Peut-on réussir en catégorie reine après avoir raté son passage en Moto3 et en Moto2 ? Souvent, lorsque je parle de Nicolo Bulega et de son échec en petites catégories – ce qui, d’après moi, nuit grandement à sa légitimité dans le cadre d’une accession en MotoGP –, les discussions s’enflamment. Et, de votre côté, revient l’exemple de Fabio Quartararo, bon, mais sans plus en petites classes, puis champion du monde MotoGP. Désolé, mais cet argument ne tient pas la route. Quartararo est un cas unique, une bizarrerie historique au XXIe siècle. Et je vais vous le prouver.
La grille actuelle
Avant de remonter le temps, regardons la grille actuelle, et voyons ce que les pilotes qui la composent faisaient en Moto2 et en Moto3. Bien sûr, je prends les deux catégories, car Jack Miller, par exemple, a fait le grand saut du Moto3 au MotoGP. Je vais d’abord commencer par les évidents, avant de me tourner vers ceux qui vous viennent à l’esprit quand vous pensez à des pilotes « moyens » en catégories inférieures.
Marc Marquez, Enea Bastianini, Pecco Bagnaia, Diogo Moreira, Ai Ogura, Johann Zarco, Pedro Acosta, Alex Marquez, Franco Morbidelli, Pol Espargaro et Augusto Fernandez (tous deux pilotes d’essai) sont tous, au minimum, champions du monde Moto2.

Ensuite, continuons avec d’autres profils. Luca Marini a fini vice-champion en 2020. Jorge Martin y compte deux victoires et aurait joué le titre 2020 s’il n’avait pas manqué deux courses à cause du Covid-19, en plus d’être champion du monde Moto3 2018. Brad Binder a d’ailleurs fini troisième en 2018, puis vice-champion en 2019 – après avoir été titré en Moto3 en 2016. Raul Fernandez était vice-champion du monde 2021, en tant que rookie. Marco Bezzecchi a fini troisième en Moto3 en 2018, quatrième en Moto2 en 2020, et troisième en 2021, le tout en gagnant des courses sur ces deux exercices. Fermin Aldeguer a terminé troisième en 2023, en remportant quatre courses consécutives, ce qui n’avait pas été fait depuis Toni Elias en 2010. Jack Miller n’a pas fait de Moto2, mais demeure le vice-champion du monde Moto3 2014. Alex Rins était un monstre en petites catégories, avec deux titres de vice-champion du monde en Moto3 et Moto2, accompagnés de deux troisièmes places. Et, finalement, Maverick Vinales est champion du monde Moto3 2013, puis s’est imposé dès son deuxième GP en Moto2, avant de finir troisième de la seule saison qu’il a disputée dans cette classe.
Ça enlève pas mal de monde. Tous les pilotes cités étaient des animateurs de leurs championnats respectifs en catégorie intermédiaire, ou, pour Jack Miller, en Moto3.
Il nous reste deux pilotes, qui ont été cités en commentaire du dernier article sur Nicolo Bulega. Il s’agit de Joan Mir et de Fabio Di Giannantonio. Et je suis désolé, mais les deux n’ont rien à voir avec Fabio Quartararo – dont les meilleurs classements en catégories inférieures sont des 10e places en Moto3 comme en Moto2.
Commençons par Joan Mir. L’Espagnol, en plus d’avoir été un immense champion Moto3 en 2017 (dix victoires sur la saison), a été signé chez MarcVDS en 2018, en Moto2. Immédiatement, il était dans le coup. Quatrième pour son troisième GP, il est rapidement devenu un prétendant régulier au podium, même en tant que rookie. Au total, sur la saison, il est monté sur la boite à quatre reprises, et s’est classé sixième du général avant de rejoindre Suzuki en MotoGP. En plus de ça, il était dans les basques de Lorenzo Baldassarri, cinquième et gros prospect à l’époque, le tout dès sa première saison. Je ne vois absolument pas en quoi son bilan est comparable à celui de Fabio Quartararo.
Puis, Fabio Di Giannantonio. On se rapproche un peu d’« El Diablo », mais légèrement. En effet, « Diggia » fait partie des rares qui n’ont jamais été champions avant d’accéder au MotoGP – y compris en Red Bull Rookies Cup. Ceci dit, il a quand même terminé deuxième du classement en 2018, derrière son coéquipier Jorge Martin, en s’imposant deux fois sur l’année. Pour rappel, Quartararo n’a aucune victoire en Moto3. Puis, il est passé en Moto2 chez Speed Up. Après une demi-saison, il est lui aussi devenu un candidat régulier au podium, enregistrant deux deuxièmes places – dont une avec la pole à Misano – sur les dernières courses. En 2020, il a connu une mauvaise passe, mais était encore sur la boîte deux fois, et a plutôt brillé en 2021, avant son passage en MotoGP. « Diggia » était septième du classement à 13 points seulement de la cinquième place, avec une victoire en Espagne, et trois autres podiums. Là encore, je ne vois pas la ressemblance avec Quartararo.

Donc, pour résumer, sur la grille actuelle, aucun autre pilote que Quartararo n’a pas été au minimum important dans les championnats inférieurs. Et je ne parle pas seulement des meilleurs éléments, mais de tous ceux qui composent le plateau. Rendez-vous compte.
Quartararo, un bilan unique à l’échelle du siècle ?
Peut-être est-ce un phénomène générationnel ? Voyons voir comment cela se traduit depuis l’avènement de l’ère MotoGP en 2002. Alors que l’époque était très différente – beaucoup plus de transfuges du Superbike, entre autres –, les profils similaires demeuraient rares. Alex Barros en était un, d’accord, mais il faisait partie de la génération précédente, ses débuts remontant à la fin des années 1980. On pourrait dire que Carlos Checa n’avait rien d’exceptionnel en 250cc, mais il n’a pas vraiment eu le temps de s’exprimer, puisqu’il est rapidement monté en 500cc. Idem pour Sete Gibernau, en quelque sorte.
Mais, plus récemment, hormis Aleix Espargaro, qui n’avait rien de transcendant en 250cc/Moto2, il n’y a littéralement personne.
Conclusion
Se servir de l’exemple unique de Quartararo, qui a terminé champion du monde MotoGP après avoir été invisible en Moto3 et en Moto2, pour justifier la montée de Nicolo Bulega, est fallacieux. Personne d’autre qu’« El Diablo » n’a eu la même trajectoire que lui au XXIe siècle, et je doute fortement que l’Italien réfute cette écrasante statistique. Sa seule chance réside dans ce changement de réglementation, mais j’ai bien peur qu’elle soit maigre.
Comment analysez-vous l’unicité de Quartararo ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Yamaha








