Sept moteurs détruits, une cause longtemps incompréhensible et des KTM obligées de revenir à d’anciens blocs déjà fortement kilométrés : Pit Beirer révèle l’ampleur de la crise technique qui a frappé la RC16 en 2026. Le responsable de KTM Motorsport parle de la « période la plus horrible » vécue par le projet MotoGP. Le responsable était finalement un défaut de fabrication invisible sur une pièce fournie par un sous-traitant.
Comment un moteur dont le développement est gelé peut-il soudainement devenir fragile ? C’est la question qui a plongé KTM dans une crise technique au moment où l’entreprise sortait à peine de ses graves difficultés financières. « Cela a failli nous être fatal », reconnaît Pit Beirer sur crash.net.
Trois moteurs cassés au Mugello
Le cauchemar prend véritablement forme au Mugello. « On a cassé un moteur le matin. Bon, on change le moteur. Mais on en a cassé deux autres le même jour. » KTM se retrouve alors devant une situation presque incompréhensible. Le moteur est théoriquement identique à celui homologué précédemment puisque son développement est gelé.
Impossible donc de simplement revenir à une ancienne spécification. « Nous avons complètement perdu le contrôle et nous ne pouvions pas réagir. » La marque choisit alors une solution paradoxale : ressortir des moteurs anciens ayant déjà beaucoup roulé. Ils sont usés, mais présentent un avantage essentiel. KTM sait qu’ils ne sont pas issus du lot potentiellement défectueux.
« Sept moteurs ont explosé »
L’enquête finit par identifier la cause. Pas une erreur de conception. Pas une évolution ratée. Mais un défaut de fabrication concernant un composant de transmission fortement sollicité et fourni par un tiers.
KTM ne dévoile pas précisément son identité, mais Beirer décrit le défaut découvert grâce aux contrôles effectués. « Il y avait de l’air là où il aurait dû y avoir une connexion et une soudure. » La pièce pouvait alors céder brutalement après seulement 50 à 100 kilomètres. Au total, le bilan est impressionnant. « Nous avons eu sept moteurs qui ont explosé sur une période donnée. »

KTM devait demander la permission à ses adversaires
Identifier le problème ne suffisait pourtant pas. Les moteurs MotoGP étant scellés et leur développement gelé, KTM ne pouvait pas simplement les ouvrir pour remplacer les composants défectueux. Il fallait convaincre les autres constructeurs.
KTM a donc documenté le problème, identifié le fournisseur et les lots concernés, fourni les numéros de série ainsi que des radiographies démontrant le défaut. Les concurrents se sont d’abord montrés méfiants.
Beirer considère cette réaction comme parfaitement normale. Une autorisation exceptionnelle permettant d’ouvrir un moteur gelé pourrait théoriquement dissimuler une évolution technique. KTM devait donc démontrer qu’il s’agissait uniquement d’un problème de contrôle qualité et, surtout, d’un enjeu de sécurité.
Les constructeurs ont finalement donné leur accord entre le Sachsenring et Silverstone, sous surveillance de l’IRTA.
La panne d’Acosta à Barcelone était encore autre chose
Comme si la situation n’était pas suffisamment compliquée, KTM a simultanément rencontré une autre panne sans rapport avec les moteurs défectueux. Lorsque Pedro Acosta a brutalement perdu de la puissance à Barcelone avant d’être percuté, le problème venait du calculateur électronique. « Un calculateur s’est tout simplement coupé. Plus de signal pendant un instant. »
Puis, une fois la moto revenue au paddock, tout fonctionnait normalement. Magneti Marelli a dû participer à l’enquête. Cette accumulation de problèmes explique pourquoi KTM a mis autant de temps à comprendre ce qui se passait réellement.
Les performances perdues trouvent enfin une explication chez KTM
L’affaire éclaire également les performances fluctuantes de la RC16. KTM n’avait pas simplement bridé ses moteurs pour empêcher leur casse. La marque utilisait certains blocs plus anciens et davantage kilométrés parce qu’ils étaient considérés comme sûrs.
Le défaut est désormais corrigé, mais les sept moteurs perdus ont évidemment réduit le stock disponible et peuvent obliger KTM à prolonger l’utilisation de certains blocs.
Voilà pourquoi le retour progressif aux performances attendues prend autant d’importance. KTM ne cherchait pas seulement quelques chevaux supplémentaires : pendant plusieurs mois, la marque a dû gérer une crise industrielle invisible qui avait transformé des moteurs théoriquement identiques en véritables inconnues. Après sept casses, Beirer espère enfin retrouver ce qu’il appelle simplement une situation « normale ». Pour KTM, en 2026, ce serait déjà une victoire.

























