le 5 septembre 2026 • 08:00 par André Lecondé

MotoGP – Pourquoi Pedro Acosta est-il tellement plus rapide que les autres pilotes KTM ? Pol Espargaró explique son secret

Chez KTM, personne ne peut Acosta. Chez Ducati en 2027, ce sera passionnant de voir comment la moto s’adaptera… à lui ou à Marquez.

Pedro Acosta

Pedro Acosta a terminé deuxième du Grand Prix d’Aragon à seulement 1,754 seconde de Marc Marquez. La KTM suivante, celle d’Enea Bastianini, a franchi l’arrivée près de 24 secondes plus tard. Comment expliquer un tel écart entre des pilotes disposant de machines comparables ? Pol Espargaró pointe une particularité étonnante : Acosta exploiterait son physique d’une manière pratiquement impossible à reproduire. Et après avoir étudié ses données, Bastianini identifie une autre différence déterminante dans sa façon d’entrer en virage.

Pedro Acosta est devenu une anomalie dans la hiérarchie KTM. Il avait déjà terminé quatrième du championnat 2025, très largement devant les autres représentants de la marque. La tendance s’est poursuivie en 2026 et Aragon en a offert l’illustration la plus spectaculaire.

Acosta s’est battu avec Marc Marquez et Marco Bezzecchi avant de terminer deuxième. Derrière lui, il fallait attendre près de 24 secondes pour voir arriver la KTM de Bastianini, huitième. Brad Binder terminait encore plus loin.

Pour Pol Espargaró, qui remplaçait Maverick Viñales chez Tech3, une partie de l’explication se trouve directement dans le corps d’Acosta.

Espargaró : « Pratiquement impossible à reproduire »

L’Espagnol estime que la morphologie particulière d’Acosta lui permet d’utiliser son corps comme un véritable outil de pilotage. « Pedro a une façon d’incliner sa moto pratiquement impossible à reproduire si vous n’êtes pas Pedro. Il a un physique unique : ses bras sont très longs et il a tendance à beaucoup incliner son corps. »

Cette particularité intervient dès le freinage. « Lorsqu’il freine, il soulève beaucoup son corps et crée une sorte d’effet de voile, ce qui lui permet d’arrêter la moto avant les autres. »

Puis Acosta utilise de nouveau son corps pour aider la RC16 à tourner. « Au milieu du virage, il penche son corps très à l’extérieur, ce qui rend la moto beaucoup plus serrée dans le virage. » Une technique extrêmement exigeante physiquement. « On utilise son corps et non la maniabilité de la moto », résume Espargaró.

Surtout, elle serait tellement naturelle chez Acosta que celui-ci n’aurait probablement même pas conscience de tout ce qu’il fait.

Acosta

Bastianini a vérifié : les données confirment la différence avec Pedro Acosta

Enea Bastianini ne s’est pas contenté d’observer Acosta depuis sa moto. Après le Grand Prix, l’Italien a étudié sa télémétrie. « Il a piloté de façon exceptionnelle. J’ai analysé les données et il roulait vraiment très bien. Surtout, il a su parfaitement coordonner tous les éléments. »

Bastianini identifie particulièrement l’entrée de virage. Et l’analyse prend une dimension personnelle puisque cette phase était autrefois l’un de ses propres points forts. « À l’entrée, c’est là qu’il fait la différence, et c’est quelque chose que je n’ai pas réussi à bien faire depuis un certain temps. J’ai perdu un peu de mon avantage à l’entrée, qui était pourtant l’une de mes meilleures qualités. » Depuis son arrivée chez KTM, Bastianini cherche encore à retrouver cette sensation.

Pedro Acosta ne fait pas simplement que freiner plus tard

C’est probablement le point le plus intéressant révélé par Bastianini. Acosta possède la réputation d’être un freineur extrêmement agressif. Mais ses données montrent que sa performance ne vient pas simplement d’un freinage retardé jusqu’à l’extrême.

Bastianini explique qu’il conserve actuellement lui-même le frein très profondément dans le virage avant de passer presque directement à l’accélération. Acosta introduit une phase supplémentaire. « Lui a cette phase où il parvient à relâcher le frein et à laisser filer la moto. Il est très doué pour ça. »

Cette capacité permet à la KTM de retrouver de la liberté au moment crucial de l’entrée en courbe. La différence avec Marc Marquez devient alors intéressante. Le champion est célèbre pour sa capacité à repousser extraordinairement loin le freinage. Acosta produit une partie de sa vitesse autrement : position du corps, décélération, relâchement du frein puis rotation de la moto.

Le problème de KTM est aussi là

Ces explications éclairent l’immense écart observé entre les quatre RC16. Copier les réglages d’Acosta ne suffit pas nécessairement à reproduire ses chronos. Car une partie de ce qui rend sa KTM performante vient directement de ce qu’il fait dessus.

« C’est quelque chose qu’il fait de manière physique et naturelle », insiste sur Motosan Espargaró. « Il ne s’en rend probablement même pas compte, mais personne d’autre ne peut le faire. »

Plus Acosta démontre qu’il est capable de transcender la RC16, plus il devient difficile de déterminer le véritable niveau de cette moto. Aragon en a fourni une démonstration presque caricaturale : une KTM pouvait lutter avec Marc Marquez pour la victoire tandis que toutes les autres terminaient à plus de vingt secondes.

Et en 2027, lorsque Pedro Acosta rejoindra justement Marquez chez Ducati, une autre question se posera. Que pourra faire un pilote qui compense aujourd’hui certaines limites de sa KTM avec son propre corps lorsqu’il disposera de la même moto que Marc Marquez ?

Pedro Acosta